JOHANNESBOURG/ROME, 26 août 2002
-- L'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture (FAO) a exhorté
aujourd'hui les pays donateurs à accorder d'urgence
une aide alimentaire et un soutien financier à l'Afrique
australe pour éviter une crise humanitaire de très grande
ampleur. L'appel a été lancé dans un rapport publié
aujourd'hui, selon lequel le nombre de personnes ayant
besoin d'une aide alimentaire d'urgence en Afrique
approcherait les 13 millions.
Le rapport,
publié le jour de l'ouverture du Sommet de la terre à
Johannesbourg en Afrique du Sud, annonce que 24 pour cent
seulement des 507,3 millions de dollars E.-U. nécessaires pour
fournir une aide alimentaire à plus de 10 millions de personnes
jusqu'à la prochaine grande récolte attendue en avril 2003
ont été annoncés. Des intrants agricoles sont également
nécessaires de toute urgence pour aider les agriculteurs à
surmonter cette crise. Les annonces de contributions faites à ce
jour ne couvrent que 26 pour cent des 25 millions de dollars
E.-U. jugés nécessaires par la FAO à la mi-août.
Le bulletin quadrimestriel de la FAO
Situation des approvisionnements alimentaires et
perspectives de récoltes en Afrique subsaharienne
indique que 21 pays* de la région sont confrontés à
des «urgences alimentaires», contre 19 en avril de cette année.
Ces urgences sont dues à des troubles civils, à la sécheresse, à
des précipitations excessives, à des inondations et à des
déplacements de populations.
Selon ce
rapport, «Situation alimentaire en Afrique australe est
extrêmement préoccupante. Une période de sécheresse prolongée
pendant la campagne 2001/02, ainsi que des précipitations
excessives, ont dévasté les cultures sur de vastes superficies.
Au Zimbabwe, la réduction des semis dans le secteur commercial
à grande échelle liée à la réforme agraire a aggravé le
problème. La production de maïs de la sous-région a enregistré
une chute brutale, puisqu'elle représente moins d'un
quart de celle de l'an dernier au Zimbabwe, un tiers au
Lesotho et un peu plus de la moitié seulement au Malawi, en
Zambie et au Swaziland".
Au
Zimbabwe, le rapport indique que «la
situation alimentaire et nutritionnelle est extrêmement
préoccupante, après deux récoltes céréalières consécutives très
réduites et compte tenu de la crise économique que traverse le
pays». Le rapport signale des pénuries de maïs, principale
culture de base, notamment dans les zones rurales. Dans
l'ensemble, des taux d'inflation élevés continuent à
réduire l'accès des ménages pauvres aux produits
alimentaires et autres. Les perspectives en ce qui concerne la
production agricole et animale pour la campagne 2002/03 seraient
«peu encourageantes compte tenu de l'effondrement des
activités agricoles dans le secteur commercial à grande
échelle».
Plus de la moitié de la
population du pays aurait besoin d'une aide alimentaire et
la FAO réclame «des contributions de donateurs supplémentaires»
pour enrayer l'aggravement de la situation. Une aide sous
forme d'intrants agricoles est également «nécessaire de
toute urgence pour permettre aux familles d'agriculteurs
touchées par la sécheresse de reprendre leurs activités
agricoles pour la prochaine campagne de semis qui commencera en
octobre 2002».
Le Malawi
a lui aussi été lourdement frappé par la crise alimentaire et
des cas de famine ont été signalés dans certaines régions au
début de l'année. Le rapport estime que quelque 3,2
millions de personnes ont gravement souffert des effets combinés
des pénuries alimentaires et des difficultés d'accès aux
vivres. Des denrées alimentaires de secours ont commencé à être
distribuées à quelque 500 000 personnes, nombre qui devrait
atteindre 3,2 millions d'ici à décembre prochain. À ce
jour, selon le rapport, l'aide alimentaire a pu être
financée par des contributions de donateurs.
En Zambie, «au cours de la dernière
campagne, d'importantes pertes de cultures dues à la
sécheresse ont laissé quelque 2,3 millions depersonnes, soit un
quart environ de la population, dans le besoin sur le plan
alimentaire, tandis que dans la province méridionale la plus
affectée, plus de la moitié de la population (60 pour cent) est
sinistrée.
