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Projet Dimitra : Les clubs d’écoute communautaires au Niger et dans la République démocratique du Congo

Depuis leur création dans la République démocratique du Congo (RDC) et au Niger, les clubs d’écoute communautaires suscitent un vif intérêt, non seulement en milieu rural mais aussi parmi les praticiens du développement. Ces clubs se sont avérés extrêmement utiles non seulement pour favoriser l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes, mais aussi pour aider les populations rurales, surtout les femmes et les jeunes, à participer à la vie de leur communauté et à leur propre développement.

Les clubs d’écoute communautaires bénéficient depuis 2006 du soutien de Dimitra, projet de la FAO axé sur l’égalité hommes-femmes, ainsi que sur l’information et la communication en la matière, qui constitue également un réseau d’organisations agricoles et d’institutions rurales. Dimitra a pour but de permettre aux femmes rurales de faire entendre leur voix et de contribuer à leur autonomisation économique et sociale en améliorant leur accès aux ressources et services tels que l’information et la communication en matière de services agricoles et de développement rural en général.

Comment fonctionnent les clubs d’écoute? Qu’ils soient féminins, masculins ou mixtes, ils se réunissent régulièrement pour débattre des enjeux et des défis du développement et pour y trouver ensemble des solutions. Dans ce contexte, les stations de radio rurales servent de relais des médias d’information, ce qui permet de mieux faire circuler l’information, d’assurer l’accès aux connaissances et une sensibilisation à des thèmes que les clubs ont eux-mêmes choisis (pratiques agricoles, sécurité alimentaire, inégalité de la charge de travail selon le sexe, accès à l’eau, à la terre, à l’assainissement, à la santé, etc.). Les membres des clubs communiquent au sein de leur propre club ou avec d’autres à l’aide de postes de radio solaires ou à manivelle et, dans le cas du Niger, de téléphones portables à chargeur solaire fonctionnant « en flotte », qui assurent les communications gratuites entre près de 300 appareils.

Ces clubs d’écoute communautaires, qui sont à la fois un outil et un mode de dialogue pour les particuliers et les groupes, se sont avérés parmi les populations rurales isolées un moyen efficace d’avoir accès à l’information et de s’engager dans une communication participative, devenant ainsi des tremplins d’action. Grâce à ces clubs, les hommes et femmes du village discutent entre eux de leurs préoccupations, de leurs priorités et de leurs besoins, obtiennent de l’information qui leur serait autrement inaccessible, et prennent ensemble des mesures constructives.

Naissance du projet et résultats

La formule des clubs d’écoute a vu le jour en 2006 dans le Sud-Kivu (RDC): Dimitra et son partenaire sur place, l’ONG Samwaki, avaient constaté, à l’issue d’une enquête sur le terrain, que les agricultrices avaient très peu accès à l’information et aux communications, et que les femmes rurales étaient isolées des stations de radio communautaires.

Aujourd’hui, après cinq ans d’activité, le Sud-Kivu compte neuf fédérations de clubs, qui comptent chacune 900 membres (dont la moitié sont des femmes), à raison de 8 000 membres au total. Cinq stations de radio communautaires y participent. En 2009, la province de Katanga (RDC) leur a emboîté le pas avec l’appui de REFED-Katanga, et la formule a également été reprise et adaptée la même année dans deux régions du Niger. Depuis leur création, les clubs du Niger n’ont cessé de prendre de l’essor et de susciter le même enthousiasme parmi les populations : 500 clubs d’écoute, soit 8 000 membres issus de 5 000 ménages, soit 28 000 personnes au total qui en bénéficient indirectement, et plus de 5 200 femmes qui exercent des fonctions de direction. Neuf radios communautaires rurales font partie de ce réseau.

