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KABOUL, 31
mai 2002 -- Un Code de conduite révolutionnaire sur la
production, la distribution et l'importation de
semences dans les situations d'urgence a été conclu
parmi les organisations internationales et nationales et
les donateurs en Afghanistan, a annoncé aujourd'hui
l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO). Les
directives, qui ont été convenues à la suite de trois jours
d'intenses débats à la fin de la semaine dernière dans la
capitale afghane, visent à soutenir les systèmes et marchés
agricoles locaux, ainsi que les ressources génétiques de
l'Afghanistan, tous menacés par l'importation sauvage
de semences non testées, voire inutiles.
L'atelier du Consortium Future Harvest sur les
principes directeurs pour les interventions dans le secteur des
semences, a été organisé par le Ministère de l'agriculture,
la FAO, le Centre international de recherche agricole dans les
zones arides (ICARDA) et l'Agence des Etats-Unis pour le
développement international (USAID). Il a rassemblé les
organisations d'aide et les organismes gouvernementaux
s'occupant de production, d'achat et de distribution
de semences aussi bien à long terme qu'en cas
d'urgence. Le Code de conduite
stipule que les semences produites ou fournies en situation
d'urgence devraient être de la qualité demandée par les
agriculteurs locaux. Elles ne devraient pas dénaturer les
systèmes locaux de semences, ni viser à bâtir les bases
d'un système d'approvisionnement durable en semences à
l'avenir. Autant que possible, dit le Code, les semences
devraient être produites sur place pour garantir leur adaptation
à l'environnement local -un point crucial étant donné le
paysage et l'agriculture variés de l'Afghanistan.
Le Code servira de cadre de coopération
pour éviter la concurrence et le double emploi parmi les
organismes humanitaires, et veillera à ce que les mesures à
court terme d'atténuation de l'insécurité alimentaire
d'après la guerre ne nuisent pas à la capacité à long terme
des agriculteurs afghans d'atteindre l'auto-suffisance
alimentaire et de créer des marchés à l'exportation des
cultures céréalières et de valeur, comme les pistaches et les
fruits. L'agriculture, comme le
ministre afghan de l'agriculture et de l'élevage,
Sayed Hussain Anwari, a déclaré à l'atelier, est le moteur
de l'économie du pays. Le blé est la denrée vivrière de
base pour la plupart des 14 millions d'habitants, suivi du
maïs, des légumineuses, du riz et des légumes, et est donc au
cœur du relèvement de l'Afghanistan.
"C'est une initiative importante qui
tombe à point nommé", dit Adji Ismet-Hakim, responsable
de la FAO en Afghanistan. "Avec l'afflux récent de
financements, il est essentiel d'éviter la duplication et
la compétition entre les organismes. La FAO est un organisme
intergouvernemental neutre ayant des années d'expérience
dans le pays et des compétences techniques spécialisées en
matière d'élaboration de programmes de semences et de
renforcement des capacités. Par conséquent, l'Organisation
souscrit sans réserve à ces directives comme la pierre angulaire
du développement agricole de l'Afghanistan d'après
guerre". Cependant, dit Anthony
Fitzherbert, Conseiller agricole principal de la FAO dans le
pays, "depuis le 11 septembre, la perception d'une
situation d'insécurité de semences dans le pays a conduit
certains organismes humanitaires à rogner sur les coûts
techniques et à acheter et à distribuer des semences sans tester
leur qualité ou leur pertinence".
"On a déjà signalé des pertes de récolte à la
suite de fournitures de semences inappropriées ou non
résistantes à la rouille distribuées en 2001. Non seulement ceci
mène-t-il à l'insécurité alimentaire des ménages mais
entame aussi la confiance dans les semences de qualité que les
agriculteurs afghans produisent depuis vingt ans dans le cadre
du programme de multiplication de semences de la FAO. La FAO a
déjà lancé une enquête détaillée sur les diverses variétésde blé
distribuées aux agriculteurs pour essayer d'éliminer
graduellement les variétés vulnérables à la rouille du programme
de semences". Les programmes de
multiplication de semences de la FAO sont en place depuis 1982,
lorsque le premier programme a démarré place dans le pays en
collaboration avec l'Entreprise afghane paraétatique de
semences améliorées (ISE). En 1986, les premiers essais
d'observation des variétés de blé ont été effectués à
l'aide de matériel génétique du Pakistan et d'autres
pays. En 1988, lorsqu'un programme
transfrontière a été mis en place pour aider le relèvement de
l'agriculture à mesure que les forces soviétiques se
retiraient, la FAO a lancé immédiatement un programme
d'achat et de multiplication des semences fondé sur des
variétés contrôlées et sur un réseau d'agriculteurs sous
contrat produisant des semences de qualité déclarées,
qu'ils échangeaient contre de la nourriture, d'autres
semences ou de l'argent. Entre 1994 et 2001, pas moins de
15 variétés améliorées de blé et dix autres variétés diverses
(riz, orge, pois chiches et haricots) ont été introduites dans
les champs de l'Afghanistan et sont actuellement utilisées
pour la production de semences. Etant donné
que les communautés rurales ont participé aux essais et à la
sélection des variétés de semences dès le départ, une
infrastructure de production de semences ayant une forte
capacité d'adaptation a été créée et a survécu aux années
de pillage. Elle comprend six centres d'essais dans les
différentes zones du pays, 21 unités de production de semences
gérées par des ONG et les communautés, 14 unités de traitement
de semences mobiles et une unité de grande capacité pouvant
traiter plus de 15 000 MT par an, ainsi qu'un Centre
national de semences et deux sous-centres utilisés pour le
stockage et la transformation du matériel génétique.
"Grâce aux activités de la FAO dans les pays
depuis les années 80, l'Afghanistan est le seul pays au
monde sortant d'une guerre qui est encore capable de
fournir des semences locales pour replanter les
terres", indique Narindra Tunwar, conseiller technique
principal de la FAO à Kaboul. "Aujourd'hui, plus
de 4 000 producteurs de semences sous contrat produisent près de
10 000 MT par an de semences de qualité et ce, en dépit des
problèmes auxquels ils se sont heurtés. En 1988, le pays
dépendait des semences importées. Aujourd'hui, il peut
satisfaire ses besoins pour les principales cultures céréalières
et les légumineuses. Bientôt, nous espérons voir s'établir
un marché à l'exportation".
En 1988, la dévastation après dix années de guerre
était encore plus grande qu'aujourd'hui, et pourtant
le pays a atteint une autonomie de près de 80 pour cent en
céréales vivrières en tout juste une décennie.
"Depuis 1999, c'est la sécheresse et non la guerre
qui a gravement endommagé la production agricole en
Afghanistan", continue M. Tunwar. "Maintenant
que la pluie est arrivée, nous pouvons espérer une sécurité
alimentaire durable».
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