ROME, Italie, 20 septembre. Les agriculteurs pauvres utilisent des téléphones portables pour obtenir des informations sur les cours des marchés agricoles. Les stations de radio diffusent des programmes sur le traitement des animaux malades. Les groupes de femmes rurales utilisent internet pour échanger des informations sur l'agriculture biologique. Ceux-ci ne sont que quelques exemples de comment l'accès à l'information et à la technologie peut améliorer les vies rurales dans les pays en développement.

Cependant, les opportunités offertes par les technologies de l'information et de la communication (TIC) -- téléphone, radio, vidéo et internet -- sont réparties de façon inéquitable. A peine 6 pour cent de la population mondiale est connectée à Internet, et un grand nombre d'habitants de la planète n'ont jamais passé un coup de téléphone. Il existe une disparité croissante entre ceux qui ont accès à l'information et ceux qui en sont privés. Ces derniers sont la majorité, et la plupart d'entre eux vivent dans les zones rurales des pays en développement.

"Nous sommes confrontés au problème d'un fossé numérique dans les campagnes, mais pour le combler, il ne suffit pas d'avoir des technologies et de fournir davantage d'ordinateurs, de radios ou de portables", indique Francisco Perez Trejo du Centre mondial d'information agricole de la FAO (WAICENT). "Rendre l'information plus accessible est une affaire politique, et ceci requiert une détermination politique, une éducation et des fonds".

Telle est la réalité qui est à l'origine de la Consultation sur la gestion de l'information agricole (COAIM) qui a lieu du 23 au 25 septembre au siège de la FAO à Rome. Cette deuxième réunion bisannuelle rassemble des responsables de haut rang- des ministres de l'agriculture aux organisations des Nations Unies, aux organismes spécialisés et aux organisations intergouvernementales. Ils examineront, entre autres, comment combler le fossé numérique grâce à un meilleur échange et une meilleure gestion de l'information.

La FAO dispose de nombreux systèmes d'information agricole, notamment sur la lutte contre les ravageurs, les maladies animales, la sécurité alimentaire. Ce qu'il faut, c'est un mécanisme de partage et de gestion de l'information au-delà des frontières, des secteurs et des clivages sociaux.

En s'employant à combler le fossé numérique rural, la FAO collabore avec de nombreux partenaires solides, y compris le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) et des universités et centres de recherche dans le monde entier. La FAO a lancé un programme de diffusion qui aide les groupes des villages au niveau international à adapter et à intégrer les outils et les méthodes existants à leurs propres exigences. De nombreux projets portant sur les TIC et la gestion de l'information sont florissants. Citons notamment:

  • Radio rurale: La FAO travaille avec la radio rurale depuis plus de 30 ans. Pour des milliards d'habitants des zones rurales où les taux d'analphabétisme sont élevés et où manquent électricité, téléphone et accès à internet, la radio demeure le moyen de communication le plus accessible, le plus économique et le plus répandu. La FAO aide à créer des stations de radio et à former les diffuseurs. En outre, la FAO les aide en leur offrant des fiches analytiques sur les questions de sécurité alimentaire et des informations sur le climat, les opérations après récolte, les systèmes d'alerte rapide, la sécurité sanitaire des aliments et la nutrition. Les diffuseurs peuvent incorporer ce matériel dans leurs programmes radiophoniques intéressant les agriculteurs locaux. La FAO aide également à connecter les stations de radio communautaire à internet et à former leur personnel à la collecte et à l'adaptation de l'information pour les programmes radiophoniques.

  • Réseau de femmes rurales: Les nouvelles technologies de l'information offrent une occasion unique de mettrefin au silence et à l'invisibilité des femmes rurales. La FAO a été l'un des moteurs à l'origine du projet Dimitra, lancé en 1998, qui vise à aider les femmes rurales en mettant en lumière leurs contributions à leur communauté et à leur pays. Le projet Dimitra - du nom de Déméter, la déesse grecque de l'agriculture - a mis en place une base de données en ligne d'organisations, de projets et de publications. Les TIC servent également aux études et aux forums électroniques sur des thèmes pertinents, comme "les femmes et l'accès à la terre" et "Genre, TIC, bonne gouvernance et démocratie". Dans le monde entier, plus de 850 organisations non gouvernementales, organisations de la société civile et organismes de recherche participent au projet Dimitra, en travaillant avec les femmes rurales. Les partenaires partagent l'information grâce aux TIC et aux moyens de communication plus traditionnels, et le projet diffuse l'information à une liste de distribution de plus de 4 000 destinataires dans le monde entier.

  • Situations d'urgence:En cas de catastrophe, il est crucial d'obtenir des informations précises et sans délai sur le secteur agricole d'un pays, et la FAO aide depuis des années les gouvernements à affronter les situations d'urgence. Après les terribles inondations au Venezuela en décembre 1999, la FAO a aidé à faire le point sur la situation de l'alimentation et des récoltes dans le pays et sur la nécessité d'un relèvement agricole et d'une aide d'urgence. Il a été notamment créé un Réseau d'urgence Intranet - un nouvel outil dans les opérations de secours, qui a fourni au Ministère de l'agriculture un accès immédiat aux informations vitales, comme les dégâts aux cultures, les récoltes anticipées et les données sur les prix, ainsi que des images satellite des zones touchées.

"A la FAO, nous utilisons la technologie, mais nous mettons l'accent principalement sur le contenu et comment le rendre utile aux agriculteurs ainsi qu'aux décideurs de nos pays membres", explique M. Perez Trejo. "Les échanges d'information sont essentiels pour tout le monde, et une information plus accessible signifie une participation plus vaste et de meilleures prises de décisions à tous les échelons".

Le but principal de la réunion de la COAIM de cette année est de faire en sorte que les pays s'emploient plus activement à combler le fossé numérique. Il est également important d'encourager les organismes internationaux à collaborer davantage sur ce problème.

Les thèmes à aborder sont notamment les flux d'information, la coordination des efforts de développement des capacités, et la mise au point de directives et de normes pour la gestion de l'information. Plusieurs manifestations parallèles auront lieu sur la problématique hommes-femmes et la gestion de l'information agricole, la radio rurale et la sécurité alimentaire, ainsi que sur FAOSTAT, la base de données statistiques de la FAO.