Genre

Idées

Des femmes leaders grâce aux Clubs Dimitra de la FAO

Depuis 2006, les Clubs Dimitra jouent un rôle crucial dans le renforcement des communautés rurales en Afrique sub-saharienne, avec un accent particulier sur l'autonomisation des femmes.

Une nouvelle vidéo, produite par Esprit Libre et FAO-Dimitra, se penche sur la façon dont les clubs permettent aux femmes rurales de faire un pas en avant et de réaliser leur potentiel.

Qu’il s’agisse de bonnes pratiques agricoles, de transformation post-récolte ou de soins médicaux pour les communautés, la vidéo Clubs Dimitra: Femmes leaders illustre la façon dont les femmes rurales peuvent trouver des solutions pour garantir une plus grande sécurité alimentaire, nutrition et santé et de meilleurs conditions de vie, non seulement pour elles-mêmes, mais également pour leur entourage.

Le projet Dimitra de la FAO est fondé sur une approche efficace de transformation des relations hommes-femmes, développée par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Les Clubs Dimitra de la FAO sont des groupes de femmes et d’hommes en milieu rural qui se réunissent régulièrement pour discuter des défis auxquels ils sont confrontés dans leur vie quotidienne, pour prendre des décisions et passer à l’action afin de résoudre les problèmes de la communauté avec leurs propres moyens. Depuis 2006, 1500 Clubs Dimitra de la FAO ont été mis en place au Burundi, en République Démocratique du Congo, au Ghana, au Niger et au Sénégal.

« Je travaille comme les hommes »

Parmi les femmes présentées dans la vidéo, Marguerite Atilomoi, une agricultrice de la République démocratique du Congo, est un cas exemplaire. Marguerite, surnommée «Maguy», est modératrice d'un Club Dimitra dans le village de Yanonge, à 60 km de Kisangani, dans la Province de la Tshopo, dans le nord-est du pays. Elle a été l’une des premières femmes à s’impliquer dans l'approche des clubs et elle appuie également les activités d'environ 15 autres clubs de sa région, en leur rendant visite une fois par semaine pour donner des conseils à leurs membres et les aider à aller de l’avant. De plus, elle est à la fois Présidente de l'Organisation des producteurs agricoles de sa localité et Vice-présidente de l'Union des organisations de producteurs de Yanonge.

Cela fait un sacré bout de chemin parcouru par cette jeune femme déterminée. « Je suis née à Lokomba, à 5 km de Yanonge Centre, c’est là que j’ai passé toute mon enfance. Après la 5ème année des humanités à l’Institut Technique Agricole de Yanonge, j’ai abandonné les études pour aller vivre avec mon ami, qui est devenu plus tard mon mari. Et très vite, je me suis retrouvée enceinte de mon premier enfant, en 2008. Très vite aussi, je me suis aperçue que je venais de commettre une erreur en abandonnant mes études et j’ai commencé à demander à mon mari de m’aider à terminer le cycle secondaire. Comme il refusait de supporter les frais scolaires et ne voulait pas que je reprenne mes études, je l’ai momentanément quitté et j’ai regagné le toit paternel avec la bénédiction de mes parents et l’encouragement de mon grand frère. J’ai alors obtenu mon diplôme d’état au terme de l’année scolaire 2010-2011 pour devenir monitrice agricole. J’ai fini par regagner mon foyer et je suis aujourd’hui mère de deux enfants. »

Maguy gagne sa vie grâce à l’agriculture. Elle cultive l'arachide, le niébé et la noix de palme. C’est une activité exigeante et malgré cela elle trouve aussi le temps d’étudier.

« J’ai fait l'école technique agricole, je suis agronome, je travaille comme les hommes, c'est pour ça que j'ai inventé le nom «agrofemme». Je respecte les écartements et les conditions de culture. C'est ça qui fait la différence entre d'autres champs et mon champ. »

Maguy sait qu'il y a encore des défis à relever. « Ma principale préoccupation est que la société devrait reconnaître la contribution des femmes à la vie quotidienne des ménages et des communautés. Quand je parle de la société, je veux dire les hommes, mais aussi les femmes elles-mêmes, qui sous-estiment leurs connaissances et leur pouvoir. »

Mais le bon travail accompli avec les Clubs Dimitra lui tient à cœur. « Les clubs d'écoute agissent et ne font pas de vaines promesses, » dit-elle. 

