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05.04.2010 - 29.04.2010

Technologies agricoles et innovation - occasions de faire une différence

Je m’appelle Peter Steele et je fais actuellement partie de l’équipe régionale de la FAO au service des industries agricoles d’Afrique du Nord et du Proche Orient. Cette équipe comprend une centaine de spécialistes techniques et de personnel de service. Le sujet du débat suggère que j’appartiens à une «niche» professionnelle : je suis en effet ingénieur agricole et je m’intéresse plus particulièrement à l’industrie agro-alimentaire.

Défis régionaux

Le Bureau régional de la FAO du Caire sert plus de 330 millions de personnes réparties dans 20 pays, dont 40 % estimées dépendantes de l'agriculture. Ce nombre est faible par rapport à d’autres contextes, mais il s’agit d’une région extrêmement vulnérable caractérisée par la dégradation des ressources naturelles, la quantité d’eau par habitant la plus faible de la planète et une dépendance sur les importations pour 50 % de ses denrées alimentaires. Dépourvue de vie organique et d’eau, plus de la moitié des terres y est inoccupée.

La région recouvre un spectre économique qui va de la richesse des États producteurs de pétrole du Golfe aux problèmes de pauvreté et d’instabilité et aux difficultés insurmontables de la Corne de l’Afrique. L’argent en banque n’a guère de valeur quand les marchés de l’alimentation se contractent. Les flambées sévères des prix des denrées alimentaires ont rapidement fait passer ce message en 2008 et poussé les pauvres à descendre dans la rue. Les riches ont pris des terres sous contrat dans de lointains pays.

La région subit plus qu'ailleurs les effets du changement climatique (cyclique ou à long terme, cela reste à voir) et d’autres pourraient profiter des leçons de ce que nous pourrions entreprendre ici. Mobilisée et organisée, la région dispose des ressources financières et intellectuelles nécessaires pour faire une différence. La planification exigera inévitablement l’accès aux technologies géologiques, environnementales et agronomiques les plus récentes pour aider les décideurs à choisir. Les technologies joueront un rôle dominant.

Voici donc la question 1 : nous bénéficions des avantages de l’innovation et devenons de plus en plus dépendants des idées, des approches, des systèmes ou des appareils les plus récents. Vous souvenez-vous de l'époque d'avant les portables ? On en utilise actuellement plus de quatre milliards et ce nombre continue à grimper. Où est la place de l’histoire, des traditions, des pratiques et des expériences d’avant ? Quelles sont les conséquences pour les communautés qui ne parviennent pas à suivre le rythme du changement ?
Qu’est-ce que le passé peut nous apprendre ? Qu’en est-il de la valeur des anciennes technologies ?

Des technologies au service des hommes

La nature a horreur de la ligne droite et, en dehors de l’action de la gravité sur l’eau, le monde naturel en est dépourvu. Les lignes droites évoquent des « technologies de type ingénierie». En réalité, il existe peu de plaisirs supérieurs à celui de se tenir sur une moissonneuse-batteuse, debout sur le siège en bordure d'un champ de blé à regarder le grain se déverser de la trémie à l'arrière. Pas à cause de la ligne droite ou de l’écoulement des grains, mais à cause du sentiment de contrôle. La machine est comme un être vivant : des roues, des courroies, des arbres et des poulies en mouvement, la poussière qui s’élève de la barre de coupe et le bruit du moteur diesel assourdi par celui de la trémie à grains. Il s’en dégage un sentiment de pouvoir. Cette machine a pour mission de nourrir le monde. Les graminées dominent les cultures de base et la seule qui lui échappe est l'humble, mais ô combien polyvalente, pomme de terre.

Question 2 : Que se passe-t-il quand l’on ne peut pas s’offrir le matériel et les systèmes d’appui qui vont avec : des personnes qualifiées, des marchés assurant des revenus fiables, des services qui assurent le bon fonctionnement des matériels et, plus important encore, le mode de vie qu’exige un système piloté par la technologie ?
Alors, les technologies agricoles sont-elles essentielles ?

Faire plus petit

La machine représente la technologie dans toute sa sophistication et sa complexité, avec son coût et ses opportunités. Pourtant, il ne s’agit que de l’une des nombreuses technologies de production agricole. Il y a aussi la médecine vétérinaire, la biochimie, la science de la gestion des sols, les produits agrochimiques qui ajoutent des nutriments ou contrôlent les plantes indésirables, les champignons et d’autres nuisibles. Transposez tout cela en structures, en contrôle, en électronique, etc. Sans oublier les industries de l’élevage qui fournissent des aliments de plus en plus demandés (mais avec des ratios de conversion risqués des rations alimentaires à produire). Ni les technologies qui constituent le socle du développement socioéconomique, de la modélisation des personnes, de la finance, de l’économie et plus encore.

Question 3 : Comment passer d'une approche traditionnelle de l'utilisation des terres à celle des systèmes de production industriels qui dominent le monde ? Bien sûr, les petits exploitants produisent davantage d’aliments (et peuvent éventuellement nourrir davantage de personnes), mais le commerce alimentaire international est dominé par des systèmes industriels. Personne ne veut être un agriculteur de subsistance. Le pouvoir d’attraction des villes est trop grand.
Comment dimensionner les technologies afin qu’elles aient de la valeur pour les secteurs plus pauvres et moins capables de la production agricole ?

Au service de l’Afrique

Pensez aux communautés internationales les plus pauvres d’Asie du Sud et d'Afrique subsaharienne, ce milliard de personnes environ qui n'a pas assez à manger (et qui vit avec moins de 2000 calories par jour). La plupart d'entre elles sont des jeunes filles et des femmes, qui résident dans des communautés rurales. Nous pouvons et nous voulons changer les choses. Et beaucoup de ce que nous ferons passera par des technologies. La « révolution verte » asiatique a fait rêver davantage comme approche pour la période suivante qu'il y a 40 ans. Des variétés de cultures améliorées associées à l’amélioration des méthodes culturales (engrais, irrigation, protection agrochimique et mécanisation) ont repoussé l'insécurité alimentaire. La libéralisation du commerce a ouvert des marchés locaux et à l’étranger. Il n’était pas possible de prévoir aisément le côté « débit » de cette réussite : des populations déplacées, des nappes phréatiques appauvries, la salinisation, la dégradation des sols, etc. Et la montée des méga sociétés internationales de l’agro-alimentaire.

Question 4 : Peut-on appliquer ce concept de développement révolutionnaire à la production agricole africaine ? Ou en termes simplistes : « l’Asie a continué à réussir à nourrir des populations en expansion grâce à l’introduction et à l’adaptation de technologies agricoles adéquates » et « pas l’Afrique ».
«Pourquoi ?»

Il s'agit d'un sujet de débat d'une grande complexité, où les points de vue varient énormément en fonction de la situation de chacun et de l’enthousiasme que peut susciter chez nous un sujet déjà abondamment débattu. Non que cela vous prive de votre opinion et de votre désir de la faire connaître. J'ai dirigé une exploitation dans le nord de l'Ouganda, tout près de la frontière avec le Soudan. J'ai cultivé du coton, du sorgho et du millet. C’était à une époque où les problèmes de développement paraissaient d’une grande simplicité : les technologies résoudraient tout. Plus âgé et guère plus sage aujourd’hui, la complexité des problèmes m'écrase.
Dans notre monde où tout est connecté et où les informations circulent librement, qu’en pensez-vous ?

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