FAO à Haïti

Contexte socio-économique

Avec une superficie d’environ 27 750 km2, la République d’Haïti occupe 36% de la superficie totale de l’île d’Hispaniola. Elle est placée entre 18˚ et 19˚ de latitude Nord et 68˚ et 75˚ de longitude Ouest. Elle est limitée à l’Ouest par Cuba (90 km) et par la Jamaïque (190 km) et à l’Est par la République Dominicaine avec près de 386 km de frontière terrestre entre les 2 pays. Le relief est dominé par les montagnes qui couvrent environ trois quarts de la superficie du pays (IHSI, 2015), ce qui rend fragile l’environnement physique du pays en tenant compte de la situation des ressources forestières.

D’après la dernière estimation de l’IHSI, Haïti compte une population de 10.911.819 habitants dont 50,43% de femmes et 49,56% d’hommes (IHSI, 2015). Le pays a la plus forte densité de la population dans la région (soit 379 personnes au km2). Le taux de croissance annuelle de la population est de 1,3%. La population est essentiellement rurale (48,1%). Les enfants et les jeunes de moins de 25 ans représentent plus de 56% de la population totale.

La plupart des indicateurs macroéconomiques sont inquiétants ; au mois d’avril 2017 la variation annuelle de l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) s’est établie à 14,6% e le taux de croissance du PIB de l’exercice 2016 était de 1,7%. La prévision de croissance économique l’exercice fiscal 2017-2018 est évalué à 1,1%. L'État à adopter un budget rectificatif afin de contenir les priorités et les grands défis du nouveau gouvernement ; par conséquence, le montant total du budget est revu à la baisse, passant ainsi de 122 à 118 milliards de gourdes. Le budget du ministère de l’Agriculture représente seulement 6,5% du PIB et celui du Ministère de l’environnement est toujours de très loin inférieur par rapport aux défis à relever au niveau de ce secteur.

La forte migration de la population, surtout par la fraction la plus jeune, vers les villes et à l’étranger est à l’origine d’une diminution de la population rurale (estimée à près de 41% par la Banque Mondiale)[1] alors que 50% des ménages ruraux sont exposés à l’insécurité alimentaire contre 20% en milieu urbain (CNSA, 2017). De plus, la taille moyenne d’un ménage est de 5,8 membres (CNSA, 2011).

Tenant compte de la vulnérabilité du pays par rapport aux catastrophes naturelles, Haïti se trouve indéniablement sur le qui-vive. La dernière catastrophe la plus dévastatrice ayant frappé le pays au octobre 2016, l’ouragan Matthew, a coûté la vie à plus de 500 Haïtiens et les dégâts sont estimés à environ deux milliards de dollars (MEF, 2016) soit l’équivalent de 25% du PIB. Les départements les plus affectés sont la Grand-Anse, le Sud, le Sud-Est, l’Ouest, les Nippes et le Nord-Ouest.

 

Agriculture et développement rural

Le secteur agricole joue un rôle important dans l’économie globale du pays. Selon les chiffres de la Banque de la République d’Haïti (BRH), en 2016, le secteur « agriculture, sylviculture et pêche » représente 20.35% du Produit Intérieur Brut (PIB). Il existe environ 1 million d’exploitants agricoles dans le pays et le secteur agricole occupe environ 60% de la population active (MARNDR, 2010). Les exploitations agricoles produisent environ 45% des produits de consommation alimentaire du pays et sont généralement constituées de plusieurs parcelles (2 ou 3 en moyenne) de taille réduite (0,62 ha/parcelle en moyenne). La majorité de ces parcelles sont exploitées par leur propriétaire (faire valoir direct).

Les exploitations agricoles sont caractérisées par un faible accès aux moyens de production et elles sont tributaires, à 90%, de la pluviométrie alors que 10% des parcelles sont dans les périmètres irrigués qui font face aux problèmes d’approvisionnement en eau et à l’ensablement de canaux d’irrigation.

Après deux années de sécheresse consécutive (2013-2015) plus l’ouragan Matthew du mois d’octobre 2016, dans les départements de Grande Anse et du Sud, deux exploitants sur trois ont eu des parcelles endommagées et ont perdu au moins trois quart de leurs stocks alimentaires (CNSA, 2016).

