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Allocutions du Directeur général - 2002

ALLOCUTION DU DIRECTEUR GENERAL DE LA FAO DEVANT LA COMMISSION DE L’AGRICULTURE ET DU DEVELOPPEMENT RURAL DU PARLEMENT EUROPEEN

Bruxelles, Begique, le 27 mai 2002


Monsieur le Président, Joseph Daul (et cher ami),
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,


Au nom de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, je suis particulièrement heureux de m’adresser, dans l’enceinte prestigieuse du Parlement européen, à la Commission de l’agriculture et du développement rural et à celle du développement et de la coopération. Je remercie M. Joseph Daul, Président de la Commission de l’agriculture et du développement rural, de m’avoir invité à un moment particulièrement crucial pour notre Organisation, qui prépare le Sommet mondial de l’alimentation : cinq ans après, au niveau des Chefs d’Etat et de gouvernement, à Rome, du 10 au 13 juin prochain. L’occasion m’est ainsi donnée d’échanger des vues avec les représentants européens sur une question fondamentale. La lutte contre la faim et la réduction de la pauvreté restent, en effet, pour la FAO et l’humanité entière, le défi majeur de ce troisième millénaire et la condition essentielle d’un développement durable.

Il convient de rappeler, dans cet espace de droit et de prospérité qu’est l’Europe, que la nourriture est le premier des droits de l’homme, un « droit fondamental » que reconnaît le Droit international, notamment l'article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et l'article 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme. L'action de la FAO, quant à elle, se fonde sur le préambule de sa Constitution qui lui donne mandat "de contribuer à l'expansion de l'économie mondiale et libérer l'humanité de la faim".

Malgré plusieurs décennies d'efforts, force a été de constater au début des années 90 qu’une grande partie de l’humanité, et plus particulièrement dans les pays en développement, n'avait pas accès à une alimentation suffisante pour couvrir les besoins alimentaires nécessaires à sa survie. A l'origine de ce drame, il y avait une production insuffisante dans les pays pauvres, alors que les techniques connues et utilisées auraient dû permettre de couvrir sans difficultés les déficits et de faciliter l’accès aux aliments.

Il fallait donc mobiliser contre la faim les volontés au plus haut niveau politique, mais aussi relancer l'investissement dans le secteur agricole. C'est pourquoi le Sommet mondial de l'alimentation a été organisé à Rome au siège de la FAO en novembre 1996. Ce Sommet a rassemblé les délégations de 185 pays, dont 112 étaient conduites par des Chefs d'Etat ou de gouvernement.

Il a décidé de réduire de moitié le nombre des personnes souffrant de la faim avant l'an 2015. Un tel défi s’adressait aux gouvernements, aux institutions internationales, aux structures bilatérales d'appui au développement et à la société civile aux niveaux local et international. L’assemblée des parlementaires du monde entier avait elle-même souscrit aux objectifs et recommandations de la Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire et du Plan d’action découlant du Sommet.

L'enjeu était de taille puisque les estimations visaient à faire passer les investissements annuels portant sur l'agriculture primaire, la post-production et les infrastructures de 135 milliards de dollars au cours des années 90-92 à 177 milliards de dollars annuellement.

A la suite du Sommet de 1996, la FAO avait préparé, avec les experts nationaux, des stratégies de développement agricole et de sécurité alimentaire à l’horizon de 2010 pour 150 pays en développement. Ces stragégies nationales ont été intégrées en stratégies régionales de sécurité alimentaire, en collaboration avec les organisations économiques régionales, en mettant l’accent sur le commerce intra-régional et international, mais aussi sur les normes de qualité et les aspects phyto et zoosanitaires. Les Programmes des pays ACP sont en voie de soumission au financement du FED.

La FAO avait aussi lancé un « Programme de sécurité alimentaire » visant à accélérer la production et à améliorer les revenus dans les pays à déficit alimentaire et à revenu bas, aujourd’hui opérationnel dans 68 pays. En effet, s’il est vrai que l’aide alimentaire ponctuelle reste indispensable dans les crises provoquées par les conflits et les aléas climatiques, il n’en demeure pas moins que la seule solution à long terme au drame de la faim est de donner aux populations rurales la maîtrise des instruments qui permettent d’assurer la sécurité alimentaire. Autrement dit, il s’agit d’apprendre et d’aider à pêcher, non de fournir le poisson ou d’empêcher de pêcher.

Le Programme spécial de sécurité alimentaire assiste les communautés rurales pour leur permettre d’assurer la maîtrise de l’eau, l’intensification des cultures, la diversification dans les petites productions animales, la pêche artisanale et l’aquaculture. En outre, ce Programme donne l’occasion aux pays du Sud de manifester concrètement leur solidarité par l’envoi d’experts, qui dispensent un enseignement technique approprié aux agriculteurs des pays en développement, en tenant compte de la spécificité de leur environnement écologique et socio-économique.

La FAO a mené des opérations de sensibilisation et des campagnes de collecte de fonds. Depuis 1997, des événements culturels et sportifs, notamment à la télévision, ont diffusé le message de la lutte contre la faim à plus de 500 millions de personnes dans le monde. Les ressources mobilisées par cette initiative "TeleFood" ont permis la réalisation de plus de 1 000 micro-projets dans plus de 100 pays.

