L’eau est un élément fondamental dans la vie de l’homme. Dans le monde entier, l’eau douce contribue par l’irrigation à environ 40 pour cent de la production vivrière, à 12 pour cent du poisson consommé et à quelque 20 pour cent de l’énergie hydroélectrique.

Néanmoins, il est de plus en plus manifeste que les problèmes d’approvisionnement en eau qui commencent à se faire jour ne pourront qu’empirer si l’on n’accorde pas davantage d’attention à l’aménagement durable de cette ressource limitée – avec de graves conséquences pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, en particulier dans le monde en développement.

Les études de la FAO estiment que, d’ici 2030, un pays en développement sur cinq sera frappé par des pénuries d’eau.

Un secteur qui requiert une plus grande attention, selon la FAO, est la sensibilisation de la communauté internationale au rôle des forêts dans la conservation des réserves d’eau et la mise au point de plans de gestion forestière qui en tiennent compte.

La FAO portera ce message au prochain Congrès forestier mondial à Québec (Canada) du 21 au 28 septembre. La manifestation, qui se tient tous les six ans, rassemblera plus de 3 000 forestiers, scientifiques, membres des communautés forestières et autres parties prenantes de plus de 160 pays.

"Nous inviterons les scientifiques à démontrer plus clairement l'impact des forêts dans le maintien de l'équilibre hydrique", déclare R. Michael Martin, Directeur des politiques et de l’information au Département des forêts de la FAO. "Nous demanderons aux forestiers d'inclure de façon primordiale la gestion de l'eau dans leurs plans. Nous nous efforcerons de faire intervenir plus directement tous les acteurs dans les questions liées à l’utilisation de l’eau en montagne comme en aval."

Aider à filtrer l’eau de la planète

L’attention internationale se portant de plus en plus sur les enjeux qui se posent aux réserves d’eau mondiales, la FAO s’est penchée de près sur les liens existant ntre forêts et eau.

Outre tous les autres avantages qu’elles offrent, les forêts ont un rôle clé à jouer dans la gestion des ressources hydriques, d'après l’Organisation.

Les forêts aident à conserver la santé des écosystèmes aquatiques et assurent un approvisionnement fiable en eau douce. Mais les forêts ne se contentent pas de filtrer et de nettoyer l’eau – elles aident également à empêcher l’érosion des sols, à réduire la sédimentation dans les réservoirs et à atténuer les risques de glissements de terrain et d’inondations, autant de problèmes qui peuvent constituer une menace pour l’approvisionnement hydrique en aval. Et si les forêts elles-mêmes sont consommatrices d’eau, elles améliorent également les taux d’infiltration, aidant ainsi à reconstituer les nappes aquifères.

La disparition du couvert forestier peut nuire aux réserves d’eau douce, menaçant la sécurité alimentaire de millions de personnes et les empêchant de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles.

Pour protéger l’approvisionnement en eau de la planète, ces liens doivent être pris en compte, fait remarquer la FAO. Toutefois, en dépit du profil grandissant des approches intégrées d’aménagement des ressources, il reste beaucoup à accomplir. "Si l’utilisation des terres et l’eau douce sont indissolublement liées, elles sont pourtant rarement gérées de concert", observe l’Organisation dans son rapport Situation des forêts du monde 2003.

Une vision d’ensemble


Compte tenu des bienfaits d’une gestion intégrée de différentes ressources, les décideurs et autres spécialistes du développement, y compris la FAO, soulignent l’utilité de l’approche des bassins versants.

Cette stratégie prévoit la création de plans d’aménagement affrontant la conservation et l’utilisation durable de toutes les ressources dans une zone donnée, au lieu de se concentrer uniquement sur une seule ressource à la fois (le bois d’oeuvre, par exemple, ou la faune et la flore). Par ailleurs, cette approche utilise des zones d’aménagement qui sont définies par leur environnement naturel, comme les bassins hydrographiques, plutôt que par des frontières arbitraires.

Pour ce qui est de l’incorporation des questions d’eau dans l’aménagement des forêts, déclare la FAO, la stratégie des bassins versants constitue la meilleure voie à suivre.

"La perspective des bassins versants constitue le meilleur cadre pour comprendre les liens entre les forêts et l’approvisionnement en eau – et pour les traduire en programmes de gestion efficaces", explique Moujahed Achouri, forestier à la FAO.

Aux Etats-Unis, par exemple, pour affronter les questions de qualité de l’eau la ville de New York a adopté un plan intégré d’un coût de 1,5 milliard de dollars E.U., économisant ainsi de 7 à 8 milliards de dollars en traitement inutile de l’eau. Au Costa Rica, la mise en oeuvre d’un programme de bassin versant boisé près de San José a réduit la sédimentation en aval de 69 pour cent, tout en améliorant la qualité de l’eau et en abaissant les coûts de traitement de 2 000 dollars par mois.

Une nouvelle génération de programmes


"De grands progrès ont été accomplis dans l’aménagement des bassins versants avec la mise au point de nouvelles approches et méthodologies visant à promouvoir un aménagement participatif et intégré", dit M. Achouri. "Mais nous n’avons pas une idée claire de ce qui fonctionne réellement et de ce qui peut être fait pour perfectionner les programmes futurs d’aménagement", ajoute-t-il.

Afin de combler cette lacune et de tracer la voie à suivre, en 2002 la FAO a lancé une nouvelle initiative: "Préparer la prochaine génération de programmes d’aménagement des bassins versants". En tant qu’élément clé de ce travail, l’Organisation est en train de conduire une analyse très complète des succès et des lacunes afin de dresser une série de lignes d’orientation pour les programmes futurs.

L’idée, explique M. Achouri, est d’élaborer une nouvelle génération de programmes d’aménagement des bassins versants plus efficaces, qui réduiront la dégradation de l’environnement, protègeront les réserves d’eau et amélioreront la vie des ruraux pauvres.

On peut citer parmi les éléments clés de cette nouvelle génération de plans, selon le document de la FAO qui sera présenté au Congrès:

– élargir l’orientation des plans d’aménagement pour garantir à l’eau et aux sols la même attention que les ressources commerciales comme le bois d’oeuvre ou les minéraux;

– renforcer l’attention accordée à l’aménagement basé sur l’hydrologie forestière et le rôle que les forêts jouent dans l’approvisionnement en eau douce;

– dépasser le stade du traitement des symptômes de la dégradation des bassins versants pour affronter les causes profondes;

– transférer l’aménagement des bassins versants de l’échelon local aux niveaux régional et national.

Le Congrès forestier mondial offre à la FAO une excellente occasion de diffuser ce message, d’identifier les besoins de renforcement des capacités et de formation des différents pays et de créer des alliances pour faire avancer ces travaux, explique M. Achouri.

"L'auditoire est immense et très varié: tous les acteurs intéressés aux forêts, des représentants des gouvernements aux ONG locales, seront là", conclut-il. "Nous désirons vivement partager nos connaissances et notre expérience avec eux et parler de ce que nous pouvons accomplir ensemble."

Septembre 2003


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George Kourous
Chargé d'information, FAO
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