Pendant des siècles, la feuille de coca a fait partie de la culture bolivienne. Les premières traces de son utilisation remontent à 3 000 ans avant J.C. pour des motifs rituels, médicaux ou religieux. A présent, les habitants des montagnes l'utilisent contre le mal d'altitude, les pauvres contre le froid, la faim et la fatigue et les superstitieux pour connaître le futur.

Le coca contient un alcaloïde, la cocaïne. La Bolivie est le troisième producteur mondial de cette drogue, qui représente près de 1% de son PIB, 75 millions de dollars et fournit emplois directement ou indirectement à des milliers de boliviens.

La cocaïne ne provoque pas seulement des souffrances humaines mais elle est aussi responsable de la disparition des forêts. Même si la Bolivie est à la huitième place au le monde en termes de biodiversité, les espèces se perdent à un rythme alarmant. Les forêts sont abattues et brûlées pour laisser le terrain au coca et à d'autres cultures et comme les paysans n'ajoutent que rarement des substances nutritives, le sol perd sa fertilité. Les terres sont donc abandonnées et d'autres arbres sont abattus.

Le Département des forêts de la FAO, en coopération avec le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID) et avec le gouvernement de Bolivie a lancé une offensive contre la production de cocaïne et la déforestation en donnant à 2000 paysans pauvres une alternative à la culture du coca. Dans les plaines tropicales de Cochabamba, où 300 000 hectares de forêts ont disparu au cours des 30 dernières années, un projet de la FAO d'une durée de 5 ans a démarré en 1997 pour diversifier et renforcer les économies locales afin que les agriculteurs soient moins enclins à cultiver le coca illégalement.

"Si nous voulons donner à ces familles la possibilité de mener une vie saine dans un environnement sain et les empêcher d'entrer dans le cercle vicieux de l'industrie de la cocaïne, nous devons leur offrir les moyens et le savoir-faire pour bien gagner leur vie avec les ressources disponibles dans les tropiques de Cochabamba", affirme Victor Villegas, le directeur national du projet.

Le projet de 9,5 millions de dollars vise à aménager une production durable de bois et à lancer des techniques d'exploitation associant l'agriculture et la foresterie. Dans ces systèmes d'agroforesterie, les arbres et les cultures de couverture (légumineuses) s'alternent avec les cultures annuelles et pérennes. En association avec les jardins potagers familiaux et l'élevage de petits animaux, ces systèmes sont conçus pour créer des revenus supplémentaires immédiats et améliorer la nutrition des ménages agricoles. A plus long terme, ils aident à diversifier la production vivrière et à réduire les menaces que constituent les marchés instables, les précipitations insuffisantes et les ennemis des cultures. Ils protègent également l'environnement en conservant la fertilité des sols et le couvert forestier.

L'élément le plus important pour veiller à la durabilité du projet est peut-être la création du Centre de Cochabamba pour la technologie forestière, qui offrira aux agriculteurs locaux, aux groupes d'affaires et aux gouvernements un appui technique permanent en gestion forestière et en agroforesterie.

Le projet a de grandes potentialités, mais il ne prétend pas être la solution magique contre la drogue. "Il est évident que ces systèmes d'agroforesterie ne sont pas aussi rentables que la culture illicite du coca", affirme Greg Minnick, Conseiller technique principal de la FAO pour le projet. " Nous nous efforçons d'offrir un revenu séduisant comparable à d'autres activités économiques légales que les ménages agricoles ont à leur disposition. Si nous réussissons à élever le niveau de vie local et à améliorer la nutrition et la santé des ménages, nous pouvons rendre moins alléchante la culture du coca " ajoute M. Minnick.