Le secteur de la pêche et de l’aquaculture joue un rôle important dans l’économie haïtienne en raison de sa contribution. Se produisant dans de nombreuses parties d'environ 1700 km des côtes, du pays, la pêche en Haïti est d'une grande pertinence socio-économique car elle génère environ 77.000 emplois à temps plein (52.000 emplois directs et 25.000 emplois indirects), et 2,5% du PIB (EF 2010-11). La pêche artisanale demeure le principal type de pêche maritime en Haïti. La consommation de protéine d’origine animale à Haïti est estimée en 15,55 Kg/habitant/an, par dessous de la valeur cible considérée au niveau mondial pour la consommation de protéines d’origine animale (23 Kg/habitant/an). D’ailleurs, la consommation de produits de la pêche (estimé à 4,8 Kg de poisson/habitant/an) est aussi en dessous de la moyenne des autres pays de la région de la Caraïbe.

Au sein d’une exploitation agricole, l’élevage constitue l’âme et l’essence même de toutes les activités qui s’y réalisent. De plus, le bétail, grand ou petit, est étroitement lié à l’environnement socio-culturel de petits exploitants ruraux pour lesquels l’élevage représente un élément de durabilité et de stabilité économique. Environ 95 % de la production animale est assurée par les petits paysans, et ces produits animaux représentent 11 à 12 % de la production agricole totale.

Malgré le rôle déterminant que joue l’élevage dans le fonctionnement de l’exploitation, il est souvent considéré comme une activité secondaire, ceci dû au manque d’information que l’élevage peut jouer dans l’économie de ménage.

Situation des ressources naturelles et de l’environnement

 

La préservation des ressources naturelles et la protection de l’environnement deviennent désormais une grande préoccupation. Les problèmes liés à la dégradation de l’environnement (déforestation, érosion des sols, dégradation des terres) entrainent de plus en plus de dégâts d’une ampleur telle que leur gestion dépasse de loin la capacité du gouvernement. Cette situation est à l’origine de la mauvaise gestion des ressources naturelles et du niveau élevé de vulnérabilité socio-économique de la population liées à des faiblesses de gouvernance entrainant ainsi des problèmes successifs de catastrophes naturelles.

La problématique de l’environnement en Haiti se caractérise par une faible couverture forestière et par la dégradation accélérée des terres. Actuellement moins de 2% du territoire sont classés comme forêt dense tandis que les zones avec couverture boisée ne couvrent que 18 %[5]. Environ 75% des bassins versants du pays sont dégradés, causant de fréquentes inondations qui affectent les infrastructures agricoles en aval, et un épuisement des terres par érosions, facteurs principal de la production agricole. Plus de 50 % de la superficie du territoire est située en zones de pentes supérieures à 40% avec des risques élevés d’érosion des sols.  La vocation de ces terres est forestière mais une grande partie d’entre elles est actuellement exploitée par une agriculture familiale avec des pratiques culturales qui accélèrent l’érosion des sols.

Situation de la sécurité alimentaire

Haïti est toujours en phase de reconstruction après le tremblement de terre de 2010, dont les effets ont été aggravés par l’ouragan Sandy en 2012, la sécheresse en 2015, et l'ouragan Matthew en octobre 2016. Les deux tiers de sa population dépendent de l’agriculture, l’élevage et la pêche pour leur subsistance.  Les catastrophes naturelles affectent ainsi les moyens d’existence des ménages et provoquent des situations d’insécurité alimentaire aigue.

Les effets de Matthew sur l’insécurité alimentaire et les moyens d’existence des Haïtiens continuent d’être tangibles. Des dommages aux logements, aux parcelles, aux animaux et aux moyens d’existence ont été observés dans le Grand Sud, le Haut Artibonite, l’Île de la Gonâve, le Nord-Ouest et, dans une moindre mesure, le Sud-Est. Un effet indirect, notamment en termes de pouvoir d’achat réduit dû à l’augmentation des prix des denrées alimentaires, a été également observé dans le reste du pays qui dépend fortement des denrées alimentaires en provenance du grand sud pour l’approvisionnement des marchés et la disponibilité d’aliments au sein des communautés. L’ouragan a également aggravé la vulnérabilité structurelle de la population rurale, qui fait face à des sécheresses récurrentes depuis 2013 contribuant à l’érosion de leurs moyens d’existence et de leurs actifs.

D’après les résultats de l’évaluation de la sécurité alimentaire d’urgence post Matthew (EFSA - Mai, 2017), entre novembre 2016 et février 2017, presque quatre ménages sur dix (39%) étaient en insécurité alimentaire dont 34% en insécurité alimentaire modérée et 5.3% en insécurité alimentaire sévère. Cela équivaut à environ 3 millions de personnes en insécurité alimentaire, soit environ 400,000 personnes en insécurité alimentaire sévère, et 2.57 millions en insécurité alimentaire modérée. La plupart des ménages (environ 2.9 millions de personnes) vivaient dans des conditions de sécurité alimentaire limite et étaient vulnérables à l’insécurité alimentaire.

