3 juillet 2003, Maputo -- M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, a attiré, une fois de plus, l'attention des leaders africains sur le rôle primordial de l'agriculture dans le développement économique et la réduction de l'insécurité alimentaire et de la pauvreté. A cet égard, il les a exhortés à accorder une plus grande priorité au secteur agricole et à lui consacrer des ressources adéquates.

M. Diouf s'exprimait hier au cours de la Conférence des ministres de l'agriculture africains, en prévision du Sommet de l'Union Africaine (UA) à Maputo, Mozambique (10-12 juillet 2003). La Conférence des ministres de l'agriculture africains s'était ouverte par une allocution du Président du Mozambique, M. Joaquim Chissano, en présence du président p.i. de la Commission de l'UA, M. Amara Essy.

« On note une plus grande prise de conscience du rôle primordial du secteur agricole dans le développement économique et la réduction de l'insécurité alimentaire et de la pauvreté ainsi que de la nécessité de renverser la tendance en ce qui a trait à l'allocation des ressources à l'agriculture », a souligné M. Diouf qui a invité l'Afrique et le NEPAD à tirer profit de ce changement en consacrant une plus grande part de leurs budgets nationaux à l'agriculture.

Celle-ci fait vivre 70 pour cent de la population de l'Afrique et elle est le moteur des économies africaines, selon M. Diouf. Malheureusement, elle connaît des moments difficiles, la production et la productivité ayant considérablement baissé au cours des dernières années. En moyenne, la récolte céréalière en Afrique représente le tiers de celle de l'Asie et moins de la moitié de celle de l'Amérique latine.

« Quelque 200 millions de personnes, soit le tiers de la population de l'Afrique, souffrent de sous-alimentation chronique », a rappelé M. Diouf. "Environ 40 millions de personnes sont actuellement confrontées à des pénuries alimentaires provoquées par des désastres naturels ou causés par l'homme. En outre, la FAO estime à quelque 7 millions le nombre des travailleurs agricoles victimes du Sida en Afrique sub-saharienne depuis 1985. Seize autre millions pourraient périr d'ici à 2020.»

L'Afrique utilise seulement 1,6 pour cent de l'eau disponible, contre 14 pour cent en Asie. Résultat : 3,8 pour cent seulement des terres arables sont irriguées en Afrique sub-saharienne, contre 14 pour cent en Amérique latine/Caraïbes et 40 pour cent en Asie.

L'Afrique a besoin d'un programme détaillé et durable basé sur une meilleure gestion de l'eau en agriculture, notamment aux niveaux de la collecte, de la conservation, de l'irrigation et du drainage. Un tel programme apporterait des bénéfices substantiels et durables à la production agricole tout en réduisant la vulnérabilité des communautés rurales, selon M. Diouf.

Le Directeur général de la FAO a encore dit que l'Afrique manquait d'intrants agricoles modernes, notamment de variétés de semences à haut rendement, d'engrais, de vaccins et de facilités de stockage et de traitement des produits alimentaires. Il a qualifié d'« insuffisantes » dans l'ensemble les infrastructures rurales en Afrique.

Pour freiner le déclin du secteur agricole en Afrique, M. Diouf a lancé un appel pour une application rapide du Programme détaillé pour le développement de l'agriculture africaine (PDDAA) par les ministres de l'agriculture africains.

Le PDDAA, mis au point par le NEPAD, souligne la nécessité d'initiatives en faveur du secteur agricole s'articulant autour de quatre éléments: investissements pour la gestion de l'eau et des terres; expansion des infrastructures rurales, notamment les routes et le stockage des produits alimentaires; incitations directes à la production et à la productivité et mise en place de filets de sécurité pour les populations vulnérables; soutien à la science et adoption de technologies pour la productivité à long terme.

NDLR : Le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) est la reconnaissance par les dirigeants africains, à partir d'une vision commune et d'une conviction ferme et partagée, du devoir urgent qui leur incombe d'éradiquer la pauvreté, et d'engager leurs pays, individuellement et collectivement, sur la voie d'une croissance et d'un développement durables tout en participant activement à l'économie et à la vie politique mondiales.

Le NEPAD est ancré dans la détermination des Africains de se soustraire, ainsi que leur continent, aux affres du sous-développement et de l'exclusion sur une planète qui se mondialise. La pauvreté et le retard de l'Afrique contrastent nettement avec la prospérité du monde développé.

La marginalisation du continent, perpétuel laissé pour compte du processus de mondialisation, et l'exclusion dont est victime la vaste majorité de ses peuples constituent une grave menace pour la stabilité mondiale, selon le NEPAD.


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