En collaboration avec le Parlement italien, l’Union interparlementaire avait organisé en 1996 une importante réunion à Rome en marge du Sommet mondial de l’alimentation. Cette réunion avait alors adopté une déclaration affirmant le soutien de tous ses membres à la Déclaration du Sommet mondial de l’alimentation, et soulignant que la faim et l’insécurité alimentaire mettaient en péril la démocratie, plus particulièrement dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier. Les relations entre la FAO et l’Union interparlementaire ont été par la suite renforcées par la signature d’un accord de coopération en 1997. L’année suivante, toujours avec l’appui du Parlement italien, l’Union interparlementaire a organisé à Rome une Conférence spéciale sur le suivi du Sommet mondial de l’alimentation. Cette réunion a, entre autre, recommandé aux parlements de tous ses Membres de faire pleinement usage de leurs pouvoirs afin d’obtenir des gouvernements qu’ils honorent les engagements pris lors du Sommet mondial de l’alimentation.

Pourtant, cinq ans plus tard, malgré les efforts accomplis, de nombreux indicateurs donnent à penser que l'objectif fixé par le Sommet mondial de l'alimentation risque de ne pas être atteint. Le nombre de personnes sous-alimentées ne diminue actuellement que de 6 millions par an au lieu de 22 millions. Aujourd’hui donc, 815 millions de personnes dans le monde sont toujours sous-alimentées, dont 777 millions dans les pays en développement, 27 millions dans les pays en transition et 11 millions dans les pays industrialisés. D'après nos dernières estimations, le nombre de personnes sous-alimentées devrait être de 575 millions en 2015, et ce ne serait qu'en 2030 qu'on atteindrait l'objectif des 400 millions.

Je suis persuadé que les gouvernements des pays en développement ne peuvent résoudre le problème de la faim et de la pauvreté par leurs seuls et propres moyens. L’aide publique au développement continue de diminuer chaque année et la part consacrée à l'agriculture et au développement rural a chuté de manière particulièrement marquée. En termes réels, entre 1990 et 1999, l’aide au développement agricole des pays de l’OCDE a baissé de 49 pour cent et le portefeuille de la Banque mondiale et des banques régionales de développement de 45 pour cent. L’équivalent du soutien des pays de l'OCDE s’élève à environ 350 milliards de dollars par an pour leur propre population rurale, contre 10 milliards de dollars en faveur des populations rurales des pays en développement. Les pays en développement ne consacrent eux-mêmes qu’environ 10 pour cent de leurs ressources budgétaires à l’agriculture.

Les débats internationaux des dernières années au sein des assemblées des G7/G8 et des réunions de l’OCDE se sont généralement focalisés sur l’économie mondiale, le trafic de drogue, la sécurité, le terrorisme, l’immigration, la circulation des capitaux et même le fossé informatique. Mais l’élimination de la faim pour assurer à 800 millions de personnes, dont 300 millions d’enfants, le droit humain le plus fondamental, celui à la nourriture, n’a été l’objet de l’intérêt des puissants du monde qu’au Sommet du G8 à Gênes, et ce pour la première fois. Sans des efforts accrus sur le développement rural pour fournir un emploi et un revenu aux 70 pour cent des pauvres vivant en milieu rural, il ne sera pas possible d’assurer la maintenance durable des systèmes de santé et d’éducation et de lutter contre la maladie et l’analphabétisme.

La faim, cause et conséquence de la pauvreté, doit être combattue dès à présent, car elle est devenue intolérable dans un monde qui a désormais les moyens de l'éliminer. Les chefs d’Etat et de gouvernement du monde présents à Rome en juin prochain devront être porteurs d’une volonté politique forte, levier de la mobilisation des ressources indispensables à la poursuite de l’objectif du premier Sommet mondial de l’alimentation.

L’Europe a une longue histoire en matière de contribution à l'aide au développement, du fait des liens particuliers historiques, culturels et économiques qu’elle n'a cessé de tisser avec les pays en développement. A ce propos, je voudrais féliciter le Parlement européen de l’engagement réaffirmé en faveur de l’éradication de la pauvreté et de la lutte contre la faim. Je me réjouis en particulier que, par une résolution adoptée le 16 mai dernier, le Parlement ait estimé qu’une contribution au financement du « Fonds spécial pour la Sécurité alimentaire et la sécurité sanitaire des aliments » était nécessaire. J’ose espérer que cette résolution sera suivie d’effets. Une autre heureuse initiative de l’Union européenne est l’adoption récente d’une résolution commune sur le financement de l’aide au développement incluant l’invitation aux pays membres d’arrêter un calendrier afin d’atteindre l’objectif de 0,7 pour cent du PNB d’ici 2010.

Je voudrais également rappeler l’initiative importante des chefs d’Etat et de gouvernement africains, à savoir le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), que la FAO soutient fermement, car l’agriculture est le moyen d’existence essentiel de la population. Dans le cadre de la préparation de la prochaine réunion de Kananaskis (Canada), qui se concentrera sur le partenariat entre les pays du G8 et l’Afrique, une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement africains du Comité de mise en œuvre du NEPAD se tiendra pendant le prochain Sommet de Rome.

J’ose, en particulier, espérer que non seulement vous veillerez à assurer la participation effective du Parlement européen dans la délégation de l’Union européenne et à la Journée parlementaire au prochain Sommet de l’alimentation, mais que vous userez aussi de votre influence pour que les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays européens soient présents à Rome avec les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays du Groupe des 77. Ils donneront ainsi un signal politique fort aux affamés du monde, qui sauront que les grands de ce monde ne sont pas indifférents à leur sort.

Je vous remercie de votre attention.

 

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