Re: The e-Consultation on Hunger, Food and Nutrition Security

Thème 1 :

 

Quels sont, à votre avis, les principaux enseignements qui peuvent être tirés du Cadre (1990-2015) des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), en particulier en ce qui concerne les OMD liés à la faim, à la sécurité alimentaire et à la malnutrition ?  

 

 La définition d'OMD et la simplicité de l'approche OMD ont permis une forte mobilisation politique des gouvernements et des opinions publiques dans la lutte contre la pauvreté et contre la faim.

 

Cependant les OMD traitent de la question de la faim, de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition de manière insuffisamment complète et trop fragmentée :

 

Au regard des 4 piliers de la sécurité alimentaire que sont la disponibilité, l'accès, la qualité nutritionnelle et la stabilité, l'OMD 1 pourrait être complété par des cibles (ou indicateurs), notamment sur les aspects de disponibilité et de stabilité qui ne sont pas pris en compte.

 

L'OMD 3 traite des questions de genre. Le rôle des femmes dans la lutte contre la pauvreté et l'insécurité alimentaire est important. Les OMD 4 et 5 traitent de mortalité infantile et de santé maternelle, en particulier à travers la dimension nutritionnelle. L'OMD 7 qui a pour objectif d’assurer un environnement durable devrait être mis en œuvre dans sa dimension transversale. Il traite notamment de l’accès à l'eau potable et salubre qui est un facteur de sécurité alimentaire.

 

La définition d’indicateurs est intéressante car elle permet de fixer des objectifs quantifiés et de mesurer leur atteinte.  La pertinence des indicateurs doit être réfléchie en termes dynamiques. Ex. diviser par deux les personnes souffrant de la faim en valeur absolue  conduit à une croissance de cet indicateur du fait de la démographie, alors qu’il y a eu une réduction en %. 

 

L'appropriation des OMD par tous les acteurs concernés est essentielle : une définition des OMD/ODD à partir de consultations préalables inclusives et globales est souhaitable. La consultation du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale est en  ce sens à saluer. 

 

La France est donc favorable à la mise en avant de la sécurité alimentaire et nutritionnelle par un objectif dédié dans un agenda international après 2015, issu de la  convergence des processus de révision des OMD et de la réflexion intergouvernementale sur les ODD.

 

La prise en compte des quatre piliers de la sécurité alimentaire permettrait ainsi de s'attaquer aux causes structurelles et favoriser une approche multidimensionnelle de la sécurité alimentaire. En particulier, il est essentiel de mieux prendre en compte les aspects relatifs à la sécurité nutritionnelle (qualité de l'alimentation, santé/nutrition, éducation et culture).

 

Quels sont, à votre avis, les principaux défis et opportunités pour parvenir à garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans les années à venir?

 

Les principaux défis pour atteindre la sécurité alimentaire et nutritionnelle 

 

La croissance démographique exponentielle, et ce principalement en Afrique : 9 milliards d'habitants dans moins de 40 ans.

 

La forte pression sur les ressources naturelles comme l'eau et la terre pour nourrir le monde mais aussi pour répondre aux autres besoins (fibres, valorisations industrielles…), et ce de manière durable : il faudra produire plus en utilisant moins de ressources.

 

L’accès à l’énergie (servant à la production, au transport, à la transformation des produits agricoles et à l’alimentation) à un prix correct.

 

La tension structurelle des marchés agricoles et l'augmentation de la volatilité des prix des denrées agricoles.

 

Les effets du changement climatique

 

La crise économique, la nécessité de créer des emplois décents.

 

La nécessité de renforcer une recherche interdisciplinaire qui permette de mieux comprendre les interactions entre les différents défis et développe des travaux de prospectives permettant de développer des scénarios sur les dynamiques de transformation à long terme.

 

Les principales opportunités

 

La réforme réussie du Comité de la Sécurité Alimentaire mondiale, instance de concertation multi-acteurs doit permettre une meilleure coordination des politiques et un fort engagement en faveur de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

 

La mise en œuvre du plan d'action du G20 adopté sous présidence Française doit permettre d'apporter des réponses à la question de la volatilité des prix. 

 

D’une manière générale, l’accent mis sur la sécurité alimentaire dans les grandes initiatives politiques internationales (Défi faim zéro du SGNU, Rio + 20, G8, G20, CAADP, etc.).