« J’ai été capable de motiver tout le monde »

Non loin de là, à l'ouest, dans le village d’Itenge, si on posait la question à Myriam Bogadi, elle serait sûrement du même avis. Elle dit qu’elle n’est pas payée pour son travail de modératrice de Club Dimitra, et ajoute : « Mais j'apprends tant d'autres choses grâce aux expériences partagées au sein des clubs. Cela va m'aider à progresser dans la vie. »

Au début, Myriam participait aux réunions du club pour parler des problèmes du village, trouver des solutions et passer à l'action, et cela au même titre que les autres membres. Puis, au fil du temps, elle s’est impliquée dans la mobilisation de la communauté, si bien que son potentiel a été reconnu par tout le monde. Elle est rapidement devenue modératrice du club. « Depuis que je suis modératrice, nous avons réhabilité le siège du club, » dit-elle, ajoutant avec confiance « j’ai été capable de motiver tout le monde. »

Myriam est particulièrement fière de son idée de soutenir le centre de santé du village. Construit en 2003, le centre de santé était dans un tel état de délabrement qu'il a dû fermer. Mais grâce aux efforts du Club Dimitra, il a depuis lors rouvert ses portes. Un infirmier y a été affecté, et les membres du club contribuent à son approvisionnement en médicaments. Désormais, les malades et les femmes enceintes ne doivent marcher pendant des heures ou se faire transporter sur un vélo pour arriver à l'hôpital le plus proche.

Passer de la parole à l’action

La vidéo nous emmène aussi au Niger en milieu rural où les Clubs Dimitra existent depuis 2009. Nous faisons la connaissance avec Souweyba Idé, du village de Gasseda, dans le sud-ouest du pays. En tant que modératrice de club, Souweyba a pu développer son potentiel et joue un rôle clé dans sa communauté : elle a été l’un des fers de lance d’une importante proposition de projet développée par les clubs - une proposition qui a été convaincante au point de permettre à son village de remporter une plateforme multifonctionnelle du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Une plateforme multifonctionnelle se compose d'un châssis sur lequel est monté un moteur simple et robuste. Ce moteur a un générateur qui fournit de l'énergie mécanique et électrique à divers outils, comme une décortiqueuse, un moulin à grain et même un chargeur de batterie. La plateforme peut alimenter d'autres outils, comme un broyeur ou une unité de soudage, et elle peut fournir suffisamment d'énergie pour alimenter le réseau électrique d'un village.

En 2011, lorsque l'équipe Dimitra de la FAO a visité Gasseda, les femmes ont parlé de leurs difficultés à traduire les mots en actions. Mais, comme Souweyba explique, depuis lors beaucoup des choses ont changé. « Grâce aux clubs, nous nous sommes structurées, ce qui nous a permis d’être sélectionnées pour bénéficier de la plateforme. Nous avons appris à réfléchir à ce que nous voulons, nous avons appris à argumenter pour convaincre nos interlocuteurs. »

« Avant la création des Clubs Dimitra, je n’étais pas consciente de mes capacités à organiser mes idées et à prendre la parole, » dit Djamila Hassane, modératrice d’un autre Club Dimitra de Gasseda. « Je n’étais pas sûre de moi au point de m'asseoir auprès de mon mari et lui proposer un sujet de discussion. Aujourd’hui je n’hésite pas à partager avec lui des connaissances acquises dans le club. »

Hamsa Makido, trésorière du comité de gestion de la plateforme multifonctionnelle, convient que c’est « grâce au club d’écoute que nous avons pu obtenir cette machine. Le club d’écoute nous a changées, et c’est parce qu'ils [le personnel du projet du PNUD] ont vu que nous étions motivées qu'ils nous ont donné la machine. »

« Maintenant, nous n’avons plus honte »

Aujourd'hui, la plateforme de Gasseda est utilisée pour peler, moudre et écraser mécaniquement le grain des villageois, ainsi que pour fournir de l'électricité à la communauté entière. Son impact a été particulièrement important pour les femmes, car la décortiqueuse et le moulin à grain leur permettent d’économiser une quantité importante de temps et de travail. Et ce temps extra à disposition a été rapidement mis à profit. Les femmes ont réussi à louer un lopin de terre dans le village de Gourou, qu'elles ont ensuite aménagé pour en faire un jardin potager. Chaque jour les femmes parcourent les deux kilomètres qui séparent Gasseda de Gourou pour arroser et s’occuper de leur terre ; les légumes qu'elles cultivent sont consommés par le ménage ou vendus. Même les plus jeunes filles bénéficient de la nouvelle plateforme - maintenant qu'elles ne doivent plus piler le mil, elles disposent de plus de temps pour étudier.

« Avant l’arrivée de la machine, nos mains étaient calleuses. Aujourd’hui, elles sont lisses. Avant, nous n’avions jamais le temps de faire autre chose. Maintenant, nous pratiquons l'horticulture et chaque matin je vais arroser mes plantes. Maintenant, toutes les femmes font de l'horticulture. Avant, nous passions tout notre temps à préparer les repas, » dit Sofi Sidikou, l'une des femmes qui gèrent la plateforme. « La machine a grandement amélioré notre vie et maintenant nous n’avons plus honte de montrer nos mains quand nous discutons, » ajoute-t-elle en riant.

 

Liens

 

30/05/2016

Add new content
 

Forum du CSA sur l’Autonomisation des Femmes dans le Contexte de la Sécurité Alimentaire et de la Nutrition

25 Septembre 2017

 

Information et communication participative

 

 

Programme de genre et changement climatique

 

 

Base de données Genre et le Droit à la Terre

 

 

Nous contacter

Programme de la FAO pour la parité hommes-femmes
Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
courriel: gender@fao.org

Connexions

rss