Jeannette Elysée Ravololonandrianina1 et Gaston J. Alexandre Rabeatoandro2
Depuis des temps immémoriaux, les paysans étaient conscients des problèmes posés par la conservation des produits alimentaires. La non acquisition des connaissances techniques approfondies ne les a pas empêchés de trouver diverses méthodes adéquates pour la conservation de leurs produits.
Aussi, plusieurs types d’installations et de récipients de stockage ont été inventés dont la spécificité dépend de plusieurs facteurs, entre autres, les conditions climatiques, les matériaux disponibles sur place, la quantité et la qualité des récoltes à stocker.
En Afrique et à Madagascar, on distingue deux grandes catégories de structure d’entreposage :
le système de stockage fermé, exemple : banco, " lavabary " ;
le système de stockage ouvert, exemple : crib, " lotsatsa ".
A Madagascar, les différentes sortes d’installations et de récipients traditionnels observés dans les six régions sont présentées tandis que, pour l’Afrique, quatre pays, à savoir Togo, Niger, Bénin et Mali, sont pris comme exemples type, vu le nombre limité des ouvrages que nous avons pu consulter.
Summary Traditional storage rooms and containers in Africa and Madagascar
From time immemorial, farmers have been aware of the problems posed by the preservation of foodstuffs. The lack of in-depth technical knowledge has not prevented them from making use of various suitable methods for storing their produce.
Several types of storage facilities and containers have been devised the specificity of which would depend on various factors, including climatic conditions, locally available materials and the quantity and quality of crops to be stored.
There are two major categories of storing structure in Africa and Madagascar, i.e.
Closed storage system, e.g. banco – "lavabary"
Open storage system, e.g. crib – "lotsatsa".
The different kinds of traditional facilities and containers as seen in the six provinces of Madagascar are hereby depicted while for Africa, four countries, i.e. Togo, Niger, Benin and Mali are given as standard examples in view of the limited literature that we could refer to.
Un des problèmes qui préoccupent le monde rural et les agriculteurs en particulier est la conservation des produits agricoles résultant de plusieurs mois de labeur.
Après la récolte, les paysans amènent une partie de leur production au marché pour satisfaire certains besoins pécuniaires. Mais la plus grande partie de leur récolte est conservée pour assurer l’alimentation de la famille pendant une durée assez longue, du moins durant la prochaine période de soudure ("Mitsinjo vody andro ho merika"), comme disent les malgaches.
Le riz, le maïs, le niébé, le haricot, le sorgho, le mil, pour ne citer que cela, sont les produits les plus importants que les paysans, aussi bien africains que malgaches, conservent pendant plusieurs mois dans des récipients et édifices de différentes formes, construits avec des matériaux locaux et adaptés selon les conditions climatiques de chaque région.
Sans avoir acquis des connaissances techniques approfondies, les agriculteurs africains et malgaches se basaient sur leurs expériences et se transmettaient de père en fils les moyens de stockage découverts par leurs aïeux, tout en sachant que telle ou telle récolte céréalière ne peut se conserver qu’à l’état sec, tandis que les plantes tropicales, par exemple, le manioc, l’igname, sont sans exception des produits facilement périssables.
Aussi, différents systèmes d’entreposage sont-ils rencontrés dans le monde rural, africain et malgache, et qu’on peut classer en deux catégories bien distinctes, avec des exemples à l’appui :
Le Banco est construit avec des pierres de latérite enduites d’argile, ou de l’argile ou terre battue mélangée avec de la paille hachée. Ce système est le plus répandu surtout dans les zones arides africaines.
Le " Lavabary " est un grenier souterrain rencontré sur tous les plateaux malgaches.
Les greniers Cribs sont rencontrés dans les zones climatiques chaudes et humides en Afrique, car leur construction est adaptée à la forte humidité de l’air : la libre circulation de l’air procure au stockage une bonne condition de séchage. Les céréales stockées sont en général non battues, et le stock y reste entre 6 et 12 mois.
Les Meules sont remarquées dans les grandes zones rizicoles comme l’Alaotra, Moramanga et l’Ankaizina. La récolte n’est pas encore battue. Les meules installées dans les rizières asséchées y séjournent 50 à 90 jours.
Les différents types de locaux et récipients de stockage en Afrique et à Madagascar seront présentés d’une manière plus ou moins détaillée. Mais, auparavant, il est à souligner que, vu le nombre d’ouvrages assez limité que nous avons pu dépouiller sur l’Afrique, nous avons pris, comme exemples type, quatre pays qui sont le Togo, le Niger, le Mali et le Bénin.
En Afrique
C’est un des systèmes les plus répandus dans les zones arides africaines. Plusieurs formes sont rencontrées allant des petits récipients en forme d’urne aux grands silos de type Banco, en passant par les fûts métalliques, les récipients en bois et les aménagements souterrains.