 

Pour répondre aux défis, le nouveau cadre post 2015 devra être ambitieux et intégrer la dimension du développement durable : le chantier qui s'ouvre sur les ODD suite à la Conférence internationale de Rio+20  devrait être intégré à celui du post 2015 pour ne former qu'un seul agenda et favoriser une approche multidimensionnelle de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

 

Thème 2

 

Quelles sont les mesures les plus efficaces? Sur la base des connaissances existantes, veuillez nous signaler quelles seraient les mesures les plus efficaces pour s'attaquer aux problèmes de la faim, de la sécurité alimentaire et de la malnutrition dans l’avenir.  Faites-nous part de vos propres expériences et de vos observations.  Par exemple, quelle importance attribuez-vous aux questions de l'amélioration de la gouvernance, des approches fondées sur les droits, de la responsabilisation et de l'engagement politique pour assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle?

 

1.L'expérience française dans le domaine de la sécurité alimentaire et de nutrition au plan national

Pour lutter contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition, la France s’appuie sur un ensemble de droits, lois, règlements, et mécanismes (dont certains partagés au niveau de l’Union européenne) dont on peut citer inter alia :

 

un système de protection sociale développé (sécurité sociale, assurance chômage, système de retraite) ; une législation en matière d’emploi protectrice visant au développement d'emplois décents (Salaire minimum…)

 

qui intègrent ou sont complétés par des mécanismes ciblés pour les plus vulnérables (par exemple la CMU pour la santé, et le RSA)

 

une politique agricole et alimentaire forte, assortie de politiques foncières (par exemple la politique des structures) et appuyée par une recherche agronomique performante (disponibilité)

 

des politiques de subvention / des politiques fiscales nationales et locales facilitant l'accès aux produits alimentaires (taux de TVA réduit sur les produits alimentaires, tarifs de cantines subventionnés)

 

un Plan national  nutrition santé (PNNS) (avec des objectifs et un suivi précis, des campagnes de communication et promotion, des engagements des industriels, etc.)

 

des mécanismes d’appui pour la fourniture d'aide alimentaire aux populations les plus vulnérables (Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD),  Programme national d'aide alimentaire (PNAA), exonérations fiscales pour les dons aux associations…).

 

une interface science-décision qui s’est appuyée sur un effort de prospective associant les différents acteurs à la formulation des scénarios élaborés.

 

L’expérience nationale montre l’importance d’une volonté politique forte, fondée sur les droits, de l’allocation de moyens suffisants, et d’une participation et concertation de l'ensemble des acteurs. La société civile, le secteur privé, les collectivités locales jouent un grand rôle dans ce domaine.

 

2. L'expérience française dans le domaine de la sécurité alimentaire et de la nutrition au plan international (coopération et développement)

 

La plateforme interministérielle sur la sécurité alimentaire, le GISA

 

Le GISA est une plateforme française multi-acteurs sur la sécurité alimentaire créée en 2008 qui rassemble, sous la co-présidence du Ministère des Affaires Etrangères et du Ministère de  l'Agriculture, les autres ministères concernés (Economie, Environnement, Recherche), l'Agence Française de Développement, la société civile et des instituts de recherche.

 

Son objectif est de proposer, à partir d'une approche pluri-disciplinaire et intersectorielle de la sécurité alimentaire, des mesures pour renforcer la sécurité alimentaire dans les pays du Sud.

 

Un engagement fort en faveur de la sécurité alimentaire et de la nutrition

 

Mobilisation d’une Aide Alimentaire Programmée (AAP), qui contribue à la prévention et à la gestion des crises alimentaires (y compris la réhabilitation post-crise), et soutien aux populations vulnérables sur le plan nutritionnel menacées par la détérioration de leurs conditions d'existence. En 2012, 19 pays ont bénéficié de l'aide alimentaire programmée française, pour un montant total de 35 millions d'euros.

 

Soutien politique et financier à la réforme du CSA et au HLPE (concrétisation du partenariat mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire), soutien du multilatéralisme (nécessité de politiques sectorielles convergentes), action en faveur de la sécurité alimentaire dans le G20 (Plan d’Action), soutien au processus de négociation et de mise en œuvre des Directives volontaires pour la gouvernance responsable des régimes fonciers.

 

Engagements de l’Aquila (AFSI)

 

Une Recherche qui s’est structurée autour des ces enjeux (AIRD, AGREENIUM) afin de mieux mobiliser les compétences et une coordination ministères/institutions de recherche avec la CRAI qui complète bien le GISA sur le volet recherche.  La sécurité alimentaire et nutritionnelle est ainsi au cœur de 2 métaprogrammes de l’INRA (Déterminants et impacts de la diète, interactions et transitions ; Etude des transitions pour la sécurité alimentaire mondiale), des travaux INRA – CIRAD de prospective (Agrimone, duALine, Agrimonde terra) et d’alliances et grands projets collaboratifs internationaux de recherche où les organismes français jouent un rôle majeur (JPI FACCE, Global Research Alliance on Agricultural Greenhouse Gases, Global Alliance on Food Security Research, Food secure). 

