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Les chalutiers mis en échec par les patrouilles de la communauté

La collaboration entre les pêcheurs artisans et les gardes-côte est une grande réussite

BONGOLON, Guinée -- Une expérience de surveillance communautaire des fonds de pêche côtiers est parvenue à réduire de 59 pour cent les incursions illégales de chalutiers. Cette réussite suggère que les partenariats entre les pêcheurs artisans dans leurs pirogues à moteur et les gardes-côte guinéens ­ qui manquent de matériel et de ressources pour patrouiller efficacement 300 kilomètres de côtes ­ pourraient bien être la solution.

Décès en mer
Les communautés de pêcheurs pauvres, du Congo au Sénégal, dénoncent amèrement des collisions quotidiennes, parfois meurtrières, avec les chalutiers qui pêchent illégalement dans la zone empoissonnée réservée à la pêche artisanale. Les engins lourds déployés par les gros bateaux industriels, nationaux ou étrangers, détruisent les filets des pêcheurs artisans et acceptent rarement de les indemniser.

En Guinée, avant le début des patrouilles communautaires dans la zone autour de Bongolon et deux autres villages de pêcheurs participant au projet, les chalutiers ont fait 450 incursions illégales en 2000, selon les chiffres du gouvernement. Dans des collisions avec leurs pirogues, les chalutiers ont blessé 12 pêcheurs. Durant les six premiers mois de 2002, seulement 56 infractions ont été enregistrées.

Le partenariat salué comme la voie à suivre
Compte tenu du succès du projet, le Programme de la FAO pour des moyens d’existence durables dans la pêche est d’avis que la voie à suivre consiste à associer les pêcheurs artisans du secteur halieutique en tant que partenaires à part entière, à la fois aux fins de réduction de la pauvreté et de conservation des pêches.

A Bongolon, les problèmes avec les chalutiers frôlaient le conflit. Cinq hommes sont morts dans la collision avec un chalutier. Les petits équipages avaient peur de sortir en mer. Maintenant, selon l’ancien de la communauté Sekhouna Sylla, les villageois ne se sentent plus de joie d’avoir pu reprendre la pêche grâce au nouveau système de surveillance.

"Beaucoup d’entre nous sommes désormais en mesure d’obtenir un crédit auprès de la Banque de crédit rural car ils estiment que nous serons capables de rembourser les prêts grâce à la pêche et à la vente du poisson", se réjouit-il. "Les familles de pêcheurs ont commencé à envoyer à nouveau leurs enfants à l’école."

La surveillance sera-t-elle étendue?

A Conakry, la capitale, les membres de l’Unité de coordination nationale du PMEDP sont des acteurs importants au sein des principales institutions de pêche. Ils doivent servir de catalyseurs et plaider leur cause dans l’establishment des pêches si l’on veut institutionnaliser le partenariat entre les communautés de pêcheurs et les garde-côtes, et le doter d’un budget d’exploitation couvrant son élargissement à toute la côte.

"J’ai réalisé une grande étude d’impact sur le projet de surveillance communautaire, qui documente son succès", raconte Mamadou Moussa Diallo, membre de l’Unité de coordination nationale et socio-économiste à l’important Centre national des sciences halieutiques de Boussoura. "Je crois que je fais passer le message à mes collègues. J’explique la méthodologie et son fonctionnement. Ils sont intéressés."

Potentiel de réduction de la pauvreté

La Guinée a une stratégie nationale de réduction de la pauvreté qui fait intervenir les 30 000 pêcheurs artisans du pays.

Abdourahamane Kaba, Directeur général du Centre de Boussoura, explique que la pêche côtière n’a pas atteint ses limites. "Il existe d’importantes ressources qui ne sont pas assez exploitées. Les pêcheurs artisans devront diversifier leurs captures et pêcher des espèces prisées. Ils auront besoin d’une formation et de nouvelles techniques. Mais la pêche peut contribuer à réduire la pauvreté", affirme-t-il.

La côte guinéenne est contrôlée par le Centre National de Surveillance et de Protection des Pêches (CNSP), qui dispose d’un budget pour six ou sept patrouilles par mois. Comment Mohamed Sidibé, le Directeur général adjoint du Centre, évalue-t-il l’expérience de surveillance communautaire?

"Cela marche bien. L’avantage est que nos vedettes peuvent maintenant intervenir de façon ciblée, sur appel", dit-il. "Au début, mes agents ne voyaient pas le projet d’un bon œil ­ ils craignaient d’être remplacés par les patrouilles de village -­ mais ils ont compris que l’esprit était tout autre. Le système n’est pas parfait, mais nous pouvons l’améliorer."

"Le Centre n’a pas les moyens d’étendre le réseau, mais la surveillance communautaire a été inscrite dans la stratégie du gouvernement contre la pauvreté", affirme-t-il. "Le gouvernement trouvera les moyens de financer son élargissement."

Février 2003


Contact:
Peter Lowrey
Chargé d'information
Peter.Lowrey@fao.org
+39 06 570 52762

A Bongolon, les pêcheurs utilisent récepteur GPS et radio pour signaler la position des bateaux en infraction (FAO/D. Minkoh)

Comment les pirogues tiennent-elles les chalutiers à distance

En Guinée, les pêcheurs artisans en étaient arrivés à tirer en direction des chalutiers qui pêchaient illégalement dans leurs eaux.

Maintenant, les équipages qui ont reçu une formation transmettent calmement par radio la latitude et la longitude du chalutier en infraction, qu’ils calculent à l’aide d’un système manuel de positionnement par satellite, à la station de surveillance la plus proche. Une vedette est aussitôt envoyée pour intercepter le chalutier.

Les pêcheurs racontent que désormais, sachant que les autorités arrivent en un clin d’œil, les chalutiers prennent le large dès qu’ils voient leurs pirogues!
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©FAO, 2003