 Pierre Cardin "Vous voyez mon fouillis ici, des souvenirs..." Dans son bureau-capharnaüm aux murs peints en vert de l'avenue Marigny, au coeur du Paris chic, Pierre Cardin fait le point sur une vie de création.
A 87 ans, dont bientôt 60 passés dans la mode, le couturier semble avoir tout vu, tout fait, tout connu.
C'est avec fierté qu'il montre à Reuters une photographie de la robe de mariée Cardin que portait sa petite nièce samedi dernier à Venise, où le créateur possède le palais de Casanova.
Ce matin, dans l'atelier où oeuvrent encore des couturières, il dessinait une robe. Hier soir, il était chez Maxim's, le restaurant parisien dont il a pris les rênes en 1981.
Jeudi, il sera nommé à Rome ambassadeur de bonne volonté de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (Fao).
Un nouveau titre honorifique - il est déjà commandeur de la Légion d'honneur, membre de l'Académie des Beaux-Arts et a déjà oeuvré pour l'Unesco, notamment contre le sida - qu'il accueille avec sérieux et philosophie.
"Il y aura toujours de la misère dans le monde, même les peuplades riches, à un moment donné, deviennent pauvres. Nous-mêmes, qui étions la puissance rayonnante pour le monde entier, nous voilà dépassés par les Américains, les Chinois, les Indiens", note ce grand voyageur attendu dans les prochaines semaines en Grèce et en Chine.
"C'est mon travail, que je fais avec passion, qui m'a conduit à toutes ces récompenses", ajoute le créateur, qui reste l'un des Français les plus connus à l'étranger.
Italien de naissance naturalisé français, Pierre Cardin a fait ses débuts chez Christian Dior - "un homme charmant qui mangeait des bonbons du matin au soir" - avant de créer dès les années 1950 des robes "satellites" d'un futurisme étonnant.
Créateur de costumes pour le film "La Belle et la Bête" de Jean Cocteau (1946) et la série télévisée "Chapeau melon et bottes de cuir" dans les années 1960, il est aussi designer, collectionneur, directeur de théâtre... et homme d'affaires.
SOIXANTE ANS DE MODE
Inventeur du prêt-à-porter en France, Pierre Cardin a lancé un système de licences qui a fait sa fortune, au risque de voir ses modèles lui échapper et son nom associé à des produits de piètre qualité.
"On m'a beaucoup critiqué à l'époque, mais maintenant tout le monde m'imite", se défend-il.
Dans son bureau donnant sur la place Beauvau traînent des tas de photographies et de revues le montrant ici sur la place Rouge, là aux côtés de Fidel Castro ou dans son "palais bulle", étonnante maison tout en rondeurs "comme un nid, un oeuf, un corps de femme" qu'il possède sur la Côte d'Azur.
Il a aussi conservé la "une" d'un magazine Time de 1974 où il pose enroulé dans une serviette de bain Cardin.
Grand amateur d'actualités télévisées, le couturier suit notamment celle de son "voisin d'en face", le président de la République. Il raconte avoir bien connu le père de la première dame, Carla Bruni-Sarkozy, qu'il rencontra elle-même lorsqu'elle était enfant.
Finalement, la politique est peut-être la seule corde qui manque à son arc.
"On me l'a proposé, ça aurait pu me tenter à un certain moment mais j'étais trop occupé. Il faut tout abandonner pour faire de la politique, pour être sincère en tout cas", dit-il.
L'an prochain, Pierre Cardin fêtera ses 60 ans de mode avec un livre et un défilé dans son château de Lacoste, dans le Vaucluse, ancienne demeure du marquis de Sade.
Le couturier n'aime guère les anniversaires, et préfère parler de son dernier projet : une tour de 280 mètres de haut, "Le Palais Lumière", qu'il propose dans le cadre du "Grand Paris".
Composée de trois ailes reliées par des disques, il la poserait sur l'île Seguin, aux portes de la capitale. Fier de son oeuvre, Pierre Cardin l'affirme : "Ce sera une nouvelle Tour Eiffel".
Edité par Yves Clarisse
Rencontrez les Ambassadeurs de bonne volonté de la FAO
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