De plus, 70% de la population haïtienne est classée en situation d’insécurité alimentaire chronique selon la dernière classification d’IPC Chronique en 2015.

En outre, la malnutrition chronique (retard de croissance) qui touche plus d’un enfant sur 5 (22%) est une menace pour le développement humain tandis que la malnutrition aiguë concerne 5% des enfants de 6 à 59 mois (EMMUS IV). De plus, à peine plus d’un enfant sur 10 (13,6%) reçoit les pratiques optimales d’alimentation du nourrisson et du jeune enfant (allaitement, diversité et fréquence d’alimentation).

Politique et réponse dans les secteurs de l’agriculture et de l’environnement

Dans le souci d’harmoniser les différentes interventions dans le secteur agricole, le Ministère de l’agriculture a élaboré une politique de développement agricole (PDA 2010-2025) dans laquelle les grandes orientations ont été fixées. Cette politique vise à contribuer de manière durable à la satisfaction des besoins alimentaires de la population haïtienne et au développement social et économique du pays.

La politique de développement agricole privilégie entre autres: (i) une approche territoriale modulée en fonction des potentialités et des spécificités des différentes zones agro-écologiques du pays et recherchant la cohérence et la complémentarité entre les actions, (ii) une approche « bassins versants », allant du sommet jusqu’à la mer et prônant l’interaction entre l’aval et l’amont, (iii) une approche « filière » recherchant la concertation entre les acteurs dans le cadre de dispositifs interprofessionnels rassemblant autour d’une même table l’État, le secteur privé et les Organisations de Producteurs/Productrices, quel que soit le produit considéré (marché intérieur ou exportation), et sans remettre en cause la diversification des productions au niveau de l’unité de production.

La feuille de route attribuée au Ministre de l’agriculture par le gouvernement est alignée avec les grandes orientations définies dans la politique agricole de 2010-2025 qui fait du secteur agricole le premier pilier de la croissance et de la réduction de la pauvreté dans le pays. Le gouvernement priorise (i) l’aménagement des infrastructures d’irrigation et de drainage afin d’emblaver beaucoup plus de terres agricoles, (ii) le développement des filières de la pêche et de l’aquaculture qui contribuera à recapitaliser le monde rural, (iii) le développement des filières de l’agro-alimentaire et (iv) l’augmentation des capacités des filières agricoles tournées vers l’exportation et assurer l’entrée des devises dans le pays.

Par ailleurs, la politique du gouvernement haïtien en matière de protection environnementale se structure autour de cinq (5) axes prioritaires :

i  la gestion efficace et durable des ressources naturelles à travers l’augmentation des capacités institutionnelles et organisationnelles ainsi que des actions intensives de reboisement,

ii)   l’assainissement par la réhabilitation des centres de traitement des eaux usées et de déchets basé sur des partenariats publics-privés

iii) l’aménagement du territoire au moyen d’une régulation et d’un contrôle strict des constructions anarchiques et le respect des espaces déclarés « aires protégées »

iv) la lutte contre les changements climatiques au moyen de la protection des bassins versants, l’augmentation des systèmes agro-forestiers et la mise en place des infrastructures   de rétention d’eau et des mesures de protection des mangroves

v)   la gouvernance à travers le développement d’un nouveau plan d’action pour l’environnement et la mobilisation financière.

Rôle de la FAO dans les secteurs de l’agriculture et de l’environnement ainsi que dans la sécurité alimentaire et nutritionnelle

La FAO apporte son appui technique au Gouvernement de la République d’Haïti à travers un appui normatif en matière de politique agricole et environnementale. Elle élabore des stratégies de développement de ces secteurs et apporte un appui technique direct avec la mise en œuvre sur le terrain d’un programme défini dans le CPP. La FAO fournira une coopération technique par :

i)        le renforcement des capacités institutionnelles des secteurs agricole et environnemental

ii)      l’appui-conseil en politiques et stratégies de développement agricole, de gestion durable des ressources naturelles et de protection de l’environnement

iii)    la promotion d’une agriculture durable conformément aux ODD

iv)    l’appui technique en matière de production d’informations et analyses régulières sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi que

v)      la gestion et l’apport des réponses aux situations d’urgence agricole et le renforcement de la résilience aux catastrophes naturelles et aux crises alimentaires.

Au cours de la dernière réunion, tenue à Rome, le 3 octobre 2016, les Gouvernements ont demandé à la FAO de les appuyer pour recenser des options politiques viables qui aideraient leurs pays à relever le défi consistant à produire et rendre accessible des aliments encore plus sains et nutritifs pour nourrir une population mondiale croissante.