5 mai 2003, Rome -- La propagation du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) a soulevé une inquiétude planétaire. Certains médias ont émis l'hypothèse selon laquelle l'élevage intensif pourrait être un foyer du virus.
Peter Roeder, de la Division de la production et de la santé animales de la FAO, commente le lien possible entre l'agriculture, l'élevage et la pandémie de Sras.


Y-a-t-il des preuves que le virus du SRAS provienne des animaux?

Il n'y a aujourd'hui aucune preuve permettant d'imputer l'origine du virus aux animaux d'élevage (bœufs, cochons, volaille, etc) et cela semble improbable, même si l'origine du virus est toujours un mystère.

En admettant que le SRAS soit causé par le nouveau coronavirus qui a été associé à la maladie, la prise d'empreinte génétique de ce virus montre qu'il ne ressemble à aucun coronavirus animal ou humain connu.

Y-a-t-il un lien quelconque entre le SRAS et la "grippe du poulet" qui sévit actuellement en Europe et aux USA?

Non, ces deux maladies sont causées par deux virus complètement différents.

Peut-on accuser l'élevage intensif et la concentration d'animaux d'être des foyers du virus?

Instinctivement, on pourrait penser que c'est le cas, mais comme il n'y a aucune preuve que le virus provienne des animaux d'élevage, ces facteurs ne peuvent pas être tenus pour responsables dans cette affaire.

L'importante densité de population dans la Chine méridionale aurait pu tout aussi bien être un facteur important dans la genèse de cette maladie, quelle que soit son origine.

Une production animale plus «durable» pourrait-elle réduire les risques de telles maladies?

Certainement, mais ce n'est pas de cela dont il s'agit dans cette affaire.

Ceci dit, il est de plus en plus démontré que les systèmes de production animale intensifs et industrialisés sont vulnérables aux épizooties. Cela jette le doute sur la viabilité de ces systèmes.

La promiscuité des humains avec plusieurs espèces d'animaux élevés de manière intensive peut fournir un substrat pour une transmission entre les espèces, l'évolution et l'amplification de plusieurs agents pathogènes.

Des scientifiques au Canada et en Australie projettent d'importer le virus du SRAS pour l'inoculer à des animaux. La FAO soutient ces expériences. Qu'en attendez-vous ?

Ce travail expérimental est nécessaire afin d'accorder les études de terrain pour examiner l'improbable circulation du virus dans les populations animales.

Le travail a déjà commencé au Centre national canadien des maladies animales exotiques et nous espérons qu'il sera complété par d'autres études menées en Australie. Nous nous attendons à ce que ce travail nous en dise plus sur la capacité du virus d'infecter les animaux, la nature de tout signe de la maladie et la probabilité que les animaux transmettent le virus.

Le virus peut-il être transmis par les produits animaux et le commerce?

Nous ne disposons d'aucune preuve que le virus du SRAS infecte les animaux d'élevage et, par conséquent, sa présence dans les produits animaux et les produits alimentaires n'est que spéculation. Même s'il était présent, le virus serait probablement complètement détruit lors de la cuisson et la transformation.

Les coronavirus, auxquels l'agent infectieux du SRAS appartient probablement, ont tendance à être très fragiles hors du corps animal et auraient une durée de vie très courte - quelques heures - en tant que résidus du conditionnement des aliments.

Il n'y aucune raison de penser que le commerce des animaux ait été la voie de propagation de la maladie dans les zones affectées et autour du monde.

Tout montre que le virus est un pathogène humain transmis principalement à partir de gouttelettes émises par les voies respiratoires des personnes malades.

Les restrictions commerciales pourraient-elles aider à enrayer la propagation du virus?

Le commerce ne semble pas jouer un rôle, des restrictions en ce sens ne seraient donc pas pertinentes.

Est-ce que le virus pourrait être véhiculé par les produits alimentaires transportés par les voyageurs?

Ici encore, la réponse semble être clairement "non".

Quel est le rôle de la FAO dans la lutte contre le SRAS?

Il importe avant tout à la FAO qu'une caractérisation complète et parfaite de l'agent du SRAS et de son évolution soit réalisée. L'implication des animaux d'élevage et du commerce doit être exclue.

En partenariat avec l'OMS, la FAO suit tout particulièrement le contexte d'exploitation et de manipulation des aliments. De manière générale, l'évolution des agents pathogènes dans les systèmes agricoles intensifs dans les zones très peuplées est, pour elle, un souci permanent.

Comprendre l'évolution des pathogènes en relation avec les systèmes de production et la chaîne alimentaire est un composant essentiel du travail de la FAO en santé vétérinaire.


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