L’initiative Main dans la Main au Yémen

Q&R avec M. Hussein Gadain, Représentant de la FAO au Yémen.

La FAO a commencé à adopter l’approche Main dans la Main afin d’intensifier les efforts visant à éradiquer la faim et la pauvreté au Yémen. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

La FAO a commencé à adopter l’approche Main dans la Main afin d’intensifier les efforts visant à éradiquer la faim et la pauvreté au Yémen. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

L’initiative Main dans la Main est la suite naturelle d’un processus déjà en cours dans le pays. Elle permet de renforcer les partenariats entre la FAO et les partenaires nationaux et internationaux impliqués dans le domaine de l’agriculture, de l’alimentation et la sécurité alimentaire et de la réduction de la pauvreté, en vue de réaliser l’ODD1 et l’ODD2.

Le contexte particulier du Yémen – marqué par des conflits, des défis environnementaux et sociaux, et les risques actuels liés au COVID-19 – implique de nouveaux partenariats, et la FAO est prête à contribuer dans ce sens et à montrer la voie. L’initiative Hand-in-Hand offre une possibilité de changement transformationnel que le gouvernement a accueilli avec enthousiasme.

En 2019, le bureau de la FAO au Yémen a aidé avec succès le Gouvernement du Yémen à répondre à un appel concurrentiel en soumettant une proposition de projet au Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (PMASA) – très actif dans le cadre des efforts visant à lutter contre la faim-  dont l’objectif était d’améliorer la nutrition et de promouvoir les initiatives en faveur du développement des chaînes de valeur en vue d’améliorer la résilience des populations (notamment à travers le projet SAPReP+).

La nécessité de renforcer le cadre national des politiques et des investissements nationaux est réapparu très clairement au cours de la formulation. L’initiative Hand-in-Hand est l’occasion d’associer une initiative prometteuse de la FAO au travail que l’agence onusienne mène au Yémen, afin d’élaborer un cadre inclusif des politiques et des investissements, de maximiser le financement en faveur de la résilience et du développement et en prenant comme points d’entrée la sécurité alimentaire et nutritionnelle et la réduction de la pauvreté.

Nous sommes au début de ce processus: nous montons le décor et nous nous assurons de disposer des capacités internes nécessaires pour mener à bien cette initiative dans les années à venir. Pour l’instant nous avons élaboré une feuille de route pour la mise à jour de la stratégie agricole et la conception du Plan d’action pour les investissements, avec l’appui du Bureau régional de la FAO pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord et le Centre pour les investissements. Nous mobilisons des financements et des ressources techniques à travers le Programme de coopération technique (PCT) et nous sommes prêts à nous engager avec des partenaires de développement, des institutions financières internationales, la société civile et le secteur privé dans un processus partagé.

En quoi l’initiative Main dans la Main diffère-t-elle des initiatives et approches précédentes?

En quoi l’initiative Main dans la Main diffère-t-elle des initiatives et approches précédentes?

L’initiative Main dans la Main représente une opportunité unique et une manière innovante de planifier, concevoir et mettre en œuvre des réponses basées sur des faits et des besoins réels du pays, et a deux caractéristiques essentielles. La première est qu’elle offre des possibilités de planification basée sur des faits, accessibles librement à tout acteur du développement dans le pays. La nouvelle plateforme de données SIG, qui est en cours de création, associée au travail analytique du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire – IPC géoréférencé et de l’outil de Mesure et analyse de l’indice de résilience – RIMA fournira à toutes les parties prenantes des données prêtes à l’emploi, visant à soutenir des prises de décision informées et fondées sur des faits, et elle permettra un suivi géoréférencé (associer les coordonnées géospatiales aux ensembles de données, cartes, images, etc. contribue à mieux cibler les zones et permet un traçage des effets) de tous les projets d’investissements. Le deuxième aspect de l’initiative est son approche inclusive et collaborative de planification. Si le Yémen a une longue histoire de stratégies agricoles, dont le point culminant a été la Stratégie nationale pour le secteur agricole (NASS), aujourd’hui la gouvernance fragmentée et les besoins urgents du pays requièrent une plus grande cohésion et attention.

L’initiative Main dans la Main propose une vaste approche sectorielle, voire intersectorielle, et une vision partagée, et a pour ambition de renforcer les capacités locales et de catalyser l’intérêt et les investissements des partenaires externes vers l’ODD1 et l’ODD2. Cette approche aura également pour effet de renforcer le lien entre l’Humanitaire, le Développement et la Paix, car elle s’intéresse non seulement aux effets immédiats des crises alimentaires mais aussi à leurs causes profondes.

Quelle a été votre expérience et quelles sont les principales conclusions que la FAO au Yémen peut tirer de ce processus jusqu’ici?

