Le commerce equitable des denrees alimentaires et la strategie de la FAO dans ce domaine
Allocution du Monsieur Jacques Diouf
Directeur Général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)
Paris, 6 mai 2009
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres
Excellences,
Chers amis
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais tout d'abord remercier les organisateurs et en particulier Monsieur Christian Jacob de m'avoir invité à participer à cette conférence sur le commerce équitable des denrées alimentaires et à présenter le point de vue de la FAO sur cette question.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres
Mesdames et Messieurs,
L'équité c'est avant tout un accès à une alimentation suffisante, sûre et de bonne qualité nutritionnelle pour toutes les personnes et à tout moment. Le commerce équitable fait partie de l'ensemble des outils à développer pour faire face au problème de la faim. Mais aujourd'hui, il est aussi indispensable d'élargir le cadre d'analyse, car le monde se trouve confronté à des défis énormes pour nourrir sa population croissante.
L'insécurité alimentaire mondiale avait déjà atteint des niveaux inacceptables avant même l'irruption de la crise financière et économique. Rien qu'en 2007, en raison surtout de la flambée des prix des denrées alimentaires, le nombre de personnes affamées dans le monde a augmenté de 75 millions, ce qui a été suivi par une augmentation attendue de 40 millions en 2008, amenant ainsi le nombre total de personnes mal nourries à 963 millions. Si on tient compte de l'impact prévisible de la crise économique et financière en 2009 où il pourrait y avoir quelque 100 millions de personnes affamées de plus, presque un milliard d'êtres humains, soit 15 pour cent de la population mondiale, souffrent aujourd'hui de faim chronique et de malnutrition.
Bien que les prix internationaux des aliments aient diminué par rapport à leurs sommets de 2008, ils restent élevés. En particulier, les prix sur les marchés intérieurs des pays en développement ont moins baissé que les prix internationaux. Les prix intérieurs en termes constants sont toujours 24 pour cent plus élevés que ce qu'ils étaient il y a deux ans.
La crise financière pénalise les pays en développement de quatre façons au moins : les prix de leurs produits d'exportation sont en baisse en 2009 ; les volumes d'exportations sont en diminution ; les flux financiers vers ces pays se sont réduits ; enfin, la production et la croissance de l'emploi ont fléchi.
Les changements démographiques et de régime alimentaire, les limites des ressources naturelles, le changement climatique et le développement des bioénergies vont constituer de grands défis pour nourrir la population mondiale qui devrait passer de 6,5 milliards à 9,2 milliards en 2050, avec la totalité de l'accroissement dans les pays en développement. Afin de nourrir cette population, la production alimentaire mondiale devra presque doubler.
L'accroissement de l'insécurité alimentaire est une tragédie humaine mais il y a aussi des coûts économiques, car les personnes sous-alimentées ne peuvent pas réaliser tout leur potentiel productif. Des analyses de la FAO indiquent que si les objectifs fixés par le Sommet alimentaire mondial de 1996 avaient été atteints, les bénéfices économiques globaux seraient de l'ordre de 3000 milliards de dollars E.U.
La crise alimentaire n'exige pas moins d'attention que la crise financière. Elle a des ramifications économiques, politiques et sociales, et représente également une menace pour la paix et la sécurité du monde, comme l'ont démontré des émeutes dans 22 pays en 2007 et 2008.
Il est clair que pour vaincre la faim, nous devons nous attaquer à ses racines et le faire collectivement. Et pour cela il faut un consensus politique international, pour trouver et appliquer des solutions techniques et économiques, mais aussi pour renouveler, renforcer et harmoniser les structures de réflexion et de décision, et pour les doter des pouvoirs et moyens adéquats.
En d'autres termes, pour éradiquer la faim il faut un leadership politique et des ressources disponibles bien investies.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres
Mesdames et Messieurs,
Le développement du commerce équitable et sa croissance sont dus aux organisations non gouvernementales (ONG). Un certain nombre d'entre elles ont pris l'initiative d'établir de tels systèmes dans le but de garantir de meilleures conditions commerciales aux producteurs des pays en développement.
Ils aident des agriculteurs pour l'accès de leurs produits aux marchés d'exportation en croissance où les prix sont plus élevés, et pour la création d'activité de valeur ajoutée. De plus, ils apportent des bénéfices indirects qui permettent aux organisations agricoles de se consolider et d'acquérir davantage d'autonomie et de responsabilité au sein des acteurs du commerce agricole et alimentaire.
Les ventes du commerce équitable ont augmenté considérablement ces dernières années, atteignant une valeur estimée à 4 milliards de dollars E.U. en 2007 pour le seul secteur alimentaire. La crise économique actuelle pourrait cependant ralentir cette croissance.
En renouant le lien entre consommateurs et producteurs, il sensibilise les citoyens des pays développés à l'importance d'un système d'échanges internationaux plus juste.
Mais les systèmes de commerce équitable ne sont pas une solution pour tous les agriculteurs, car ils ne concernent actuellement qu'une gamme étroite de produits et la consommation est encore faible. Les exportations de produits labellisés ''commerce équitable'' représentent bien moins de 0,1% des échanges agricoles mondiaux et sont concentrées sur un petit nombre de pays développés.
La FAO a entrepris différentes activités dans le cadre de son programme de travail sur les systèmes volontaires de certification sociale et environnementale:
- Tout d'abord, l'analyse économique du commerce des produits certifiés " équitables " et l'étude des débouchés pour les pays en développement.
- Ensuite, la FAO assure la diffusion de l'information et le soutien aux débats internationaux sur les systèmes volontaires de certification par le biais de réunions d'experts, d'ateliers, d'exposés dans des groupes intergouvernementaux, de publications, de manuels de vulgarisation et à travers le site Internet.
- Enfin, la FAO apporte le soutien technique aux gouvernements, organisations agricoles et entreprises des pays en développement, notamment pour la production et l'exportation des produits biologiques et équitables.
- La FAO est en outre prête, si ses Etats membres le souhaitent, à soutenir une concertation internationale sur le commerce équitable, pour les gouvernements et les ONG, afin de parvenir à une vision commune sur son rôle dans le développement économique et social.
Je vous remercie de votre aimable attention.
