30 octobre 2003, Pyongyang/Rome
-- Malgré de meilleures récoltes cette année, la
République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord)
connaîtra un nouveau déficit alimentaire substantiel en 2004 et
aura besoin d'une aide extérieure conséquente, selon la FAO
et le PAM.
L'alliance d'une
production nationale insuffisante, d'un régime alimentaire
pauvre et inadéquat de la majorité de la population, de
disparités croissantes d'accès à la nourriture et de la
baisse du pouvoir d'achat de plusieurs foyers signifie que
quelque 6,5 millions de Nord-Coréens vulnérables auront besoin
d'aide l'an prochain, selon un rapport conjoint des
deux agences spécialisées de l'ONU.
La situation
demeure "extrêmement précaire" pour les jeunes
enfants, les femmes enceintes et allaitant et de nombreuses
personnes âgées, ont alerté les deux agences.
Le rapport prévoit une production céréalière pour la
saison commerciale 2003/2004 (novembre-octobre) de 4,16 millions
de tonnes, soit 4,7 pour cent de plus que la production estimée
pour 2002/2003 qui s'élevait à 3,97 millions de tonnes.
Les récoltes de maïs et de riz en 2003
auraient chacune augmenté de 4,5 pour cent par rapport à 2002,
s'élevant respectivement à 1,48 million de tonnes et 1,73
million de tonnes. Ces améliorations sont le résultat de
conditions climatiques favorables, d'une incidence
relativement faible des maladies et ravageurs sur les cultures,
d'une plus grande utilisation des engrais provenant de
dons, d'une meilleure irrigation et d'une mécanisation
accrue.
Estimant les besoins totaux en
céréales - pour les humains, les animaux et les semences - pour
2003/2004 à 5,1 millions de tonnes, le rapport de la FAO et du
PAM prévoit un besoin en importations de 944 000 tonnes. Étant
donné que l'on anticipe 100 000 tonnes d'importations
commerciales, 300 000 tonnes d'importations à des
conditions de faveur et 140 000 tonnes d'aide alimentaire
qui devraient arriver après le 1er novembre 2003, le déficit
sera de 404 000 tonnes.
Malgré une
amélioration visible des standards nutritionnels ces récentes
années, les taux de malnutrition restent
"alarmants", selon le rapport conjoint. Quatre
jeunes enfants sur dix souffrent de malnutrition chronique ou
d'un retard de croissance, selon une enquête menée en
octobre 2002 par l'UNICEF et le PAM.
Des interventions d'aide alimentaire soutenues et
ciblées sont essentielles pour prévenir un retour aux niveaux
élevés de sous-alimentation connus précédemment, selon les deux
agences.
Suite au processus
d'ajustement économique initié en juillet 2002, plusieurs
entreprises se sont retrouvées incapables de payer les salaires
dans leur totalité. Combiné avec une hausse des prix des
produits alimentaires supérieure aux augmentations de salaires,
ceci a causé une nouvelle détérioration du pouvoir d'achat
déjà inadéquat de plusieurs foyers, surtout dans les zones
urbaines.
Les rations alimentaire
distribuées par les services publics - une source primaire
d'alimentation pour 70 pour cent des 23 millions de
Nord-Coréens vivant en zones urbaines - sont fixées à 300
grammes maximum par personne par jour pour 2004, par rapport à
319 grammes cette année, ont indiqué les autorités
gouvernementales. L'allocation actuelle couvre seulement la
moitié des besoins caloriques d'un individu.
Bien que faibles, ces rations absorbent actuellement
plus de 60 pour cent des revenus des ouvriers et des personnes
âgées. Après avoir payé les nécessités non-alimentaires, ils ne
peuvent plus acheter des denrées nutritives comme le riz ou le
maïs sur les marchés privés où les prix sont 3,5 fois plus
élevés.
Alors que la situation est
susceptible d'empirer dans le futur immédiat, le rapport
recommande qu'une attention particulière soit accordée aux
personnes ayant de faibles revenus et dépendant des rations
alimentaires dans les zones urbaines qui connaissent de plus en
plus de chômage à cause du processus d'ajustement
économique.
Le rapport delaFAO et du PAM
estime les besoins à 484 000 tonnes de produits alimentaires de
base, dont 400 000 tonnes de céréales sous forme d'aide
alimentaire pour les groupes les plus vulnérables. Les
trois-quart seront alloués aux enfants dans les crèches, les
jardins d'enfants, les écoles primaires, les orphelinats et
hôpitaux, les femmes enceintes et allaitant et les personnes
âgées.
Malgré de meilleures conditions de
travail pour les agences humanitaires, le rapport note que des
restrictions demeurent sur l'accès aux nécessiteux et aux
marchés et commerces, réduisant les possibilités de contrôler et
détecter, au moment opportun, de nouveaux groupes en situation
d'insécurité alimentaire. Il déclare cependant que le
gouvernement nord-coréen est plus coopératif pour fournir les
informations nécessaires à l'évaluation de la sécurité
alimentaire des ménages.
Le rapport
recommande qu'"en sus de fournir une aide
alimentaire d'urgence, la communauté internationale devrait
engager un dialogue politique avec le gouvernement afin de fixer
un cadre permettant de mobiliser l'aide nécessaire,
économique, financière ou autre, pour promouvoir une production
alimentaire durable et la sécurité alimentaire pour
tous".










