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Discussion
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L’avenir de l’Agriculture Familiale: autonomisation et égalité des droits des femmes et des jeunes

Pour cultiver la prochaine génération de petits exploitants familiaux, il faut investir dans les femmes et dans les jeunes.

Le stéréotype du jeune agriculteur a laissé la place à la réalité d'une main-d'oeuvre agricole vieillissante à forte composante féminine. Dans le monde en développement, les femmes représentent 43 % de la main-d'oeuvre agricole, voire 80 % dans certains pays. Dans certains pays d'Amérique du Sud et d'Europe, les jeunes femmes des zones rurales montrent toutefois une tendance à l'exode pour chercher un emploi dans les centres urbains, ce qui conduit à la masculinisation de l'agriculture dans ces mêmes régions.

Les femmes se heurtent à de nombreux obstacles en matière d'agriculture productive. Par rapport aux hommes, leur accès au crédit est limité et elles n'ont pas le contrôle des finances familiales. En fait, l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations Unies (FAO) a constaté que 10 % seulement du crédit en Afrique subsaharienne est accessible aux femmes. Les agricultrices ont également très peu d'opportunités en matière d'éducation et sont confrontées à une discrimination de genre sur les marchés. Sans les ressources financières nécessaires et une formation adéquate, les femmes ne sont pas en mesure d'améliorer leurs méthodes agricoles qui restent caractérisées par un faible rendement dans la production de denrées alimentaires. Melanne Verveer, Ambassadrice extraordinaire chargée des questions relatives aux femmes dans le monde, FAO, souligne que « Dans de nombreux pays en développement, les femmes constituent l'épine dorsale de l'économie. Et pourtant, les agricultrices n'ont pas un accès égalitaire aux ressources, ce qui limite considérablement leurs possibilités d'accroître la productivité. » Des expériences encourageantes existent toutefois, notamment au Brésil où les femmes jouissent de la titularité conjointe des terres, dans le cadre de politiques novatrices de réforme agricole qui leur accordent la même propriété sur les terres que leur partenaire masculin, qu'elles soient mariées ou pas. Selon les calculs de la FAO, le fait d'assurer aux agricultrices les mêmes ressources que les hommes pourrait contribuer à réduire le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde de 100 à 150 millions de personnes. Lorsque les femmes gagnent plus et jouissent de droits plus égalitaires, elles ont tendance à investir davantage dans la santé et la nutrition de leur famille.

Les jeunes d'aujourd'hui sont les exploitants familiaux de demain;  il est donc essentiel de préserver l'intérêt pour la profession d'exploitant agricole pour garantir la sécurité alimentaire à l'avenir. Les jeunes constituent approximativement un cinquième de la population des pays en développement et émergents et sont frappés par des taux de chômage à l'échelle mondiale qui vont de 10 à 28 pour cent. Le nombre de jeunes en âge de travailler est en hausse, mais ce même groupe d'âge se refuse généralement à faire carrière dans l'agriculture et dans le système alimentaire. Pourtant, il n'est pas impossible de modifier cet état de fait en cultivant la prochaine génération de dirigeants agricoles, non seulement au niveau des agriculteurs mais aussi de chefs d'entreprises alimentaires, de scientifiques, d'agronomes, d'agents de vulgarisation, de dirigeants syndicaux et gouvernementaux. Les gouvernements, en particulier des pays en développement mais aussi d'autres pays, doivent investir dans les politiques et pratiques susceptibles d'assurer aux jeunes agriculteurs un accès aux terres, au crédit et aux services bancaires, à l'éducation et au savoir, ainsi qu'aux compétences techniques. Ces gouvernements doivent permettre aux jeunes d'avoir accès aux marchés, aux biens et aux services, aux opportunités d'emploi et aux loisirs de façon à les inciter à rester à la ferme.

Food Tank se réjouit de collaborer avec la FAO pour promouvoir 2014 comme l'année internationale de l'agriculture familiale (AIAF). Nous espérons que les participants nous fassent part des initiatives en cours pour favoriser l'autonomisation des jeunes et des femmes qui se consacrent à l'agriculture, ainsi que de toute suggestion susceptible d'améliorer les moyens d'existence des  agricultrices et d'encourager les jeunes à poursuivre l'activité agricole. Parmi les questions à considérer:

  1. Quels sont les principaux défis rencontrés par les femmes et les jeunes en matière d'agriculture ? Par exemple, de nombreuses zones rurales du monde en développement semblent peu stimulantes pour permettre aux jeunes de vivre et de se réaliser. Comment pouvons-nous rendre ces zones rurales plus attrayantes pour la jeunesse ?
  2. Veuillez partager les programmes et initiatives que vous dirigez ou auxquels vous participez pour contribuer à renforcer le rôle des femmes et des jeunes dans l'agriculture.
  3. Quelles mesures pourraient être adoptées par les organisations d'exploitants familiaux, les gouvernements, les organisations de développement, le secteur privé pour garantir l'autonomisation et l'égalité des droits des femmes et des jeunes dans l'agriculture ?

Nous espérons avoir une discussion animée qui invite à la réflexion. Nous vous remercions d'avance de votre contribution !

Danielle Nierenberg

Présidente et co-fondatrice

Food Tank, foodtank.org

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