Quinze femmes indigènes attendent patiemment l'arrivée de l'expert de la FAO Yeric Peric dans le petit village de Calala, sur les plateaux boliviens. Leurs visages s'illuminent quand il apparaît en portant un petit moulin à grain rouge et un long silo en métal. Norma Llanos de Ruiz, à la tête du groupe des femmes, lui donne la bienvenue avec une tasse de maïs fermenté localement, appelé chicha.

Peric, responsable d'un projet post-récolte de la FAO et deux projets TeleFood dans le département de Potosi, a bien besoin d'une boisson. Il a conduit pendant trois heures à travers des rivières grossies et des routes de campagne pour transporter ses trésors jusqu'à ce village éloigné. C'est déjà sa deuxième visite à ce groupe de femmes. De cette façon, 600 silos et 20 moulins à grain ont été construits et distribués en huit mois dans le département de Potosi.

La production des silos et des moulins à grain est soutenue par la campagne TeleFood de la FAO dont l'objectif est de sensibiliser l'opinion et de mobiliser des ressources pour lutter contre la faim dans le monde. TeleFood paye tout le matériel mais les bénéficiaires doivent réunir les fonds nécessaires pour la main-d'œuvre - 9 dollars pour le silo et 125 dollars pour le moulin à grain - beaucoup d'argent pour un village à économie de subsistance.

Les femmes de Calala ont épargné pendant longtemps pour acheter ces outils simples mais essentiels. "Nous sommes très contentes. Avec le silo nous pouvons protéger nos récoltes et avec le moulin nous pouvons gagner du temps." affirme Llanos de Ruiz, 22 ans, qui est l'une des rares personnes du groupe à parler espagnol - les autres parlant Quechua.

Sans le moulin, les femmes passeraient deux ou trois heures par jour à broyer le blé et le maïs manuellement, en le plaçant entre deux grosses pierres pour produire la farine suffisante à nourrir leurs familles.

Peric montre aux femmes comment utiliser et entretenir le moulin. Les avantages de ce système sautent aux yeux. "A partir de maintenant, quinze minutes suffisent à broyer assez de grain pour nous tous" affirme Llanos de Ruiz.

Chaque femme apporte une vingtaine de kilos de maïs. Avant d'être mis dans le nouveau silo, il est pesé et enregistré dans l'agenda du groupe. Traditionnellement, le grain était gardé dans un grenier au-dessus de la cheminée de la cuisine, vu que la fumée aidait à éloigner les animaux nuisibles. Pourtant le système n'était pas toujours efficace: chaque année une grande partie de la récolte se perdait engloutie par les rats et les autres ravageurs.

Le silo permet de préserver une quantité supplémentaire de 20 à 40% de récolte de grains. A Potosi, au moins 36 480 kilos de blé sont ainsi conservés, grâce à 600 nouveaux silos, ce qui renforce la sécurité alimentaire de 500 à 600 familles. En outre, le grain est plus propre et plus sain.

A Calala, il y a un seul silo collectif qui peut contenir 250 kilos, mais les femmes rêvent de posséder des silos individuels. " Il est surprenant de voir l'effet positif des simples technologies sur la vie quotidienne des agriculteurs", affirme Peric. "Les silos individuels ont accéléré le développement. Dans les familles qui en possèdent, les enfants tombent moins malades et sont mieux nourris."

Maintenant Peric doit partir, mais avant de quitter Calala il est invité par les femmes du village à baptiser le nouveau moulin à grain et le silo. Llanos de Ruiz lui tend une jarre de chicha. Il en prend une gorgée et verse le reste sur le moulin et le silo. Puis les femmes applaudissent et le voient partir vers une nouvelle mission dans le prochain village.