La petite jarre est en terre cuite avec de l’argile, servant à la conservation de semences de céréales ou de légumineuses et quelquefois à stocker la réserve de consommation familiale. On la rencontre presque partout en Afrique.
Avantages:
il y a possibilité de fermer hermétiquement;
pour la protection contre les insectes, sa porosité facilite l’échange de l’air à travers les parois.
Inconvénients:
elle exige une couche intérieure et extérieure de coaltar, comme au Bénin ou au Mali, ou de la bouse de vache, comme à Madagascar;
elle est trop fragile.
La calebasse est une cucurbitacée séchée et vidée pour conserver les semences de légumineuses. Elle est généralement placée près du foyer ou suspendue dans un coin de la cuisine et est utilisée presque partout en Afrique
Avantage:
il y a possibilité de fermer hermétiquement par un morceau de bois ou par un épi de maïs enduit de bouse de vache.
Inconvénient:
elle est de petite quantité et fragile.
Le pot en terre cuite a les mêmes caractéristiques que la petite jarre, mais son ouverture est assez grande. Il est utilisé sans couvercle pour le stockage de courte durée. Et dans le cas de conservation à long terme, il en est pourvu.
Le récipient en bois façonné est utile surtout pour la conservation à très peu de temps de la réserve familiale. Il est rencontré également un peu partout.
Avantage:
il est facilement déplaçable.
Inconvénient:
il peut être le foyer des parasites.
Le bidon métallique oufût sert pour le stockage des semences et de la nourriture de la famille.
Avantages:
il est hermétique, durable;
il entraîne un manque d’oxygène pour le développement des parasites et une augmentation de la teneur en CO2.
Inconvénient:
il est très délicat surtout dans les zones chaudes et humides par la menace de la formation d’eau de condensation quand les denrées ne sont pas bien sèches.
Le silo-fosse est un trou creusé dans le sol visible surtout au Togo pour la conservation des ignames. De forme cubique, l’ouverture est aussi grande que le fond.
Avantage:
les ignames sont bien à l’abri du coup de soleil.
Inconvénient:
l’attaque des rats et la formation des champignons sont très menaçantes.
Le Kpéou est une construction en argile et terre battue de moyenne taille avec trois supports également en terre battue, reposant sur de grosses pierres. La toiture est conique et pointue faite en chaume, et il est rencontré au Togo. Le Kpéou sert à la conservation des cossettes de manioc.
Avantage:
la température est modérée;
sa toiture le met à l’abri de la pluie et du soleil, et les grosses pierres lui servant de support le protège de l’érosion.
Inconvénient:
il ne peut contenir que jusqu’à 500 kg de produit.
Le banco est une construction de grande capacité en terre battue avec un gros pourcentage d’argile, souvent mélangée avec de la paille hachée ou édifiée avec des pierres enduites d’argile. Ces greniers sont érigés sur de grosses pierres qui les protègent de l’humidité remontant du sol et qui leur servent de socle. Les bancos sont utilisés par les agriculteurs de grande envergure. Ils sont recouverts par une toiture de paille, et les céréales y sont stockées après battage.
Avantages:
l’argile est dotée d’une propriété isolante;
il est excellent pour la conservation des céréales grâce au taux d’humidité réduit de la marchandise lors de l’emmagasinage;
les problèmes d’humidité et de condensation sont pratiquement inexistants; l’argile ‘respire’;
il est excellent pour le stockage de niébé, du karité, de l’arachide en coque ou des autres produits oléagineux (cas du Bénin);
il peut contenir jusqu’à 5 t de produits.
Inconvénients:
il n’est pas tellement utilisé au Bénin pour la conservation du maïs et du sorgho à cause de sa porosité ;
son nettoyage est difficile sauf après le vide total du grenier.
La fosse souterraine est un grand trou aménagé dans le sol avec une ouverture ne pouvant laisser passage qu’à une seule personne. Ce type de stockage est présenté comme une méthode d’avenir pour la conservation des céréales dans certains pays d’Afrique à très faibles précipitations annuelles, étant donné que l’humidité peut facilement gagner la denrée à travers les parois de terre ou par la nappe phréatique dans les régions humides.
Avantages:
elle est peu visible de l’extérieur (au temps de guerre à Madagascar);
la denrée demeure au frais presque entièrement à l’abri de l’air et de toute variation de température ;
c’est une solution de rechange tout à fait appropriée par rapport aux autres systèmes fermés, rencontrés au niveau des petits paysans dans la mesure où l’on peut empêcher l’eau d’y pénétrer;
il y a diminution de l’oxygène et augmentation du CO2;
les rats ne peuvent pas y accéder.
