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Re: HLPE consultation on the V0 draft of the Report: Investing in smallholder agriculture for food and nutrition security

FSN Forum Team Afghanistan
18.01.2013
FSN Forum

Posted on behalf of Jean-Paul Pradère, World Organisation for Animal Health, France

Les auteurs du rapport méritent d’être félicités pour la qualité et la clarté de leur travail sur un sujet aussi complexe. L’importance des rôles économiques et sociaux que les petites exploitations jouent, pratiquement partout dans le monde, est très bien montrée et très bien analysée.

En complément des recommandations déjà proposées dans le rapport, il me semble nécessaire d’ajouter le renforcement de la productivité de l’élevage et, en conséquence, le besoin de renforcer le contrôle de la santé animale. En effet, l’élevage représente une part croissante du PIB agricole dans le monde (actuellement plus de 40%) et le rapport montre bien les rôles multiples et importants qu’il joue dans les petites exploitations. Des études (Ludena 2010) ont montré que c’est dans les petits élevages (volaille, porcs) que les transferts de technologie étaient les plus faciles à réaliser et que des gains de productivité pouvaient être les plus rapides. Bien entendu, pour réaliser ces gains de productivité et améliorer la qualité de leurs produits, les petits producteurs doivent pouvoir compter sur des services vétérinaires performants. En outre, un meilleur contrôle de la santé animale réduit l’aversion au risque des producteurs et des banquiers et donc facilite l’accès des petits producteurs aux innovations. L’amélioration de la santé animale et de la qualité des produits animaux est également une des conditions à l’intégration des petits éleveurs dans les filières de production et dans les circuits modernes de distribution (intégration largement recommandée dans le rapport).

Les remarques sont présentées en réponse aux grandes questions qui sont posées par les auteurs du rapport :

1) Definition and significance of Smallholder agriculture: is the approach in the report adequate?

Cette question est déjà bien traitée dans le rapport. En outre elle a déjà bénéficié de nombreuses contributions.

2) Constraints to smallholder investment: are all main constraints presented in the draft? Have important constraints been omitted?

Le rapport montre bien les liens étroits qui existent entre les composantes économiques et domestiques dans les ménages de petits producteurs agricoles. On comprend que pour ces ménages fragiles, la réalisation d’un risque (par exemple la baisse de production ou la mort d’un animal) a immédiatement des effets très graves.

  • Aversion au risque

Le paragraphe 4 du rapport, pourrait développer la notion d’aversion au risque et son impact d’une part sur les choix d’investissement du producteur lui-même (lorsqu’il investit avec ses ressources propres) et, d’autre part, sur les décisions d’investissement (relations producteurs/ banques)

Les études sur le sujet montrent, qu’en raison de leur aversion au risque, les producteurs (surtout les plus modestes) préfèrent des options qui offrent moins de profit mais avec un risque faible, au détriment des options qui pourraient générer un grand profit, mais avec un risque élevé.

Jesús Antón et Wyatt Thompson (Risk Aversion and Competitiveness, 2008) montrent que, toutes choses égales par ailleurs, l’aversion au risque conduit les investisseurs à choisir des options qui réduisent le niveau de leurs revenus. Au fil du temps ils se marginalisent eux-mêmes et s’écartent des circuits économiques les plus rentables.

On comprend dans ces conditions, que l’aversion pour les risques liées aux maladies animales constitue une contrainte forte, qui empêche les petits producteurs de bénéficier des profits élevés (mais risqués) de l’élevage et notamment de l’élevage d’espèces à cycle court (volailles, porcs) pour lesquels les transferts de technologie sont relativement faciles et les ratios de profit généralement très élevés. On comprend également l’intérêt d’un meilleur contrôle de la santé animale pour réduire la force de l’aversion aux risques dans les choix d’investissement en élevage.

3) Are the main areas for recommendations and the priority domains for action adequate?

  • Importance croissante de l’élevage au niveau mondial et dans l’économie des petites exploitations.

Le rapport en objet montre bien le rôle de l’élevage dans la constitution, la gestion et la préservation du patrimoine des ménages ruraux. Toutefois, l’importance des rôles de l’élevage dans les petites exploitations pourrait être soulignée.

En effet, l’élevage est partout en croissance. Le volume des productions animales augmente vite. Il représente déjà plus de 40% du PIB agricole mondial et cette proportion augmente vite.

L’élevage est une source de revenus pour 70% des ruraux pauvres dans le monde. Outre des revenus directs et une réserve en capital, l’élevage offre une force de travail et de transport pour la moitié des exploitations agricoles du monde, une source de fertilisation organique pour la plus grande partie des cultures et un moyen de convertir des sous-produits grossiers en produits animaux à forte valeur ajoutée. Sans être un passage obligé, l’élevage constitue une opportunité pour réduire la pauvreté (Banque mondiale, « Minding the Stock: Bringing Public Policy to Bear on Livestock Sector Development, 2009 »).

