GENEVE/ROME, 28 juin 2002 -- La
consultation d'experts sur les conséquences de la présence
d'acrylamide dans l'alimentation, organisée par
l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et
l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation
et l'agriculture (FAO), s'est achevée hier. Les deux
organisations prévoient la création d'un réseau de
recherche sur l'acrylamide afin de parvenir à une meilleure
compréhension de l'exposition humaine et des effets
possibles sur la santé. L'acrylamide sera ajouté dans les
points prioritaires à l'ordre du jour de la prochaine
réunion du Comité mixte FAO/OMS d'experts des additifs
alimentaires pour obtenir une évaluation plus détaillée.
Les 23 experts scientifiques de la
consultation, spécialisés en cancérogenèse, toxicologie,
technologies alimentaires, biochimie et chimie analytique, ont
retenu un certain nombre de questions importantes à étudier
d'urgence. Si l'on sait que l'acrylamide provoque
le cancer chez l'animal de laboratoire, il n'y a pas
encore eu d'étude sur la relation entre cette molécule et
le cancer chez l'homme.
Les modèles
théoriques pour prédire si le cancer peut se développer chez
l'homme avec les niveaux moyens actuels d'absorption
ne sont pas suffisamment fiables pour aboutir à des conclusions
définitives. Il ressort des travaux de recherche effectués sur
le rat que l'acrylamide aurait une action semblable à
d'autres agents cancérogènes bien connus qui apparaissent
en cours de cuisson, comme par exemple les hydrocarbures
aromatiques lorsque l'on fait frire ou griller la viande.
Mais l'acrylamide est probablement absorbé en plus grandes
quantités, ce qui a amené les experts à reconnaître qu'il
s'agissait là d'un problème majeur.
Ils estiment que les données à leur disposition ne
permettent pas de présenter des estimations quantitatives du
risque cancérogène induit par l'acrylamide dans
l'alimentation. Ils demandent instamment de rechercher les
moyens de diminuer les concentrations de ce produit en modifiant
la formulation, le traitement et les autres pratiques
intervenant dans la préparation des aliments.
L'acrylamide est une molécule utilisée dans la
fabrication des matières plastiques. Des travaux présentés en
Suède en avril 2002 ont révélé pour la première fois sa présence
dans certains aliments cuits à haute température. C'est un
agent cancérogène connu qui provoque également des lésions du
système nerveux.
Les études menées en
Suède, puis en Norvège, en Suisse, au Royaume-Uni et aux
Etats-Unis, ont découvert que certains aliments à base
d'amidon, chips, frites, cookies, céréales et pain, avaient
des teneurs en acrylamide bien supérieures à celles données par
l'Organisation mondiale de la Santé dans ses Directives de
qualité pour l'eau de boisson.
On a
cependant déterminé que l'absorption moyenne
d'acrylamide, toutes origines confondues, se situait aux
alentours de 70 μg par jour pour un adulte,
c'est-à-dire à un niveau bien inférieur à celui qui
entraîne des lésions nerveuses chez l'animal de
laboratoire.
« Après avoir examiné les
données disponibles, nous avons conclu que ces nouveaux
résultats révélaient un problème sérieux. Mais nos connaissances
actuelles ne nous permettent pas de répondre aux questions
posées par les consommateurs, les responsables de la
réglementation et les autres parties intéressées », reconnaît le
docteur Dieter Arnold, Président de la réunion mixte FAO/OMS à
Genève.
Les chips, les frites, le pain et
les céréales transformées figurent parmi les aliments où
apparaît l'acrylamide lorsqu'ils sont cuits à plus de
120 °C. Les chercheurs font toutefois observer qu'ils
n'ont pas été en mesure de déterminer si d'autres
aliments pouvaient en contenir, aucune étude n'ayant été
encore faite. Les spécialistes insistent sur le fait qu'on
ne dispose pas non plus de données sur les aliments consommés
ailleurs qu'en Europe et en Amérique du Nord et que des
recherches sont là aussi nécessaires.
En
conséquence, il n'est pas encore possible de déterminer
quelle proportion de l'acrylamide présent dans
l'organisme humain provient des aliments à base
d'amidon. De fait, cette molécule peut pénétrer dans
l'organisme avec d'autres aliments, fruits, légumes,
viande, poissons et fruits de mer, boissons ou avec la fumée du
tabac. On ne connaît donc pas la proportion de l'acrylamide
total dans le corps humain qui est d'origine alimentaire.
De plus, les chercheurs ne savent pas
encore la vitesse à laquelle l'organisme métabolise cette
molécule.
Les experts de la consultation
ont donc recommandé de faire des recherches dans les domaines
suivants : modalités de la formation d'acrylamide pendant
la cuisson; études épidémiologiques portant sur les cancers qui
peuvent lui être imputés chez l'homme; présence
d'acrylamide dans d'autres aliments, notamment ceux
qui sont consommés ailleurs qu'en Europe ou en Amérique du
Nord.