Inconvénients:
son nettoyage est difficile;
elle ne peut pas être utilisée dans les régions tropicales humides;
il n’existe aucune hygiène: l’agriculteur lui-même peut être le vecteur des parasites ou des champignons;
il demande trop de travail et n’est pas trop pratique;
le taux d’humidité des denrées est élevé, donc il y a de risque mycotoxines.
Figure 9. "Lavabary" ou fosse souterraine
Ces différents types de greniers présentent encore d’autres avantages et inconvénients:
Avantages:
La protection en général est efficace contre l’intrusion des ravageurs.
Il y a formation d’un micro-climat frais et sec, particulièrement pour les constructions en argile.
Le manque d’oxygène dans les conteneurs métalliques entraîne la mort des ravageurs éventuels pour le stockage prolongé, tandis que l’oxygène résiduel est suffisant pour assurer le pouvoir germinatif des semences.
Inconvénients:
Les conteneurs métalliques présentent un danger de condensation en pays chauds et humides sans ombrage. Donc, il faut absolument mettre de l’ombrage.
Il y a formation de lézardes après le passage des pluies pour les constructions en argile, d’où la réparation régulière ou carrément édification de nouvelles installations. Notons au passage que les lézardes sont des refuges par excellence pour les insectes. Mais tout dépend de la toiture: si elle est large et bien construite, le grenier en argile peut durer jusqu’à 30 ans, d’après des témoins au Togo. Et elle doit être refaite régulièrement.
Dans tout le continent, ce système de conservation est plus utilisé et plus facile à réaliser. Les matériaux sont trouvés sur place ne demandant pas trop de dépenses supplémentaires. On les trouve surtout dans les zones climatiques chaudes et humides, car leur construction est adaptée à la forte humidité de l’air qui exige une libre circulation à travers le stock. Celui-ci reste entre 6 et 12 mois, et la récolte n’est pas encore battue.
Le crib est une sorte de grenier de forme rectangulaire et de dimension variable, ouvert de tous les côtés, avec une plate-forme montée sur des pilotis. Les épis sont entourés de grillage ou d’une paroi réalisée avec des végétaux, et couverts par un toit de paille ou de chaume.
Dans les endroits humides avec peu de vent, on construit des cribs très étroits, à 1 m de largeur, afin que le maïs soit bien ventilé.
L’Ebliwa se rencontre au Sud-Ouest du Bénin et au Togo. C’est une sorte de crib sans paroi murale. Les épis de maïs sont empilés avec soin sur une plate-forme, et les couches sont maintenues rigides par des lianes. Le tout est recouvert par un toit de paille qui les protège de la pluie.
Ago - zinho - ava sont des corbeilles situées à 80 cm du sol sur un bloc de pierre et maintenues par des piquets de bois. Elles sont construites avec des feuilles de palmiers tressées avec des lianes ou avec des lattes de bambous selon les régions. Un toit de paille recouvre l’ensemble des stocks. Ce type de grenier se rencontre surtout au Togo.
Le katchalla est constitué de bois et de paille. Ce grenier à forme ovoïde est stabilisé dans sa position par des piquets de bois. L’ouverture fermée par un toit de paille se trouve au sommet. Le katchalla sert à la conservation des cossettes de manioc au Togo (26 % de la production).
Le tonneau est construit sur une plate-forme basse, comparée à un tonneau de grande capacité, d’où son nom. Il comprend un cadre de bois tendu par des nattes tressées. Ouvert à sa partie supérieure, il est fermé par un toit conique en chaume ou en paille d’Imperata cylindrica. Souvent, il mesure plus de 2 m de haut et peut contenir jusqu’à 3 t de denrées.
Le perroquet ou Jeba est un piquet de bois avec une branche en forme de Y sur laquelle sont suspendus les épis de maïs reliés par des spathes ou les panicules de sorgho pour une durée indéterminée. Ce type de stockage est particulièrement rencontré au Sud de Madagascar.Figure 15. "Jeba" ou Perroquet
L’échafaudage ou la perche est constitué de plusieurs piquets de bois reliés par des traverses sur lesquelles sont placés les épis de maïs ou de millet.
L’arbre vivant ou mort est une sorte de perroquets situés près des champs pour les céréales ou les ignames liés en tresse.
La charpente des cases sur laquelle les maïs ou les sorgho sont accrochés en attendant la cuisson ou la prochaine campagne.
Le toit des maisons sur lequel les maïs despathés ou les sorgho sont placés, donnant à la case un aspect coloré.
Le sol des cases dans lequel les panicules sont stockées sans soin particulier.
Le sol rocailleux dans lequel les maïs non despathés sont stockés pendant l’Harmattan en Afrique subsaharienne, pour être protégés contre les termites. Il est surtout pratiqué en République Populaire du Bénin.
Comme dans le chapitre du stockage fermé, ces installations du type ouvert ont également leurs avantages et leurs inconvénients :
Avantages:
Sa construction est facile.
