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Discussion
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Transformer les relations entre les sexes dans l'agriculture moyennant l'autonomisation des femmes : les bienfaits, les défis et les compromis résultant d'une amélioration des résultats sur le plan nutritionnel

L’Asie du Sud a connu une croissance économique extraordinaire au cours des vingt dernières années et affiche pourtant le taux de malnutrition infantile le plus élevé du monde, soit 4 enfants victimes de malnutrition chronique sur 10. L'agriculture reste le principal moyen d'existence de la majeure partie des familles rurales dans la région, mais il est clair qu'elle est encore incapable de résoudre le problème de la sous-alimentation. À l'échelle macro, il existe un sous-investissement dans les zones rurales (agriculture/infrastructure) pour faire face aux prix déficitaires des produits agricoles, et un manque d'attention pour la main-d'œuvre agricole (de plus en plus féminisée) en termes de compétence et de rentabilité. La plupart des interventions nutritionnelles sont ciblées sur les femmes en raison de leur rôle essentiel dans les soins donnés aux enfants ; malgré cela, le problème persiste. Quels sont donc les éléments manquants dans nos recherches et nos analyses, ainsi que dans nos politiques?

Une analyse différenciée sur le plan social de la position, des rôles et de la charge de travail des femmes semble faire défaut. Les hommes sont également absents des discours politiques relatifs à la nutrition, même si la production et l’approvisionnement de denrées alimentaires sont des fonctions essentielles de la masculinité en Asie du Sud. Il est indispensable de combler ces lacunes dans nos connaissances afin d’informer les politiques et les programmes dans la région, objectif que poursuit précisément le programme de recherche LANSA.

La connexion entre le genre, la nutrition et le soin des enfants en Asie du Sud

Une récente recherche indique que la régularité de l’alimentation et des soins donnés aux enfants, considérés essentiellement comme une tâche féminine, a une incidence significative sur la nutrition et la santé des moins de deux ans (Kadiyala et coll. 2012).

En Asie du Sud, les femmes sont chargées des activités dites « reproductives » (soins des enfants, tâches domestiques, soins de santé), en plus du travail« productif »à la fois rémunéré et de subsistance. Ces normes et attentes sociales ne sont toutefois pas rigides, elles évoluent tout au long de la vie de la personne, ainsi qu’en fonction de changements sociaux et structurels plus vastes. Les changements qui interviennent dans les régimes de production, les processus de marchandisation, la migration, les fluctuations des prix, la concurrence commerciale, l’expansion éducationnelle,  la fourniture de soins de santé et les contextes de conflit sont tous susceptibles de modifier la dynamique des relations entre les sexes et, partant, les résultats nutritionnels (Mitra et Rao, 2016*). Tous ces changements ont contribué à donner forme à des hiérarchies de genre et méritent donc d’être dûment analysés.

En Afghanistan, le Ministère de l’agriculture, de l’irrigation et du bétail a élaboré, avec le soutien de la FAO, une stratégie pour les femmes dans le secteur agricole durant la période 2015-2020. Selon le Ministère, le rôle des femmes dans le secteur agricole afghan est un paradoxe : 1) d’un côté, les femmes sont des acteurs prédominants dans l’agriculture dans laquelle elles représentent plus de 40 % de la main-d’œuvre ; 2) dans le même temps, les femmes afghanes sont marginalisées en termes de contrôle et de décisions sur les ressources productives.

La situation nutritionnelle des enfants au Bangladesh est alarmante : 36 % présentent un retard de croissance, 14 % souffrent de dépérissement et 33 % sont en sous-poids. Il s’agit pourtant d’un pays agraire qui possède un potentiel considérable pour améliorer le statut nutritionnel des femmes et des enfants par le biais de l’agriculture. Il existe toutefois peu de preuves sur l’approche à adopter pour encourager les femmes du secteur agricole à aborder leurs problèmes de santé et la nutrition de leurs enfants 

Il en va de même en Inde, où une majorité de femmes rurales travaille dans le secteur agricole et fait face à un dilemme cruel entre le travail ou les soins à accorder à leurs enfants. Il existe certes des politiques favorisant l’autonomisation des femmes, visant à leur accorder un soutien dans l’agriculture et à améliorer la nutrition, mais il n'y a que très peu de synergies entre elles. La recherche LANSA en Inde démontre que faute de prêter attention à la réduction de la pénibilité et à la redistribution du travail des femmes, ainsi qu’à leur bien-être socio-économique personnel, les résultats risquent de ne pas s’améliorer de façon substantielle.

