Ils sont bons, nutritifs, disponibles à profusion et pas chers. Au Pérou, les prises annuelles d'anchois atteignent 7 à 8 million de tonnes mais, depuis les années 50, une grande partie finit comme farine de poisson pour l'alimentation animale.

Les Péruviens aiment le poisson mais préfèrent les poissons de grande taille à chair blanche, explique Melva Pazos, chef de la coopération technique à l'Institut piscicole national du Pérou (Instituto Tecnológico Pesquero). Avec le soutien de la FAO, l'Institut est en train d'exécuter un projet d'une durée de deux ans qui vise à encourager les Péruviens à consommer des anchois. Le projet cible cinq différents publics: les femmes pauvres gérant des soupes populaires dans les banlieues défavorisées de Lima; les écoliers de l'enseignement primaire; les médecins et les agents de santé; la classe moyenne; et bien sûr, les fournisseurs - c'est-à-dire les pêcheurs.

"Les médecins disent aux gens que les anchois rendent malades", dit Melva Pazos. "C'est vrai, mais uniquement parce que la manutention du poisson est de si mauvaise qualité que lorsque le poisson arrive sur les étals, il n'est plus frais". C'est pour cette raison que le projet s'efforce d'éduquer les pêcheurs et tous ceux qui s'occupent du poisson afin d'améliorer la manutention et l'hygiène.

Ce projet a démarré avec une petite flotte de 15 embarcations artisanales près de Pisco, à trois heures de Lima, où il y a une petite usine de transformation d'anchois. Pour bouleverser les habitudes de générations entières, le projet a commencé par les notions d'éducation de base. "Nous aurions pu acheter de nouvelles embarcations pour les pêcheurs", indique Melva Pazos. "Mais nous voulions qu'ils apprennent à manipuler le poisson correctement et à adapter leurs bateaux pour transporter la glace." Les experts de la FAO ont travaillé avec les 150 pêcheurs et les 120 femmes de l'usine de traitement, en leur enseignant des notions d'hygiène et de contrôle de qualité.

Une fois que le poisson est emballé dans la glace il est transporté, dans des camionnettes à isolation thermique, vers les banlieues de Lima, où il est distribué aux soupes populaires. Même si l'économie du Pérou s'est stabilisée depuis les années 80, la moitié de ses 26 millions d'habitants vit dans des conditions d'extrême pauvreté, et la malnutrition est endémique.

Le projet a décidé d'utiliser les soupes populaires, subventionnées par le gouvernement, pour sensibiliser la population à la consommation des anchois. De ce fait, des recettes de plats savoureux et nutritifs à base d'anchois ont été développées et des jeunes professionnels aident les femmes des soupes populaires à préparer les repas. En plus, ceux-ci utilisent le théâtre pour présenter les anchois comme des aliments sains et savoureux. Jusqu'ici, 20 soupes populaires et 1100 enfants ont été enrôlés.

Le projet travaille également avec les agents de santé des quartiers pauvres pour leur enseigner les avantages alimentaires d'une transformation correcte des anchois. "Former les médecins aidera à corriger la désinformation du passé", explique Pazos. Jusqu'à présent, 189 agents de santé de la région de Lima ont été formés, et d'autres départements sanitaires régionaux manifestent leur intérêt dans le programme.

Il est important pour le projet de ne pas désigner les anchois comme étant la nourriture des pauvres. C'est ainsi que l'Institut a lancé une campagne destinée à inciter la classe moyenne à consommer du poisson en insistant sur les avantages de l'huile Omega 3, dont les anchois sont très riches, et qui est bonne contre le stress et les problèmes cardiaques.

"Maintenant les pêcheurs savent comment produire les anchois pour la consommation humaine et nous en avons suffisamment pour nourrir la population," affirme Melva Pazos "Si les gens veulent des anchois, ils peuvent en avoir. Et ils commencent à les vouloir".