25 Février 2003, Rome/Genève -- Une alimentation équilibrée peut améliorer la vie des personnes atteintes du Sida et freiner la progression de ce virus mortel, selon deux agences des Nations Unies.

La FAO publie, en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un manuel qui met en lumière la relation entre l'infection et l'alimentation et dispense des conseils nutritionnels et pratiques aux quelque 42 millions de personnes atteintes du Sida.

Une alimentation équilibrée permet de protéger et de renforcer le système immunitaire et de se maintenir en bonne santé. Le corps peut alors lutter plus efficacement contre les ravages de la maladie et mieux supporter les traitements médicamenteux.

"La relation entre le virus VIH/Sida et la malnutrition est un exemple fort du cercle vicieux du dysfonctionnement immunitaire, de l'infection et de la malnutrition", selon le Dr David Nabarro, Directeur du département du développement durable et des milieux favorables à la santé de l'OMS.

"Les aspects nutritionnels du virus VIH/SIDA ont longtemps été ignorés. L'attention s'est toujours centrée sur les médicaments", remarque Kraisid Tontisirin, Directeur de la division de l'alimentation et de la nutrition de la FAO, "Le message a toujours été: 'Prendre deux comprimés après les repas'. Mais on oublie de parler des repas."

Environ 95 pour cent des personnes atteintes du virus vivent dans des pays en développement où les ressources, les médicaments et les services de santé sont rares. Pour ces personnes, une alimentation équilibrée est un moyen d'affronter la maladie.

"L'alimentation n'est pas le remède miracle et n'empêchera pas que l'on meurt du sida", ajoute William Clay, expert en nutrition à la FAO, "Mais elle peut aider les malades à vivre mieux et plus longtemps et à rester productifs."

Le Docteur Graeme Clugston, Directeur de la division de la nutrition pour la santé et le développement de l'OMS, confirme qu'il faut accorder davantage d'attention à l'alimentation: "L'effet du VIH sur l'alimentation se fait sentir dès le début de la maladie, avant même que les individus sachent qu'ils sont atteints."

L'équation du Sida

Dans les pays où la faim, l'insécurité alimentaire ou la misère poussent la population, et en particulier les jeunes, à pratiquer des activités à risque comme la prostitution pour nourrir leur famille, le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) peut se répandre rapidement.

Quand une personne est atteinte du virus, c'est toute sa famille qui en souffre. Privés de celui qui les nourrit, les autres membres de la famille risquent de souffrir de malnutrition et par conséquent de devenir plus vulnérables aux infections.

Le Sida a un effet dévastateur sur le bien-être nutritionnel d'une personne:
  • il réduit l'absorption de substances nutritives;


  • il bouleverse l'appétit et les métabolismes;


  • il détériore les muscles et les organes;


  • il rend le corps plus vulnérable aux agressions extérieures.



Même si elles ont un appétit réduit et des difficultés pour s'alimenter, les personnes atteintes du virus doivent manger beaucoup plus de nourriture pour combattre la maladie et maintenir leur poids. Elles ont besoin d'une quantité supplémentaire de protéines pour la reconstruction du tissu musculaire, d'aliments riches en énergie pour gagner du poids, de vitamines et de minéraux pour relancer leur système immunitaire. Elles ont également besoin d'eau pour combattre la déshydratation.

La nourriture comme soin

Le manuel de nutrition FAO/OMS propose aux familles dont l'un des membres est atteint du virus des remèdes abordables en fonction des symptômes liés à la maladie. Les herbes et les épices peuvent stimuler un petit appétit ou la digestion et ont d'autres effets bénéfiques. La cannelle, par exemple, peut être infusée dans un thé pour calmer les toux, et les feuilles de menthe utilisées comme gargarismes.

En encourageant les bonnes habitudes alimentaires, la FAO espère que ce manuel améliorera l'alimentation, la santé et la résistance aux infections de toute la famille.

Conçu pour être utilisé par le personnel médical, les groupes communautaires et les organisations non gouvernementales, le manuel comporte:
  • des formulaires pour contrôler la perte de poids et la prise d'aliments;


  • des fiches informatives sur les grands principes d'une alimentation équilibrée;


  • des conseils d'hygiène pour la préparation de la nourriture;


  • des recettes comportant les vitamines et minéraux nécessaires à l'organisme.



L'ouvrage se concentre sur les façons d'atténuer les symptômes associés au Sida - le manque d'appétit, la fatigue, la douleur- en suggérant des recettes utilisant des fruits et légumes cultivés dans les zones rurales des pays en développement les plus durement touchés par la maladie.

"Nous espérons que ce guide servira de base et sera adapté par les communautés touchées par le Sida et qu'il leur fera prendre conscience de l'importance de l'alimentation pour une personne malade", conclut William Clay.

Divulguer l'information

Pour que tous les malades puissent profiter des bienfaits d'une alimentation équilibrée, l'OMS a conçu des stages et du matériel éducatif pour les travailleurs de la santé et le personnel soignant. Le deuxième cours va être testé cette semaine en Afrique du sud et on envisage ensuite de le publier en septembre 2003 sous forme de dossier éducatif comprenant des aides visuelles et des guides d'utilisation.

"Soutenir et conseiller les personnes atteintes du Sida sur leur alimentation est essentiel, en particulier dans les milieux ayant peu de ressources et où la malnutrition et l'insécurité alimentaire sont endémiques", explique Randa Saadeh, chargée des programmes éducatifs et des stages à l'OMS.

L'OMS élabore des standards pour les apports en éléments nutritifs des personnes atteintes du Sida. Elle développe également les connaissances sur la maladie à travers diverses actions:
  • Organisation de consultation d'experts pour passer en revue les besoins nutritionnels des malades et leur fournir des orientations alimentaires;


  • Mise en place d'un planning de recherche pour évaluer l'impact d'une alimentation améliorée sur la prévention et le taux de progression du VIH et pour déterminer la fréquence et la gravité des infections à germes opportunistes;


  • Développement et promotion des technologies alimentaires pouvant profiter aux populations touchées par le Sida.



"Nous espérons qu'avec ces actions et ce guide, nous pourrons aider les gouvernements et les organisations à élaborer des normes sur les soins nutritionnels et à développer des interventions alimentaires pour les populations affectées", ajoute Mme Saadeh.

L'ouvrageMieux vivre avec le VIH/SIDA, Manuel de soin et soutien nutritionnels pour les personnes atteintes du VIH/SIDA est disponible à la FAO.



Contact

Stéphanie Holmes
Bureau de Presse FAO
stephanie.holmes@fao.org
(+39) 06 570 56350

ou

Gregory Hartl
Conseiller en communication pour le Département du développement durable et des milieux favorables à la santé de l'OMS
hartlg@who.int
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