Les premiers résultats de la recherche LANSA au Pakistan démontrent qu’en termes de nutrition, le travail agricole des femmes peut avoir des effets aussi bien positifs (grâce à l’augmentation des revenus) que négatifs (en raison du peu de temps et d’énergie physique disponible pour elles-mêmes et pour les soins de leurs enfants). La main-d’œuvre agricole est de plus en plus féminisée et les preuves indiquent que les enfants de travailleuses agricoles présentent de plus hauts niveaux de malnutrition. Le travail agricole réalisé par les femmes reste toutefois sous- rémunéré partout. En outre, certaines activités agricoles (cueillette du coton/élevage) sont considérées comme relevant exclusivement du « travail des femmes », et les hommes ne compensent pas le travail agricole accru des femmes en participant davantage aux tâches de soins au sein du ménage. Même si des progrès ont été accomplis avec la formulation de la Stratégie intersectorielle en matière de nutrition, il est indispensable de reconnaître davantage de travail des femmes dans les politiques, la programmation et les investissements agricoles.

Ouverture de discussions en ligne

Le programme LANSA collabore avec le Forum FSN de la FAO dans la réalisation de cette discussion en ligne. Nous vous invitons à nous faire part de vos opinions et à participer à la discussion sur les processus, ainsi que sur des exemples de bonnes pratiques quant aux changements de politique susceptibles de renforcer l’autonomisation des femmes dans l’agriculture, et faire en sorte que ces changements contribuent à l’amélioration du statut nutritionnel des femmes et, en conséquence, de la nutrition de leurs enfants.

À partir de cette discussion virtuelle, nous souhaitons analyser les aspects suivants :

  1. Dans quelle mesure la reconnaissance politique des rôles et des contributions des femmes à l’agriculture peut-elle contribuer à renforcer l’action, l’autonomisation des femmes et donc les résultats nutritionnels ?
  2. Connaissez-vous des expériences/stratégies susceptibles d’aborder la question du temps disponible des femmes ?
    1. Des exemples démontrant l’impact de la réduction ou de la redistribution du travail non rémunéré de soins sur les résultats nutritionnels des ménages agricoles
    2. Les hommes, les institutions communautaires/publiques assument-ils la responsabilité des soins à donner aux jeunes enfants, en particulier durant la haute saison agricole, lorsque la main-d’œuvre des femmes est particulièrement nécessaire ?
    3. Quel est le degré de rigidité ou de flexibilité des normes sociales face à des problèmes de survie ? 
  3. Connaissez-vous des changements intervenus au niveau de la division entre les sexes du travail, des rôles/des responsabilités dans des contextes évolutifs (par exemple, en cas de mutation des modes de culture, d’innovation technique, de perte des services éco systémiques, de conflit social et politique) ? Quelle est la contribution des hommes dans les changements nutritionnels intervenus dans le ménage ? 
  4. Quel est le lien entre la diversité alimentaire, l’engagement des femmes dans l’agriculture et l’accès aux services éco systémiques ? 
  5. Pour l’Afghanistan, nous aimerions connaître des expériences relatives au rôle des femmes dans l’agriculture et dans les chaînes de valeur agro commerciales afin de mettre au point des politiques et des interventions reconnaissant et soutenant la contribution des femmes à la sécurité des moyens d’existence. 

Nous aimerions en savoir davantage sur les politiques et les programmes susceptibles de permettre aux femmes d’Asie du Sud de gérer les pressions concurrentes entre les responsabilités agricoles, des soins des enfants et du ménage, et définir des façons d’améliorer le bien-être et la nutrition du ménage, en particulier des jeunes enfants. C’est pourquoi nous sommes très impatients de recevoir vos réponses.

Merci d’avance !

Facilitatrice principale : Nitya Rao, India research & overall Gender crosscut lead, LANSA

Co-facilitateurs : Nigel Poole, Recherche en Afghanistan, LANSA; Barnali Chakraborthy, Recherche au Bangladesh, LANSA; Haris Gazdar, Recherche au Pakistan, LANSA

 *Mitra, A and N. Rao (2016) Families, farms and changing gender relations in Asia. In FAO and MSSRF (eds.) Family farming: Meeting the zero hunger challenge. Academic Foundation, New Delhi

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