Un accord de cessez-le-feu en
Angola a révélé l'ampleur des
souffrances des populations isolées dans les zones rurales du
pays. Gravement sous-alimentées, elles ont depuis réussi, pour
la plupart, à se rendre dans les centres d'accueil et de
transit, où un demi million de personnes seraient dans une
situation nutritionnelle critique. Selon le rapport, ce nombre
pourrait être revu à la hausse, à mesure que la sécurité
s'améliorera dans le pays et que d'autres régions
deviendront accessibles.
Au niveau
national, le Mozambique a engrangé de bonnes
récoltes céréalières, mais la situation alimentaire des régions
méridionales et d'une partie des régions situées au centre
du pays est extrêmement tendue, dans la mesure où les cultures
ont été dévastées par la sécheresse. La production céréalière
dans ces zones a diminué d'un tiers par rapport au niveau
déjà réduit de l'an dernier. Le rapport estime que 515 000
personnes vivant dans 43 districts des régions méridionale et
centrale sont confrontées à de graves pénuries alimentaires et
ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence.
En Namibie, la situation
des approvisionnements alimentaires serait «tendue», compte tenu
d'une forte baisse de la production céréalière. Le pays est
confronté à un déficit céréalier d'environ 156 000 tonnes
pour 2002/03. D'après une évaluation de la vulnérabilité
effectuée récemment par le gouvernement, 500 000 personnes
auront besoin d'une aide alimentaire.
Ailleurs en Afrique australe, les approvisionnements
alimentaires sont insuffisants au Lesotho et
au Swaziland, où 585 000 personnes environ ont besoin d'une
aide alimentaire. Le rapport indique qu'une assistance
d'urgence incluant des intrants agricoles comme des
semences et des engrais, est également nécessaire pour aider les
familles d'agriculteurs frappées par des catastrophes à
reprendre leurs activités agricoles.
En ce
qui concerne l'Afrique de l'Est, dans la plupart des
pays de la sous-région, les perspectives pour 2002 sont
défavorables à cause du démarrage tardif de la saison des pluies
et de périodes de sécheresse prolongées. Le rapport indique que
de graves pénuries alimentaires commencent à apparaître dans
plusieurs régions, notamment en Érythrée,
dans certaines parties de l'Éthiopie et
au Kenya.
La situation
alimentaire se serait bien améliorée dans la région des
Grands lacs, mais des difficultés persistent
en République démocratique du Congo. En Afrique de
l'Ouest, les perspectives se sont détériorées
dans certaines régions, compte tenu de la sécheresse prolongée
qui touche une grande partie de la Gambie, de la Guinée-Bissau,
de la Mauritanie et du Sénégal.
Le rapport
prévoit que les besoins d'importations céréalières de
l'Afrique subsaharienne demeureront élevés compte tenu de
la forte chute de la production céréalière en Afrique australe.
On peut s'attendre également à ce que la production réduite
d'Afrique de l'Est et l'augmentation, dans
d'autres régions du continent, des déplacements de
populations dus à des conflits gonflent les besoins
d'importation. La FAO estime à 1,81 million de tonnes les
besoins totaux d'aide alimentaire pour la campagne
commerciale en cours. L'aide alimentaire annoncée pour
2001/02, qui inclut les reports de 2000/01, s'élève pour
l'instant à 1,22 million de tonnes, dont 1,06 million ont
été livrées.
Tandis que le Système mondial
d'information et d'alerte rapide de la FAO suit la
situation agricole et alimentaire dans le monde entier, et tout
particulièrement en Afrique subsaharienne, la Division des
opérations d'urgence et de la réhabilitation de la FAO
fournit une assistance aux populations touchées par des
catastrophes naturelles ou causéespar l'homme. Cette
Division travailledans un certain nombre de pays d'Afrique
subsaharienne, dont l'Angola, le Burundi, le Congo, la
Corne de l'Afrique, l'Éthiopie, les Grands Lacs et
l'Afrique centrale, la Somalie et le Soudan. Elle fournit
une assistance aux secteurs de l'élevage et de
l'agriculture afin que la production agricole puisse
reprendre dès que possible après une catastrophe. Son but est de
faire en sorte que les populations puissent à nouveau subvenir
à leurs besoins dans les meilleurs délais.
*Les 21 pays confrontés à des crises
alimentaires sont les suivants: Angola, Burundi,
Érythrée, Éthiopie, Guinée, Kenya, Lesotho, Liberia, Malawi,
Mauritanie, Mozambique, Ouganda, République démocratique du
Congo, République du Congo, Sierra Leone, Somalie, Soudan,
Swaziland, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe.










