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Re: HLPE consultation on the V0 draft of the Report: Investing in smallholder agriculture for food and nutrition security

Mr. Eric Sabourin CIRAD and University of Brasilia, Brazil
25.01.2013
Eric

Bonjour

Toutes mes félicitations aux auteurs de ce document qui sont parvenus à synthétiser et illustrer une somme de données et d'analyses sur l'agriculture familiale dans le monde.

Je ferai deux commentaires qui soulèvent deux  recommandations qu'il me semble utile d'ajouter au rapport.

Le rapport reconnait la diversité des contributions de l'agriculture aux différents marchés (des biens, du travail, de la terre, etc p 29)), mais relève surtout la contribution de l'agriculture familiale aux filières structurées ( à l'alimentation des villes via les marchés nationaux, a certaines filières d’exportations de commodities ou de nested markets).

Il est même déploré la faible contractualisation des transactions marchandes de l'agriculture familiale, sans que soient relevés les dangers et dérives de l'agriculture de contrat (ou agriculture intégrée) qui a depuis les années 60 en Europe, en Amérique Latine comme en Asie, contribué a grossir le rang des sans-terre en faisant des petits producteurs familiaux de simples travailleurs des agro-industries qui souvent en cas d'échec (maladies, ravageurs) ou de faible production se sont emparées via les banques  du peu de terres et capitaux de ces familles qui ont été expropriées. Les abus des firmes dans le cadre de la production familiale intégrée de soja au sud du Brésil (Parana, Santa Catarina, Rio Grande do Sul) dans les années 1970 sont une des principales causes de l'apparition de sans terre dans cette région de la constitution du Mouvement des Travailleurs Sans Terre dans les années 1980. Un exemple récent dans la même région concerne la faillite des entreprises nationales (Perdigao) et internationale (Doux,France ) d'industrie de la volaille via la production intégrée. les agriculteurs familiaux brésiliens en contrat avec Doux n'ont bien sur pas bénéficier des mêmes appuis et protections que ceux de Bretagne en France.

De fait le rapport semble ne traiter que de l'agriculture familiale intégrées aux filières et marchés capitalistes, celle qui apparait dans les statistiques commerciales. Il est noté a juste titre pour bien des situations, le cas de petits producteurs ruraux qui vivent également d'autres revenus et activités que ceux de la production agricole (travail en dehors de l'exploitation notamment, aides et transferts sociaux). Si ces situations existent et peuvent être recensées par les statistiques des politiques publiques, il existe de par le monde et surtout dans les pays en développement la situation inverse (beaucoup plus difficile à admettre donc a recenser) de familles paysannes qualifiées d'agriculture de subsistance, qui en plus de leur subsistance (l'autoconsommation n'est en règle générale pas mesurée par les statistiques) , contribuent à l'alimentation des populations locales et des petites villes ou bourgades rurales, via es marchés de proximité et des formes de redistributions "non marchandes" (au sens de non capitalistes) qui échappent à toute statistique ou pour lesquelles il n'existe pas d'effort d'identification et de qualification statistique.

Dans ce cadre la, le rapport ne mentionne pas explicitement la contribution des agricultures familiales et paysannes (le mot n'apparait jamais) à la sécurité et souveraineté alimentaire des pays et surtout à celles des populations rurales (et des petites villes rurales qui augmentent).

Un dernier commentaire concerne les recommandations en termes de politiques publiques d'appui à l'agriculture familiale: pour compléter les deux pertinentes recommandations du rapport en termes de renforcement des capacités institutionnelles des agriculteurs et d'appui à l'action collective.

Il convient de recommander la reconnaissance publique des dispositifs collectifs des agriculteurs familiaux, y compris des dispositifs non formels (sans statut juridique officiel) dans la mesure où ceux-ci assurent des fonctions de production de biens communs ou de biens publics locaux (éducation, information, innovation, références technique, via les Maisons et Ecoles familiales rurales, les groupes de paysans -expérimentateurs, les groupements de vente en commun, etc ) ou de gestion de ressources naturelles communes (terres, forêt, eaux, biodiversité, etc).

Cette reconnaissance publique peut passer par

a) leur reconnaissance juridique (leur proposer des statuts collectifs adaptés comme les GDPL Kanak en Nouvelle Calédonie, les Fonds de pasto des pâturages communs au Brésil ou les Banques de Semences Communautaires en Inde et divers pays d'Amérique Latine),

b) leur inclusion dans des politiques publiques plus larges :  accés au stratut de terres de réforme agraire ou de réserve indigène, au crédit bonifié, etc  par exemple

c) appuis techniques et financiers directement  aux collectifs au lieu des dérives et gaspillages des financements individuels des agriculteurs au titre de la PAC, de la multifonctionnalité, de la rémunération des services environnementaux et ecosystémique et autres instruments du même type qui relèvent plus du clientélisme politique que de la gestion de politiques agricoles.

Sur ces deux  sujet voir Sabourin Eric, 2012 Sociétés et organisations paysannes, une lecture para la réciprocité, Versailles , Ed. Quae, col. Synthèses  + editions en portugais  Editora UFRGS Poro Alegre, 20011 et Fundo Editorial UARM, Lima, Peru, 2012

 

Bien cordialement

Eric Sabourin,

Cirad et Université de Brasilia

Animateur du Réseau Politiques Publiques  et inégalités en Amérique Latine.