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Pêcheuse à pied en plein labeur [FAO/G. Napolitano]

La palourde lève un coin de voile tunisien

La FAO et ses partenaires s’activent à renforcer le rôle de la femme dans la filière pêche à pied de la palourde.

Sur les rives méditerranéennes de Skhira, à 300 km au sud de Tunis, près de la ville industrielle de Sfax, on ne compte que 48 heures entre la première collecte et vente sur place de la palourde et l'exportation vers Rome ou Madrid. Et pourtant, entre la ‘pêcheuse tunisienne à pied' de ces précieux coquillages et le restaurateur romain, le fossé est grand: la première récolte pour un peu plus d'un euro le kilo (3 dinars tunisiens), le second gagne 10 à 15 fois plus.

Pour la plupart des femmes rurales aux alentours du Golfe de Gabès, cette activité est leur principal moyen d'existence. Comme le confirme Yvette Diei Ouadi, experte de la FAO en industrie des produits de la pêche, la FAO, en appui au gouvernement tunisien, s'est engagée dans un processus participatif d'établissement d'une stratégie de renforcement du rôle de la femme dans la filière palourde qui vise à optimiser leurs revenus et à pérenniser la ressource, notamment en ouvrant la voie à d'autres actions de développement.

«La pêche à pied de la palourde est une activité pénible; chaque jour, nous parcourons de longs trajets à marée basse, dans une posture très inconfortable, le dos courbé sous un soleil de plomb et les pieds enfoncés dans la vase ou l'eau de mer glacée, jusqu'aux genoux», déplore Saliha, une pêcheuse à pied, pourtant de forte constitution.

«Le débarquement de notre collecte pour la vente directe au port se fait à ciel ouvert, sans abri pour protéger les femmes contre les éventuelles intempéries lors des transactions avec des intermédiaires peu respectueux de nos efforts», renchérit Agla, l'une de ses compagnes.

Une ressource convoitée et non équitable

Le Golfe de Gabès au sud du pays est une zone de pêche particulièrement riche. Les gouvernorats de Sfax et Gabès constituent les zones les plus productives où une frange importante de la population locale vit essentiellement de la pêche côtière. Cette zone humide est connue pour ses gisements naturels de clovisses et de couteaux, mollusques bivalves de la famille de la palourde. La demande étrangère du produit est en développement croissant. 

La moyenne de la production durant les cinq dernières années est de 500 tonnes pour une valeur de 1,9 million de dinars tunisiens (1 million d'euros), soit une contribution de près de 1 pour cent au total de la production nationale en valeur des produits de la pêche durant la même période. 98 pour cent de la production nationale de palourdes provient du sud de la Tunisie.

«Effectuée de manière responsable avec une répartition juste et équitable des revenus le long de la chaîne des valeurs, l'exploitation de la palourde pourrait constituer une excellente opportunité d'emploi au profit d'une frange déshéritée de la population, ainsi qu'un apport en devises non négligeable pour le pays», relève Yvette Diei Ouadi.

«L'opération de collecte des palourdes en Tunisie est une activité artisanale qui occupe 70 jours par an une population féminine de pêcheuses à pied en majorité rurale, précaire et marginale. A divers degrés, ces groupes de pêcheuses sont exposées à un ensemble de facteurs qui les prédisposent ou accentuent leur vulnérabilité à la pauvreté».

L'analphabétisme, la fermeture périodique des zones de production pour raisons sanitaires, la surexploitation du stock de la ressource, l'absence de toute forme d'encadrement et de formation ou encore leur tenue à l'écart du marché sont autant de facteurs aggravants. 

Vers un plan de développement communautaire

Dans le contexte de la politique de désengagement progressif de l'Etat et dans un souci de surmonter les nombreuses difficultés d'ordre sanitaire, administratif et organisationnel et de créer une dynamique autour de cette activité, des Groupements de développement et d'exploitation de la Palourde (GDP) ont été mis en place dans les zones de production.

«Convaincues de la nécessité de s'organiser entre femmes en vue d'améliorer leurs conditions de travail, faire reconnaître leur rôle en tant que productrices en amont de la filière et leur contribution effective dans la formation du revenu familial, la majorité des femmes approuve l'idée de se regrouper au sein d'une collectivité», explique Ilaria Sisto, experte en questions de Genre à la FAO.

«Il faut une organisation institutionnelle locale qui puisse permettre de valoriser l'exploitation de ces ressources mais surtout d'en assurer la durabilité et une redistribution plus équitable des bénéfices entre hommes et femmes. Cette organisation doit faciliter la participation des femmes à des marchés ruraux d'emplois souples, efficients et équitables. Ce comportement a des effets positifs sur le bien-être, mais aussi sur la formation de capital humain et sur la croissance économique.»

Le projet de coopération technique Tunisie/FAO a trois axes principaux: la formation aux bonnes techniques de collecte et de manutention des palourdes, l'assistance aux femmes pour les rendre autonomes, l'amélioration des conditions de travail.

Son objectif principal est d'améliorer les moyens d'existence des familles démunies et la sécurité alimentaire des populations vulnérables riveraines du littoral méditerranéen pour une production rationnelle et une utilisation responsable des ressources halieutiques en zones humides (Convention de Ramsar sur les Zones humides, 1971).

Publié: 13/05/2011

  • Voir aussi les reportages radio et vidéo en Tunisie.

 

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