 

La France soutient dans ses actions des approches fondées sur les besoins (alignement avec les PNIA, recherche-actions…), sur les droits, et sur la consultation et la coordination des acteurs. Ce sont des approches ayant fait leurs preuves.

 

L'appui au développement de politiques agricoles adaptées, aux agricultures familiales et à l’intégration régionale sont également des axes forts de l'appui français à la sécurité alimentaire.

 

Par ailleurs, comment pouvons-nous tirer le meilleur parti possible des initiatives actuelles, telles que le Défi Faim Zéro, lancé par le Secrétaire général des Nations Unies à la Conférence Rio+20 des Nations Unies sur le développement durable  (www.zerohungerchallenge.org) et le Cadre stratégique mondial sur la sécurité alimentaire et la nutrition élaboré par le CSA ?

 

De nombreuses initiatives sont à saluer :

 

La mise en place de la HLTF qui vise une meilleure coordination des agences onusiennes et autres institutions internationales en faveur de la sécurité alimentaire et de la nutrition

 

Le mouvement SUN  qui impulse une action collective internationale sur la nutrition, vise à accroître l'efficacité des programmes sur la nutrition et à favoriser la mobilisation de fonds.

 

Les résultats de RIO + 20 qui invitent à développer des approches durables en matière de sécurité alimentaire.

 

La réforme du CSA et la mise en place du HLPE, dont les premiers résultats sont très encourageants et montrent que des efforts conjoints et une volonté politique forte conduisent à de réelles avancées (Directives volontaires, GSF…). Il convient à présent de contribuer à diffuser les « produits du CSA » et de communiquer plus efficacement pour sensibiliser les niveaux nationaux et régionaux. Les canaux de diffusion peuvent comprendre, pour la France, son réseau d’ambassades, l’AFD et ses programmes, les réseaux de recherche et d’enseignement supérieur, etc.

 

Thème 3:

 

Pour assurer le déploiement intégral du  Programme  de développement pour l'après-2015 aux échelons mondial, régional ou national, il faut définir des objectifs, des buts et des indicateurs pour aborder les problèmes de la faim, de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition.  Un ensemble d'objectifs a été proposé par le Secrétaire général des Nations Unies dans le cadre du Défi Faim zéro:
a.    100 % d’accès à une alimentation adéquate toute l’année
b.    Zéro enfant de moins de deux ans souffrant d’un retard de croissance
c.    Tous les systèmes agro-alimentaires sont durables
d.    100 % d’augmentation de la productivité et des revenus des petits exploitants
e.    Zéro perte ou gaspillage de produits alimentaires

Veuillez nous faire part de vos observations sur cette liste d'objectifs ou formuler vos propres propositions.  Certains de ces objectifs doivent-ils être propres aux pays, ou à l'échelle régionale, plutôt que mondiale? Les objectifs doivent-ils être limités dans le temps?

 

  • Les 5 objectifs définis par le Secrétaire Général des Nations Unies à la conférence de Rio+20 sont très ambitieux. Ils sont une bonne base pour aboutir à des objectifs partagés.  Ils prennent en compte les 4 piliers de la sécurité alimentaire et de la nutrition, et font le lien avec la nécessaire durabilité des systèmes de production (adaptation des systèmes de productions au changement climatique, durabilité des systèmes de production, de distribution et de consommation, limiter le gaspillage dans la chaine alimentaire). Néanmoins, le 3ème objectif (systèmes alimentaires durables) est particulièrement large et difficile à mesurer.

 

Certains aspects pourraient être renforcés ou ajoutés :

 

- Le besoin d'augmenter la productivité agricole de manière durable d’un point de vue économique, social et environnemental n'est pas assez souligné dans l'objectif sur l'accès à l'alimentation, alors que l'augmentation de la demande agricole est un réel enjeu.

 

- La question de la création d’emploi et de revenus, et de conditions de vie attractives en particulier en milieu rural.

 

- L'intégration des territoires aux marchés alimentaires par l'amélioration des infrastructures publiques est une condition nécessaire pour désenclaver certains territoires ruraux les plus vulnérables face à la sécurité alimentaire et soutenir le revenu des petits producteurs.

 

- La question émergente de la suralimentation, de l’obésité et des maladies non transmissibles également très présente dans les pays touchés par l'insécurité alimentaire n'est pas abordée dans le Défi Faim Zéro. De manière générale la question de la nutrition mériterait d’être élargie (au-delà de la question cruciale de l’alimentation maternelle et infantile).

 

La France est favorable à une réflexion sur un objectif global et universel qui intégrerait les 4 dimensions de la sécurité alimentaire, et la nutrition, et comprendrait des indicateurs mesurables et équilibrés prenant en compte les composantes économique, environnementale et sociale du développement durable.