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Idées

Lorsque l'horticulture devient rentable, souvent les hommes reprennent le contrôle de la production. [G. Napolitano/FAO]

Qu'entend-on exactement par «cultures féminines»?

Si les agricultrices pratiquent la culture de subsistance, de moindre valeur, ce ne serait pas en raison de préférences personnelles mais plutôt car elles n'ont pas accès aux ressources qui leur permettraient de faire autrement.

Les cultures commerciales et d'exportation sont souvent considérées comme «masculines» et celles de subsistance, comme «féminines». On explique souvent cette dichotomie par le fait que les femmes sont chargées de nourrir leur famille et préfèrent donc pratiquer des cultures de subsistance au bénéfice du ménage, alors que les hommes doivent dégager des revenus et favorisent donc les cultures de rente et d'exportation.

Toutefois, il est généralement difficile de savoir si elles cultivent des espèces de subsistance, de moindre valeur, car elles ont des préférences et des préoccupations différentes, ou plutôt du fait qu'elles ne peuvent avoir accès aux terres, aux intrants, aux crédits, à l'information et aux marchés qui leur permettraient de faire autrement. Au Ghana, par exemple, les agricultrices voient dans la production de maïs une activité productive, source de revenus, qu'elles ne pratiquent pourtant pas car il leur manque le capital nécessaire pour acheter les intrants requis ou recruter quelqu'un pour labourer les champs. Elles continuent plutôt de cultiver le manioc et l'igname, qui nécessitent moins d'intrants externes.

Une division «floue» du travail

De nombreuses études se sont intéressées aux tâches affectées aux différents membres du ménage, constatant bien souvent que certaines sont «masculines» et d'autres «féminines». Au Kenya par exemple, les femmes interrogées ont expliqué que les hommes sont chargés de la construction des greniers à céréales, et les femmes de l'arrachage, de la récolte et du transport des récoltes. Même si de nombreuses tâches peuvent être considérées comme exclusivement «féminines» ou «masculines», ces divisions sont moins nettes en pratique, et femmes et hommes travaillent souvent ensemble. Les tâches uniquement réservées aux hommes ou aux femmes sont, en fait, assez rares.

Le fait que les femmes africaines représentent généralement une part plus importante de la main d'œuvre agricole que les hommes — et travaillent presque toujours plus d'heures — a des conséquences sur le plan de l'adoption de nouvelles techniques. Même en sachant qu'elles peuvent accroître leur productivité, les femmes risquent d'être incapables de pouvoir travailler plus longtemps. Une simple comparaison des heures travaillées ne rend pas compte des problèmes liés au type de travail conduit et à l'énergie dépensée. La valeur du temps dépend des saisons et des tâches. Ainsi, l'on cherchera à économiser les heures les plus coûteuses.  Toutefois, dans la mesure où les tâches varient selon le sexe et comme la valeur des heures de travail des femmes est moindre, les agriculteurs sont davantage enclins à adopter des techniques permettant aux hommes de gagner du temps.

La division du travail selon les sexes évolue en fonction de l'apparition de nouvelles opportunités économiques. Lorsque les hommes quittent leurs communautés agricoles pour percevoir de meilleurs revenus, les femmes assument de nombreuses tâches généralement considérées comme «masculines». De même, les hommes se tournent vers les cultures traditionnellement «féminines» lorsqu'elles leur semblent être devenues plus productives ou rentables. Par exemple, les femmes du Burkina Faso se chargeaient auparavant de ramasser la noix de karité. Or, aujourd'hui que sa commercialisation est rentable, les hommes y participent également, souvent aidés de leurs femmes. L'adoption de nouvelles techniques est un autre facteur d'évolution de la répartition des tâches. Par exemple, la mécanisation des «tâches féminines» pourrait renforcer le contrôle que les hommes exercent sur elles. Il apparaît difficile de déterminer la mesure dans laquelle ces évolutions profitent aux hommes et aux femmes, et de prévoir a priori ce qu'elles seront à l'avenir.

Les systèmes de recherche et de vulgarisation pourraient mieux contribuer à la mise en place de systèmes de production agricole durables s'ils s'intéressaient à la dimension hommes-femmes de manière à mieux comprendre les rôles, les besoins et les opportunités des différents membres du ménage. De nombreuses études montrent que hommes et les femmes ont des préférences, et utilisent des critères différents pour choisir les cultures et variétés et conduire des activités telles que la sélection des semences, la culture, la récolte et la transformation. Comme les femmes gèrent souvent des systèmes agricoles complexes, elles ont élaboré de multiples critères pour en apprécier l'efficacité, tels que la réduction des risques, la vulnérabilité et d'autres objectifs dont il convient de tenir compte pour promouvoir les innovations.

Les connaissances locales des agriculteurs et des agricultrices constituent un actif important pour l'innovation et le développement technique, s'agissant en particulier de questions centrales de production végétale telles que la sélection végétale, la protection des cultures et la gestion des semences et de la fertilité des sols. Il importe de comprendre les différences liées au sexe sur le plan des connaissances locales, et de reconnaître la contribution des femmes, car elles s'impliquent plus fréquemment dans les pratiques agricoles traditionnelles. Ces différences pourraient s'avérer utiles dans le cadre de l'amélioration des cultures ou de la sélection des variétés. Il convient également de les comprendre pour améliorer l'efficacité des processus de diffusion et de vulgarisation des techniques.

Les besoins des femmes en matière de technologie et d'information

L'information— à savoir, une information pertinente, communiquée et reçue au moment opportun — est essentielle aux innovations et avancées techniques et à leur adoption. Pourtant les femmes n'y ont souvent pas accès. Les hommes  dominent depuis longtemps la recherche et le développement agricoles, y compris les services de vulgarisation, et ont largement ignoré le rôle des femmes dans la production végétale. Les normes sociales et les pratiques culturelles peuvent faire obstacle à la participation des femmes aux interventions de développement ou aux campagnes d'information. Utiliser des canaux d'information plus appropriés pourrait contribuer à résoudre ce problème. Une autre stratégie consisterait à communiquer des informations plus fiables en s'intéressant plus particulièrement à la dimension hommes-femmes de la production végétale.

Au cours des deux derniers siècles, les sociétés ont beaucoup investi dans des arrangements institutionnels complexes visant à favoriser l'innovation technique agricole. Elles ont souvent négligé les femmes et marginalisé les agricultrices sur le plan de son adoption. Les actions doivent être mieux adaptées à leurs besoins, leur permettre de mieux profiter des systèmes de vulgarisation, améliorant ainsi leur accès aux nouvelles techniques et innovations agricoles. Les innovations organisationnelles, comme la recherche participative, les liens entre agriculteurs et services de vulgarisation, ou le renforcement des relations entre les systèmes semenciers formels et locaux, peuvent améliorer les moyens d'existence des femmes en faisant en sorte que les nouvelles techniques répondent à leurs besoins.

Publié: 12/11/2009

Sabine Guendel est consultante en agriculture et gestion des ressources naturelles et a acquis une grande expérience en Amérique latine et en Afrique de l'Est. Elle est enseignante associée auprès du Département des sciences sociales de l'Open University, où elle intervient sur le thème «La terre en crise: les politiques environnementales en contexte international». Le présent article s'inspire du texte «Gender in crop production», que l'on retrouve dans l'ouvrage Gender in agriculture sourcebook (Banque mondiale, FAO, FIDA, 2009).

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