Signes manifestes de changements positifs

Les évaluations qualitatives indiquent des changements de comportement, de pratiques et de perceptions chez les hommes et les femmes des populations rurales. Il s’agit de changements non seulement dans l’accès à l’information et aux connaissances, mais aussi dans les pratiques agricoles, dans la confiance en soi et le leadership des femmes, et dans la mobilisation sociale des communautés. De nombreux épisodes démontrent comment les femmes ont pris confiance en elles et jouent désormais un rôle actif dans la vie de la collectivité. Par exemple, au Niger, le club d’écoute des femmes de Dantiandou a, après des négociations avec les hommes et les autorités traditionnelles, obtenu un bail foncier officiel de 99 ans pour cultiver et vendre des légumes. Dans le village de Téra, le club des femmes est intervenu de manière déterminante pour signaler au ministère de l’Agriculture la présence de sauterelles dans leur région, tandis qu’à Gasseda, les débats tenus au sein des clubs ont réussi à faire régresser la coutume du mariage précoce. L’assainissement est devenu un enjeu crucial dans plusieurs villages où les tâches qui s’y rapportent sont désormais partagées au sein des ménages et au niveau de la collectivité.

Dans la RDC, après des années de guerre et d’insécurité constante dans plusieurs régions du pays, les débats sur la sécurité alimentaire, sur le VIH-SIDA et sur la violence à l’égard des femmes ont contribué à améliorer les moyens d’existence des femmes (et des hommes), ainsi que la place des femmes dans la collectivité. Récemment, la présidente d’un club d’écoute à Mugogo (Sud-Kivu, RDC) a expliqué que, grâce aux discussions menées au sein de son club (qui étaient d’ailleurs diffusées), les victimes du VIH-SIDA osent désormais venir demander conseil. Juste après les discussions sur ce sujet, on a remarqué une hausse du dépistage volontaire du VIH-SIDA.

La participation active des femmes aux clubs et le renforcement de leur leadership et de leur estime de soi a souvent entraîné une amélioration de leur statut au sein de la collectivité. Ces clubs permettent aux femmes de jouer un rôle actif à titre de participantes de plein droit à la vie communautaire, ce qui comporte des répercussions immédiates sur leur crédibilité dans le village. Les clubs d’écoute ont permis aux hommes et aux femmes de décider de mesures à prendre pour résoudre leurs propres problèmes.

Divers facteurs indiquent à quel point cette formule est viable : la multiplication des succès remportés, la reprise de l’expérience dans des villages voisins qui n’ont pas reçu l’appui du projet, et la poursuite de cette initiative même sans le moindre soutien. En 2012, l’expérience est censée être reprise dans la Province Orientale de la RDC et étendue à d’autres régions du Niger ainsi que dans d’autres pays tels que le Sénégal et le Burundi. En outre, cette méthode a été adoptée par d’autres partenaires multilatéraux tels que l’UNFPA, l’UNICEF et les unités des opérations d’urgence de la FAO.

Les clés du succès du projet

Les résultats obtenus s’expliquent par plusieurs éléments clés, notamment:

  1. la formule ascendante appliquée par le projet Dimitra, qui mise sur la participation et l’appropriation des populations rurales, et qui favorise les discussions recherchant des lignes d’action réalistes et des changements de comportement individuel;
  2. le soutien des partenaires locaux de Dimitra (au Niger, une ONG dotée d’un réseau de centres d’alphabétisation et, dans la RDC, une ONG qui travaille avec des organisations d’agricultrices) pour animer l’ensemble du processus;
  3. la sensibilisation au niveau local (autorités officielles, traditionnelles et religieuses, et villageois) à la formule, aux dimensions sexospécifiques et à leur rôle dans le processus;
  4. la formation donnée aux parties prenantes (dirigeantes et dirigeants, stations de radio communautaires, agents de vulgarisation agricole, etc.) pour mettre cette formule en œuvre, pour faire connaître les questions sexospécifiques dans une perspective de développement, et pour animer et mobiliser les collectivités, etc.;
  5. la création de partenariats efficaces avec des stations de radio, et la recherche d’alliances avec d’autres joueurs et initiatives de développement qui existent déjà;
  6. le maintien, entre le milieu rural et les radios communautaires, d’une relation de confiance durable, de contacts fréquents et réguliers.
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