Quelle a été votre expérience et quelles sont les principales conclusions que la FAO au Yémen peut tirer de ce processus jusqu’ici?

Le Yémen est un environnement complexe. Je suis heureux d’avoir la possibilité de travailler avec une équipe nationale solide et multidisciplinaire qui a construit des partenariats sûrs aves des interlocuteurs et des partenaires de développement nationaux. La majeure partie du travail de la FAO se focalise sur la réponse aux urgences et nous disposons d’une grande capacité d’approvisionnement, qui est très appréciée. Toutefois, comme nous sommes une organisation basée sur les connaissances, notre travail vise toujours à renforcer les capacités des exploitants agricoles, des acteurs des chaînes de valeur, du gouvernement et des partenaires.

Quelle est la prochaine étape?

Quelle est la prochaine étape?

La mise en œuvre des principaux projets de la FAO est une des priorités absolues, mais aussi un défi étant donné le contexte national. Avec l’aide du Centre des investissements et du Bureau régional de la FAO, nous envisageons dans les prochaines semaines de consolider l’équipe spéciale de l’initiative Main dans la Main et de mobiliser le PCT car nous travaillons actuellement à recueillir des données puis à les analyser afin de préparer la planification des politiques et des investissements, et à impliquer les parties prenantes dans la deuxième moitié de l’année.

Comment pensez-vous que l’approche Main dans la Main évoluera et se développera au Yémen sur le long terme?

Comment pensez-vous que l’approche Main dans la Main évoluera et se développera au Yémen sur le long terme?

L’initiative Main dans la Main est un processus qui prévoit en premier lieu d’élaborer un plan inclusif d’investissement pour le secteur agricole mais qui suppose aussi que l’on s’engage à dynamiser et à renforcer les capacités dans un pays en vue d’obtenir des résultats sur le long terme. La FAO doit être prête à accompagner le pays dans la mise en œuvre du plan d’investissements, en renforçant les capacités qui permettront de réaliser l’étape suivante de planification et de mise en œuvre. De notre point de vue, à moyen terme (1-2 ans), l’initiative Main dans la Main est l’occasion d’améliorer l’efficacité des aides, de renforcer les mécanismes de coordination, d’alignement et d’harmonisation, et de renforcer les capacités institutionnelles et individuelles pour progresser vers la réalisation de l’ODD1 et de l’ODD2. À long terme, Main dans la Main est un outil qui permettra de maximiser le financement du développement, de stimuler la mobilisation des ressources publiques (surtout chez les partenaires de développement) et des investissements privés, en fonction des lacunes et des potentialités existantes.

Avez-vous des recommandations à adresser aux autres pays membres de la FAO – surtout ceux dont le contexte est similaire – qui ont adopté ou envisagent d’adopter le modèle Main dans la Main?

Avez-vous des recommandations à adresser aux autres pays membres de la FAO – surtout ceux dont le contexte est similaire – qui ont adopté ou envisagent d’adopter le modèle Main dans la Main?

Il est sans doute trop tôt pour tirer des leçons précises des progrès que nous avons faits jusqu’ici dans le cadre de l’Initiative Main dans la Main. Toutefois ce défi ambitieux nous a rappelé l’importance de promouvoir un processus inclusif et collaboratif dirigé par le pays, auquel on ne peut répondre que si l’on s’appuie sur une analyse politique et économique qui identifie des partenaires clés et des partisans potentiels des politiques. Nous avons trouvé utile de donner le coup d’envoi de ce processus en fournissant une brève description – qui illustre les points d’entrée et les domaines d’intérêt commun, les objectifs et les règles – qui semble susciter l’intérêt de plusieurs partenaires et parties prenantes.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

Souhaitez-vous ajouter quelque chose?

Nous souhaitons continuer de développer l’initiative Main dans la Main dans le pays bien que nous sachions que, dans le contexte du Yémen, cela représente un objectif particulièrement ambitieux. Les énormes besoins dont le pays souffre (deux personnes sur trois sont en situation d’insécurité alimentaire grave, une sur quatre en situation de malnutrition, et une sur dix est une personne déplacée à l’intérieur du pays), ses crises prolongées, sa grande vulnérabilité face au changement climatique et les nouvelles incertitudes liées au COVID-19 sont à la fois une raison pour mettre en œuvre l’initiative Main dans la Main dans le pays et des facteurs qui pourraient entraver la réalisation des nobles objectifs de l’initiative. Le niveau de réussite de l’initiative Main dans la Main dépendra en grande partie de la relative stabilité du pays mais nous continuerons malgré tout à nous battre pour qu’elle aille aussi loin que possible.

Partagez