ROME, 5 novembre 2002 -- Trente des
plus grands experts mondiaux dans la recherche sur le manioc se
sont associés dans le cadre d'un Partenariat mondial pour
l'amélioration génétique du manioc, source importante de
nutrition dans les pays tropicaux, annonce aujourd'hui
l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation
et l'agriculture (FAO).
"Ce
nouveau partenariat est une chose très positive et reflète le
besoin urgent de soutenir l'amélioration génétique du
manioc pour nourrir des millions de personnes qui souffrent de
la faim dans le monde ", souligne Mme Louise Fresco,
Sous-Directrice générale de la FAO responsable du Département de
l'agriculture.
Le manioc est la
troisième source de calories dans les tropiques, derrière le riz
et le maïs. Plus de 600 millions de personnes en dépendent en
Afrique, en Asie et en Amérique Latine. Ce tubercule est produit
par les agriculteurs pauvres, des femmes pour la plupart,
souvent dans des zones marginales. Pour ces personnes, cette
plante est vitale à la fois pour la sécurité alimentaire et
comme source de revenus.
Malgré
l'utilité reconnue du manioc dans la lutte contre la faim,
l'investissement dans la recherche reste faible dans ce
domaine. Au cours des 30 dernières années les avancées ont été
mineures en ce qui a trait à la productivité du manioc : moins
de 1 pour cent par an comparé aux 2-5 pour cent pour le riz, le
blé et le maïs. En Afrique, le rendement moyen d'un hectare
de manioc est de 8 tonnes contre 80 tonnes en théorie. Les
effets combinés des maladies bactériennes et virales, des
insectes nuisibles, des mauvaises herbes et des sécheresses en
ont limité la production. Les tentatives de commercialisation
n'ont pas été fructueuses notamment du fait des pertes
après-récolte ou de faibles teneurs en protéines et en amidon.
En utilisant des méthodes de sélection
classiques, les scientifiques ont cherché à améliorer la
productivité du manioc, sans grand succès car la constitution
génétique de ce tubercule est complexe et rend les recherches
longues et difficiles. Selon la FAO, les techniques de pointe
en matière de biologie moléculaire et de biotechnologies peuvent
rendre le manioc beaucoup plus productif, nutritif et rentable.
"Le Partenariat mondial pour
l'amélioration génétique du manioc va développer et
utiliser les biotechnologies de pointe comme la génomique pour
créer des plants et semences de manioc en leur donnant les
caractères voulus : résistance accrue aux nuisibles et aux
maladies, une composition amylacée améliorée pour une meilleure
commercialisation et de meilleurs niveaux de protéines et de
mico-nutriments qui rendront la plante plus nutritive,"
indique Eric Kueneman, chef du service des cultures et des
herbages à la FAO.
Le représentant du
Fonds international de développement agricole (Fida),
l'agronome Douglas Wholey, s'est déclaré satisfait des
résultats de la réunion estimant que ce Partenariat sera un
pilier fondamental d'une stratégie de développement
mondiale du cassava, lancée par le Fida il y a cinq ans et
actuellement sous l'égide de la FAO.
"Le manioc est la culture vivrière la plus
fiable pour les agriculteurs en Afrique, Asie et Amérique
Latine", affirme Alfred Dixon, expert à l'Institut
International d'Agriculture Tropicale. "Mais
c'est également une culture de rente qui peut favoriser le
développement rural. Les technologies promues par le Partenariat
vont permettre aux sélectionneurs et aux producteurs
d'améliorer rapidement la valeur et le rendement du manioc
dans les cultures", ajoute Kueneman.
Les institutions participant à ce Partenariat devront
coordonner leurs efforts de recherche, partager les découvertes,
associer les agriculteurs au suivi des recherches, respecter les
règles de sécurité et tout mettre en œuvre pour doter
les institutions nationales des pays producteurs de manioc de
moyens scientifiques.
"Pour la
première fois, nous avons le potentiel pour identifier
efficacement lesbons caractères des plants domestiques et
sauvages de manioc pour ensuite les transférer aux variétés les
plus prisées par les agriculteurs, en temps opportun. Si ça
marche, ces améliorations pourront améliorer la vie de centaines
de millions de personnes," déclare Claude Fauquet du
Danforth Center.
Wilhem Gruissem, de
l'Institut Fédéral suisse de technologie, affirme de son
côté : « Maintenant que nous avons un Partenariat et un plan,
notre tâche est de lever des fonds pour des projets de recherche
menés en commun qui nous permettront de développer et utiliser
ces technologies pour faire du manioc une plante plus nutritive
et plus productive, en particulier pour les pauvres. »
Le Partenariat mondial pour
l'amélioration génétique du manioc est né lors d'une
réunion des trente plus grands experts en recherche sur le
manioc qui s'était tenue au centre de conférence de la
Fondation Rockefeller en Italie début octobre.
Institutions participantes: FAO; Fonds international
de développement agricole (Fida), Centre Rockefeller, Centre
International pour l'Agriculture Tropicale (CIAT);
Institut International de l'Agriculture Tropicale (IITA);
Société brésilienne de recherche agricole (Embrapa); Donald
Danforth Plant Science Center (ILTAB); Institut Fédéral Suisse
de Technologie (ETH); Organisation Nationale de Recherche
Agricole, Ouganda; Institut Central de Recherche sur les
Tubercules, Inde; Agence Internationale de l'Energie
Atomique (Division commune FAO/AIEA); Agence Nationale de
Développement des Biotechnologies, Nigeria, Institut de
Recherche sur les Tubercules et Légumineux, Indonésie;
Université de Bath, Grande Bretagne; Programme pour
l'Amélioration des Racines et Tubercules, Ghana.










