FAO.org

Accueil > En action > Revigorer le secteur des pêches aux Philippines par des pratiques de pêche durable

Revigorer le secteur des pêches aux Philippines par des pratiques de pêche durable

La FAO aide les communautés côtières à se relever et à se doter de moyens d’existence robustes.

Points clés

Lorsque le typhon Haiyan a frappé les Philippines en 2013, 73 pour cent des communautés côtières ont été durement touchées, et les deux-tiers à peu près des petits pêcheurs ont perdu leurs moyens de production - bateaux, matériel de pêche et équipement de gestion des captures. Les secteurs de l’aquaculture et de la mariculture ont également subi des dégâts importants, alors qu’ils représentent plus de la moitié de la production totale des pêches du pays. Les pertes de revenus causées par le typhon ont eu des conséquences de grande ampleur sur la qualité de vie globale des pêcheurs philippins, en particulier pour les femmes qui ont un rôle important dans le traitement des captures. En revigorant le secteur des pêches, on a eu l’occasion d’introduire de meilleures pratiques et d’aider les petites entreprises de commerce et de transformation du secteur à donner plus de valeur ajoutée à leur production. Ouvrant la voie à un développement plus durable, la FAO a travaillé en étroite coordination avec le Bureau des pêches et des ressources aquatiques et les autorités locales pour rétablir les moyens d’existence liés à la pêche de près de 18 000 ménages de pêcheurs dans les Visayas orientales, les Visayas occidentales et le nord de Palawan. Les Philippines étant exposées à un risque élevé de catastrophes naturelles récurrentes, la FAO a assuré une formation à la sûreté en mer et une assistance technique aux communautés côtières, définissant également des plans d’amélioration de la gestion des pêches, afin d’aider à implanter des pratiques de pêche plus viables.

Le programme a permis de former les constructeurs de bateaux à la construction et à l’entretien d’un nouveau type de bateau hybride en bois et fibre de verre, qui offre aux pêcheurs une option plus écologiquement durable et économique. À la formation s’est ajoutée la distribution de différents intrants tels que moteurs de bateau et matériel de pêche.

En outre, en leur fournissant des ensembles de traitement des captures et en assurant la formation correspondante, on a permis aux pisciculteurs, en particulier aux femmes, de consolider la production au niveau des ménages et d’aborder des marchés plus importants. Le projet a incité les organisations féminines à explorer d’autres pratiques d’ajout de valeur en recourant à des technologies de séchage novatrices, et à réduire les pertes de poisson, accroissant ainsi les revenus de leur ménage.

Le nouveau bateau hybride et la formation dispensée aux constructeurs de bateaux
« De mes 39 années de vie, je n’avais jamais vu de typhon de ce genre » - rappelait Domingo Olediana, menuisier de l’île de Culion.

« La nuit de Yolanda, nous avons dit à tous les gens de quitter leur maison et d’aller à l’école ou à l’église, qui étaient les centres d’évacuation prévus pour notre barangay [canton]. Et le soir, le typhon Yolanda est arrivé. Il a causé des dégâts terribles à notre village et à tous nos bateaux ».

Le typhon Haiyan a endommagé ou détruit quelque 30 000 bateaux de pêche, et touché les communautés côtières des régions IV-B, VI et VIII. L’ampleur des besoins de bois dur à prévoir pour remplacer ou réparer les bateaux de pêche endommagés était donc très préoccupante.

La FAO, avec le Bureau des pêches et des ressources aquatiques, a étudié plusieurs plans de bateaux adoptables, pour créer un bateau écologiquement viable qui serait également possible de construire sur place. On a abouti à la création d’un bateau hybride, qui garde la plupart des éléments des bateaux de bois traditionnels, mais on a remplacé le bois dur traditionnel de la quille par la fibre de verre.

Pour rendre le modèle plus facilement acceptable dans les communautés, la FAO a formé les constructeurs de bateaux et les menuisiers des trois régions touchées à construire et entretenir la quille en fibre de verre. La formation a été assurée dans les centres de formation régionaux du Bureau des pêches et des ressources aquatiques, et appuyée par des consultants locaux en construction de bateaux engagés par la FAO. Elle comprenait des manuels donnant des illustrations détaillées sur la construction du bateau hybride, et des séances de groupe ont été consacrées à la préparation de la fibre de verre et aux consignes de sécurité.

Ce programme a permis à la FAO de former 900 constructeurs de bateau et menuisiers, capables désormais, une fois rentrés dans leur communauté, de transmettre leurs savoirs à d’autres menuisiers et constructeurs. La formation de formateurs devrait permettre de transmettre les savoirs sur la construction et l’entretien à 3 000 constructeurs et menuisiers.

Quand des menuisiers comme Domingo Olediana auront été formés à la construction du bateau hybride, ce sera une source d’avantages à long terme pour leur communauté. « J’ai quelque chose à enseigner à mes frères et à mes voisins, et ils sauront ainsi, eux aussi, comment fabriquer la banca (le bateau) hybride sans utiliser de bois dur », a-t-il dit. « Une telle banca peut être transmise de génération en génération, car elle dure trois fois plus longtemps que la banca traditionnelle ».

Une façon novatrice d’aborder les activités de conservation et de transformation du poisson capturé
Le même programme a permis de faire participer 7 200 ménages à des activités de conservation et de transformation des captures. Des ensembles de matériaux sur la question ont été fournis avec une formation pour que les pisciculteurs puissent consolider la production au niveau des ménages et aborder des marchés plus importants. On a pu diriger le programme vers des zones cibles qui n’avaient pas été couvertes précédemment, grâce à quoi les pêcheurs des zones reculées ont pu accéder à des moyens culturellement acceptables, simples et pratiques d’améliorer leurs revenus.

La famille de Loida Lagan est l’un des milliers de ménages dont le typhon a détruit le logement et les moyens d’existence. Comme elle l’avait prédit, il était devenu encore plus difficile de s’en sortir après le passage de Haiyan. « Nous avons eu du mal à surmonter la situation, le typhon avait détruit nos installations de séchage, nos hommes ne pouvaient pas pêcher parce que leurs bateaux étaient abimés, et quand ils le pouvaient, les prises étaient bien maigres. Je ne pouvais plus sécher ni encornets ni poisson, car il n’y avait plus rien à sécher. Nous n’avions guère de sécurité, car nous n’avions aucun revenu ».

Avant le typhon Haiyan, les femmes comme Loida, qui traitaient les captures, troquaient avec les cultivateurs, à la saison des moissons, leur poisson séché contre du riz. C’était pratique courante dans les régions où les routes entre exploitations et marchés n’étaient pas bonnes. Les interventions de la FAO après le typhon ont encouragé les organisations féminines à envisager d’autres pratiques d’ajout de valeur utilisant des techniques de séchage novatrices, réduisant les pertes de poisson et améliorant ainsi les revenus des familles.

Grâce à ce soutien, les sources de revenus de Loida ont été rétablies. « Nous avons appris à sécher le poisson et les encornets par des méthodes plus efficaces, en réduisant la détérioration au minimum et en les nettoyant convenablement. Nous avons appris aussi combien il fallait de sel pour que les produits ne se détériorent pas, et comment fabriquer des produits nouveaux, comme le tocino  de poisson », a-t-elle ajouté. « Nous sommes maintenant optimistes, car nous pouvons obtenir de meilleurs revenus. Nous avons appris à ne pas trop dépendre de nos époux, nous savons que les femmes peuvent faire leur part, et nous avons plus d’assurance pour cela. »

Partagez