SANDOGO, Burkina Faso, 24 septembre 2002 -- Ce village enfoncé au beau milieu de la savane aride d'Afrique de l'Ouest, bordé de champs de mil et de sorgho, dispose d'une nouvelle ressource naturelle: un lac.

Le plan d'eau s'est constitué au dos d'un barrage en terre et en béton, construit à la force du poignet des villageois avec l'aide d'un groupe paroissial. Une source permanente d'eau signifie que les agriculteurs peuvent cultiver davantage de céréales et de légumes. Ils peuvent également attraper le tilapia, le poisson-chat et d'autres poissons qui font du lac leur habitat naturel. Il est temps désormais d'apprendre non seulement à pêcher, mais aussi à administrer la nouvelle ressource afin qu'elle procure du poisson pour les années à venir.

Le Programme pour des Moyens d'Existence Durables dans la Pêche Artisanale de la FAO a offert son aide. Financé par le Royaume-Uni, le programme se consacre à améliorer les pêches côtières et continentales qui contribuent aux moyens d'existence de 7 millions de pauvres dans 25 pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale. Durant les sessions de formation de 4 à 5 jours, les participants apprennent à penser de façon plus holistique et plus sophistiquée aux biens de la communauté - à savoir, aptitudes, infrastructures, épargne, etc. - et à les planifier. Le but est de permettre aux gens, en partenariat avec le gouvernement, de co-gérer leurs propres ressources.

Le barrage de Sandogo fait partie de l'impressionnant réseau de 2 100 barrages du pays, construits dans les zones de plaine pour récolter le ruissellement des eaux de pluie et les utiliser durant la campagne de végétation. Les barrages ont été construits un à un grâce à une aide internationale fournie depuis les années de grande sécheresse et de famine de 1970-73 qui ont dévasté le Sahel.

Gérer les poissons - et les crocodiles

A Sandogo, le programme de la FAO a fourni 16 000 dollars et la communauté 4 000 dollars pour couvrir le coût des embarcations, des filets, des balances, des fours à fumer le poisson et de la formation. Les villageois ont constitué un groupe de pêche, composé aujourd'hui de 87 hommes et de 23 femmes, qui se réunissent régulièrement pour discuter de la gestion.

Démarrer dans le secteur de la pêche fut une véritable aventure.

"Cela n'a pas été facile d'apprendre à pêcher", explique Gabriel Sawadogo, présenté comme le pêcheur le plus habile du village. "Par exemple, d'abord j'ai dû apprendre à nager ou, sinon, je risquais de me noyer si le bateau se renversait". Ainsi, les villageois qui savaient nager ont mis leurs compétences au service des autres et leur ont enseigné comment rester à la surface.

Ensuite, il y a les crocodiles. "Un enfant a perdu son pied il y a quelque temps", dit Tibo Zongo, président du groupe. "Et les crocodiles prennent notre poisson. Ils déchirent parfois nos filets quand ils essaient de manger le poisson déjà attrapé".

Henri Zerbo, l'ingénieur du Ministère des pêches qui supervise le projet, ajoute que, dans le but de maîtriser la population de crocodiles, la communauté pourrait être dispensée de suivre la législation sur la faune sauvage qui protège les crocodiles.

"Nous avons eu des débats animés sur la question", dit-il. "Dans notre culture, les crocodiles sont considérés comme des animaux sacrés. Les villageois se demandent maintenant si les crocodiles du réservoir, qui sont une nouvelle population arrivée de la rivière, peuvent être traités différemment des animaux qui se trouvent de l'autre côté du village, où ils ont toujours vécu", indique-t-il.

Des gains durant la saison sèche

M. Zongo indique fièrement les prises du groupe pour les cinq premiers mois: plusieurs milliers de kilos. Les villageois, dont le principal revenu est encore l'agriculture, peuvent attraper suffisamment de poisson pour le fumer et le vendre dans la capitale voisine, Ouagadougou, et augmenter ainsi les revenus et les régimes alimentaires de leurs familles.Lapêche a généralement lieu durant la saison sèche, lorsque le poisson est concentré dans une eau peu profonde et qu'il est plus facile à attraper. Les agriculteurs, qui ont alors besoin d'écouler leurs céréales pour obtenir de l'argent, sont bien contents d'avoir une autre source de revenus. Les céréales peuvent désormais être conservées et être vendues en cas d'urgence, comme par exemple, en cas de maladie dans la famille.

Aline Zongo se souvient comment les villageoises, chargées de transformer le poisson, traitaient, au début, le poisson pêché dans la rivière. "Il était souvent plus grillé que fumé", dit-elle. "Maintenant, nous savons comment fumer le poisson correctement. Dans l'ensemble, nous sommes plutôt contents du projet. Nous avons plus d'argent pour satisfaire nos besoins, pour la nourriture et pour les enfants".

Le Programme pour des Moyens d'Existence Durables dans la Pêche Artisanale travaille avec les populations locales pour exploiter les plans d'eau du Burkina Faso. "Nous aurions pu faire venir des pêcheurs de profession et récolter beaucoup de poisson. Mais ceci n'aurait rien apporté à la communauté locale", conclut M. Zerbo.