  • Forte élasticité de la demande de produits animaux.

La demande de produits animaux est en forte croissance, partout dans le monde. En Afrique, où le déficit en produits animaux va continuer à augmenter (OECD/FAO Outloock -2012), l’élasticité de cette demande a été estimée à 0,8 (Seale, Regmi, & Bernstein 2003, Muhammed et al 2011). Les élevages à cycle court, qui valorisent vite et biens les investissements lorsqu’ils sont sécurisés, permettraient à de petits éleveurs de profiter de la croissance de la demande.

  • Productivité de l’élevage (et des autres productions agricoles)

De investissements en faveur de la productivité globale de la production agricole figurent – à juste titre - parmi les recommandations prioritaires du rapport. Le rapport contient également différents environnements économiques de la production agricole. Il est en effet important de distinguer clairement plusieurs catégories de pays. On pourrait distinguer notamment :

  • les pays (généralement développés) où les producteurs ont plus d’opportunités de diversification des revenus, où ils bénéficient de bonnes infrastructures, de services éducatifs et sociaux de bons niveaux et surtout de soutiens importants aux productions agricoles ;
  • et à l’autre extrême, les pays les plus pauvres où les nombreux petits producteurs sont le plus souvent mal représentés au niveau politique, où les infrastructures et les appuis techniques sont insuffisants et où le contexte institutionnel ne favorise pas les petits investissements.

Les analyses de l’OCDE (Agricultural Policy Monitoring and Evaluation -2012) montrent par exemple, qu’au Japon, en Norvège et en Suisse, les soutiens des pays aux producteurs agricoles (les PSE) dépassent 50% de la valeur des productions (ces soutiens ont été récemment réduits mais, en 2011, ils représentaient encore 19% de la valeur moyenne des productions agricoles).

Bien entendu il existe un lien entre le volume et la nature des soutiens à l’agriculture et le niveau de la productivité agricole. Dans un excellent rapport Ludena et al. (2007) montre bien l’intérêt des actions de recherche et de recherche-développement et de l’accès aux intrants pour le renforcement de la productivité = = le rapport en objet souligne bien ces exigences = =. Les gains moyens annuels de productivité calculés par Ludena pour la période 1961-2007 reflètent bien le niveau de soutien à l’agriculture (Pays développés 2,2% ; Amérique latine et Caraïbes 1 ,8%, Asie du Sud-Est 1,6% ; Afrique sub-saharienne 0,2%).

Dans les pays qui bénéficient de services vétérinaires performants et où la santé animale est bien contrôlée, les gains de productivité les plus élevés sont observés dans les élevages de volailles et de porcs, où les transferts de technologie sont plus faciles.

Il serait important de citer le besoin d’un meilleur contrôle de la santé animale (et donc d’une meilleure sécurisation) pour le renforcement de la productivité de l’élevage. Benett (2003) montre bien l’intérêt économique des investissements pour l’amélioration de la santé animale. A niveau d’input égal, la rentabilité des élevages sains est plus forte.

Un élevage sain est aussi une condition essentielle à l’accès aux circuits de commercialisation intégrés et au développement de partenariats entre petits producteurs et industriels qui sont recommandés dans le rapport.

  • Recommandations - Processus PVS de l’OIE

Outre les actions transversales, déjà citées dans le rapport (formation agricole, recherche-développement, etc.) et la promotion générale de formes d’élevages adaptées aux petits producteurs, une amélioration de la santé animale est indispensable à la sécurisation et à la bonne valorisation des productions des petits éleveurs.

L’amélioration de la santé animale est elle-même directement liée à la qualité des Services vétérinaires nationaux (qui outre leur mission de santé publique vétérinaire accompagnent l’accès des animaux et produits d'origine animale aux marchés régionaux et internationaux), à la qualité de formation initiale des vétérinaires et à la qualité des partenariats publics privés organisés dans le domaine vétérinaire (y compris pour la mise en oeuvre de stratégies de vaccination avec des vaccins de qualité).

Parmi les recommandations concrètes, il serait important de citer l’« Outil pour l’évaluation des performances des Services Vétérinaires » (Outil PVS de l’OIE). Cet outil qui est mis en oeuvre à la demande des pays, vise à évaluer la conformité des Services Vétérinaires nationaux avec les normes de qualité de l’OIE. En résumé, une première évaluation PVS peut être suivie d’une analyse des écarts par rapport aux normes internationales qui aide à l’identification des priorités et à la préparation et au calcul des programmes d’investissement, avec l’appui des gouvernements, des partenaires de l’OIE et, si nécessaire, des bailleurs de fonds. Ces outils sont les leviers principaux de l’OIE pour pouvoir concrètement aider les Services Vétérinaires de tous les pays du monde à mettre en place une bonne gouvernance de leur structure et de leur mode de fonctionnement.

