Re: Addressing food insecurity in protracted crises: adequate and appropriate funding mechanisms

Al Hassan Cisse Oxfam, Senegal
17.05.2013

Contribution Oxfam sur les mécanismes de financement adéquats et appropriés pour les crises prolongées

Les contraintes sur les mécanismes de financement doivent vues selon la nature des crises prolongées. Celles qui sont dues aux catastrophes naturelles ont des contraintes plutôt liées à la durée du financement qui ne permet pas de s’attaquer aux causes structurelles. Il est plus difficile d’assurer un financement adéquat dans les pays où les crises sont dues à des conflits. Ainsi tout mécanisme mis en place doit tenir compte des facteurs ayant entraîné la crise. Généralement il est plus compliqué d’intervenir dans un pays où la crise est causée par un conflit en ce sens que les risques de déviation des financements sont plus élevés. En situation de crises prolongées, les mécanismes de gouvernance et de transparence sont pauvres. Les modalités actuelles de financement des réponses à des crises prolongées doivent évoluer vers un modèle pluriannuel permettant aux intervenants de pouvoir développer des réponses intégrant la réponse précoce, la réponse proprement dite, la réhabilitation (avec une dimension SISA et alerte précoce) et lancer les bases du développement. Ce type de programme, dans le contexte du Sahel nécessite une stabilité de financement sur au moins trois ans pour une zone et un programme donnés. Le mécanisme de financement doit ainsi permettre de s’attaquer aux causes structurelles et répondre aussi aux besoins immédiats. Il faut ainsi établir une approche qui donne la voix aux pauvres parce que dans ce genre de contexte où les garanties d’avoir un appui qui arrive à ceux qui en ont besoin sont faibles. Il faut donc faire un diagnostic participatif des besoins pour déterminer non seulement les besoins réels mais les facteurs sociaux, économiques et culturels contraignants pour la mise en œuvre. Dans les pays qui ont des programmes de financement de l’agriculture par exemple, les populations pauvres n’ont pas du tout accès aux intrants mis en place par les Etats de par leur prix, mais aussi de par les conditions d’utilisation et les relations sociétales de pouvoirs au niveau local qui peuvent notamment faire que les associations de femmes agricultrices soient d’office exclues (cas d’une association soutenue par Oxfam dans le Guera au Tchad) qui s’est vu refusée l’accès au tracteur en 2012, les associations masculines étant privilégiées).

En fin de compte, dans certains cas, le problème se situe moins dans la faiblesse des Etats que dans la volonté politique des gouvernants en lien avec des tendances lourdes de nature politique et de gouvernance. Donc ce que nous devons apprendre est qu’il faut de bonnes structures de gouvernance et s’assurer aussi que les besoins des pauvres soient bien identifiés. Cette approche permet de contribuer à la construction de la résilience en permettant aux populations affectées de mieux se sortir des effets des crises et de pouvoir se réhabiliter.

La vulnérabilité des populations vivant dans les pays en crises prolongées s’accroit au fur et à mesure que les crises durent entrainant du coup une augmentation de la pauvreté. Plus les crises sont prolongées, plus les moyens d’existence sur lesquels les populations comptent pour survivre se dégradent avec comme corollaire des taux élevés de malnutrition. Et les enfants et les femmes sont les premières victimes. L’absence de financement à long terme ne permet pas dans ce cas de s’attaquer aux causes structurelles et augmente le coût des interventions humanitaires. Ce constat fait au Sahel appelle à un financement qui va au-delà des réponses d’urgence.

La question du financement viable et flexible reste centrale. Il s’agit de voir quel est le canal où doit passer l’aide pour s’assurer au moins qu’elle soit bien dépensée. Il est difficile de trouver des canaux légitimes de financement lorsqu’il n’y pas de contre partie nationale fiable et le risque est de créer des systèmes parallèles basés sur les agences humanitaires. Cette situation favorise le désengagement de l’Etat dans la durée ou l’absence de renforcement des capacités /accompagnement des Etats dans leur mandat. En même temps il se pose le problème de la redevabilité et de l’implication de la société civile, quand le tissu social a été détruit par de longues crises. Vu la faiblesse de l’administration étatique dans les pays à crises prolongées, les agences humanitaires restent le seul réceptacle du financement. Ainsi pour que le financement soit durable, il faut établir un mécanisme de transfert de compétences aux Etats en favorisant la participation des structures étatiques dans le processus mais aussi la société civile. L’inclusion des communautés dans le processus est nécessaire pour garantir la transparence et l’efficacité du financement qui doit reposer sur un horizon long terme et répondre aux priorités identifiées. Mais bâtir un développement viable et durable repose sur l’appui à la reconstruction d’une administration étatique capable de bien délivrer les programmes.

Etant donné le caractère faible des structures de l’Etat dans ce genre de pays, les bailleurs de fonds et la communauté humanitaire devraient s’efforcer d’appuyer le renforcement des capacités des Etats et de la société civile. Les actions devraient s’inscrire dans une dynamique et une approche d’ensemble pour mieux harmoniser les actions.

Au niveau du Tchad, il y a eu une évolution significative depuis 2012. Le concept de résilience semble avoir eu une oreille plus attentive auprès des donateurs tels que ECHO qui se sont appropriés le plaidoyer pour des financements plus intégrés et inclusifs des différents pans de la réponse à une crise qui dure. Cette vision plus en phase avec les lignes de plaidoyer des acteurs tels qu’Oxfam a permis l’émergence de nouveaux instruments de financement, notamment par l’Union Européenne, à travers son Programme Thématique sur la Sécurité Alimentaire. Cet instrument permet aujourd’hui d’assurer la durabilité des acquis des projets de réponse d’urgence financés par ECHO et les autres bailleurs « d’urgence », à travers le développement de programmes plus orientés vers la construction de la résilience communautaire, mais aussi vers la valorisation des potentialités agricoles et économiques dans les régions de la bande sahélienne du Tchad, dans une logique de moyen et long termes, de création de la richesse et de renforcement de la citoyenneté paysanne.

Cette approche permet également une rationalisation de l’aide : les fonds de réponse d’urgence (life saving) sont réellement destinés à sauver des vies, avec une assurance que des programmes à moyen terme dans la même zone pourront contribuer à limiter les externalités négatives d’une réponse d’urgence (logique Do No Harm), tout en renforçant la capacités de la communauté à faire face à la prochaine crise (étant donné qu’il y aura toujours des pics de sécheresse dans la bande sahélienne à des intervalles plus ou moins réguliers).

Pour le financement des réponses à des crises prolongées, il est primordial de ne pas perdre de vue la capacité des Etats à faire face, avec un complément de l’aide extérieure, via les acteurs étatiques ou non étatiques.

Les CAP non annuels et les fonds groupés comme le MDTF peuvent être considérés comme solutions pour éviter la dispersion dans des situations aussi complexes. Il permettra une analyse commune et des interventions plus coordonnées des acteurs tout en favorisant la participation des communautés nationales et locales.

Au niveau des fonds qui transitent via le système des nations unies, il n’y a pas eu une grande évolution, sauf au niveau de la forme. En 2012, au moment de la définition du CAP 2013, une consigne avait été donné à tous les acteurs de considérer les besoins pour deux ans, c'est-à-dire que le CAP devait couvrir 2013 et 2014. Mais avec le très faible niveau de financement du CAP en 2012 déjà, il est probable que cette initiative n’ira pas plus loin que ça.