  • Des « Banque de vaccins » contribuent à la sécurisation des revenus des producteurs.

Avec l’appui financier de divers partenaires l'OIE poursuit le développement d’un nouveau concept de « banque de vaccins » dotée de stocks de roulement virtuels. En cas d’apparition d’une maladie contagieuse, ce concept permet une fourniture rapide de vaccins aux pays infectés. Entre autres résultats, plus de 62 millions de doses de vaccins H5N2 ont été livrées aux pays suivants : Mauritanie, Sénégal, Égypte, Maurice, Ghana, Togo et Vietnam.

La création de nouvelles banques de vaccins pour tout un ensemble de maladies permettra de mieux contrer la propagation des maladies animales transfrontalières dans le monde. Ce qui contribuera à la sécurisation des revenus et du patrimoine des éleveurs.

Des informations détaillées sur l’outil PVS de l’OIE et les résultats de son application dans de nombreux pays sont disponibles sur le site Internet de l’OIE http://www.oie.int/ (Menu « Appui aux Membres de l’OIE » / « Support to OIE members »)

4) Does the draft include sufficient information at the adequate level to support the policy messages?

Le rapport montre clairement l’importance économique et sociale des petites exploitations agricoles mais aussi le rôle clé de ces exploitations dans la production alimentaire mondiale. Le plaidoyer en faveur des petites exploitations agricoles pourrait insister davantage sur deux arguments :

  • L’insuffisance des soutiens aux politiques agricoles (politiques de l’élevage en particulier) dans les pays les moins avancés.

Dans les pays les moins avancés il y a un net déséquilibre entre l’importance économique et sociale de l’agriculture et le volume de l’aide qui est affecté à ce secteur. Dans un rapport de 2009 (déjà cité), la banque mondiale estimait le pourcentage de l’aide affectée à l’agriculture à environ 2,5 % du total de l’aide au développement. Une consultation des bases de données du Comité d’Aide au Développement de l’OCDE montre que le pourcentage de cette aide a légèrement augmenté ces dernières années mais reste à un niveau très bas (4 à 5% du total de l’aide).

En outre, l’élevage reste, de loin, le traditionnel parent pauvre de l’aide et des politiques publiques dans les pays les moins avancés. Parmi les raisons évoquées pour expliquer le désintérêt des décideurs et des agences d’aide figurent, entre autres, la complexité des systèmes d’élevage et le niveau élevé des risques (dus aux maladies). Pourtant, les petits élevages se prêtent bien à des actions de promotion au bénéfice des petites exploitations familiales, les transferts de technologie sont faciles à organiser. Beaucoup d’exemples en Asie et Amérique latine montrent qu’une amélioration de la couverture vétérinaire contribue à des gains de productivité très rapides.

Dans un contexte de croissance de la demande et de manque de soutien des politiques publiques dans les pays les moins avancés, la croissance de l’élevage ne profite pas suffisamment aux petits éleveurs, car cette croissance est « tirée par la demande » et ne bénéficie pas suffisamment de politiques publiques qui, outre des objectifs économiques, pourraient avoir aussi des objectifs sociaux et environnementaux

  • La participation des petites exploitations au bien-être et à la croissance économique.

Dans le rapport cité en référence, Ludena rappelle que l’intensification de l’agriculture a été la base de l'industrialisation réussie dans les économies aujourd'hui développées. Des auteurs : Adelman et Morris (1988), Krueger, Schiff et Valdes (1991), Stern (1989), ont montré que l’amélioration de la productivité agricole joue un rôle clé dans le processus d'industrialisation et de développement.

Parallèlement, les pays qui n’ont pas suffisamment (ou ont mal) soutenu leur agriculture ont eu de faibles taux de croissance. Les petites exploitations sont des éléments importants des économies nationales. Les investissements en leur faveur génèrent des gains en termes de croissance économique et de bien-être des populations.

Références :

1. Jesús Antón (OECD), Wyatt Thompson (University of Missouri), Risk Aversion and Competitiveness. 2008.

2. Carlos E. Ludena. Agricultural Productivity Growth, Efficiency Change and Technical Progress in Latin America and the Caribbean. 2010. Inter-American Development Bank

3. Banque mondiale. Minding the Stock: Bringing Public Policy to Bear on Livestock Sector Development. 2009

4. OECD (2012). Agricultural Policy Monitoring and Evaluation 2012 ; OECD countries, OECD Publishing.

5. Benett, R (2003). The direct cost of livestock diseases. The development of a system of models for the analysis of 30 endemic livestock diseases in Great Britain. Journal of Agricultural Economics 54 (1), 55-71