Il y a libre circulation de l’air qui a pour effet d’enrayer le développement des champignons.
Le stockage et le séchage des épis de maïs peuvent se faire en toute sécurité même en présence des conditions météorologiques extrêmement chaudes et humides pour les installations dotées de toiture.
Inconvénients:
Les ravageurs (oiseaux, rongeurs, insectes) peuvent y accéder librement.
Le nettoyage des corbeilles ou des paniers est difficile, ce qui quelquefois oblige le paysan à confectionner de nouveaux récipients pour la prochaine récolte.
Les bancos ou installations similaires résistent mal à la pluie, si bien que des lézardes se forment sur les parois en saison sèche. De plus, des infiltrations d’eau sont constatées au moment des averses même si la toiture est bien faite. Les parois doivent être enduites d’une couche d’argile des termitières aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. La toiture en paille doit être épaisse et dépasser de plusieurs décimètres les parois des murs afin d’éviter l’écoulement des eaux de pluie.
Le Mali, par l’intermédiaire de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT), a amélioré les bancos même si c’est construit avec le système traditionnel. Ces bancos sont appelés greniers améliorés.
Des ouvertures y sont pratiquées pour faciliter les techniques de protection, et une chambre d’air est respectée au-dessus des denrées pour éviter tout risque d’éclatement de l’édifice. Ces greniers sont hermétiques et permettent d’effectuer des traitements par fumigation (Goita, 1992).
Ces améliorations n’étaient pas adoptées par les paysans. Dans le milieu rural, il n’y a pas de fumigants (manque de produits, danger pour les paysans).
Les fosses souterraines, qui sont présentées comme une méthode d’avenir pour la conservation des céréales, peuvent facilement être humidifiées par l’infiltration d’eau de pluie ou de la nappe phréatique (Fig. 9). Un dôme de dimension plus grande que celle de la base de la fosse doit être aménagée au-dessus de l’ouverture pour faciliter l’écoulement des eaux. Les parois et la base doivent être couvertes d’une couche d’argile des termitières pour étancher le grenier.
Le Togo a érigé les cribs sur une surface bien débroussaillée. Ils sont bien orientés selon le sens du vent et dotés de système anti-rat
Les paysans malgaches ont conçu quatre méthodes principales et distinctes pour conserver les produits de récolte.
La première consiste à aménager dans la maison d’habitation même un emplacement réservé au stockage des denrées soit en vrac, soit conservées dans des soubiques, des sacs en jute ou en plastique ou dans des nattes enroulées et cousues aux deux extrémités.
Sur les Hauts-Plateaux et dans la région du Nord-Ouest, habituellement la maison d’habitation se trouve à l’étage, et l’emplacement des denrées au rez-de-chaussée avec une seule ouverture à partir du plancher de l’étage supérieur. Quelquefois, un escalier en terre généralement en deux volées, recouvertes de dalles de pierre, permet d’accéder à l’étage et cache sous le palier intermédiaire le silo à riz construit au-dessus du poulailler. Et, dans certains cas, le grenier est aménagé sous l’échelle ou l’escalier dans la pièce d’entrée de la maison au rez-de-chaussée.
La deuxième méthode adopte le système des greniers souterrains, fosse de 2,5 m de diamètre à la base et près de 2 à 2,5 m de profondeur, creusée au rez-de-chaussée ou à proximité de la maison.
La troisième méthode a trait à la construction des cases avec les matériaux locaux et spécialement conçues pour le stockage des produits agricoles. Ces cases peuvent être montées sur pilotis ou non. Dans ce dernier cas, le plancher est élevé à un niveau de 20 à 30 cm du sol, ce qui n’est pas suffisant pour empêcher l’accès des rats dans la case. Sur la côte Est, le plancher est à une hauteur de 1 m ou plus.
La quatrième méthode consiste en la conservation des grains dans des récipients de natures et de formes diverses.
C’est une case montée sur pilotis de 2 à 5 m de hauteur, fabriquée exclusivement avec des matériaux locaux. Ce type de grenier est observé un peu partout dans l’Ile, et la dénomination varie suivant les régions.
Dans le nord
Sur toute la côte Est allant de Maroantsetra à Taolagnaro,
Sur la côte Ouest,
Les Rihambary sont parfois compartimentés en deux : le premier pour les semences et le second pour le stock d’autosubsistance familiale.
Les quatre pilotis munis chacun de garnitures métalliques, des cercles de bois ou des lianes fines aux épines acérées, qui empêchent les rongeurs d’accéder aux grains, servent de piliers d’angles.
Plan d’un village de la côte Est - Remarquer l’emplacement des greniers sur pilotis.(d’après J-L. Acquier / H. Ranaivo, "Architectures de Madagascar")
Sur les Hauts-Plateaux,
Paddy, haricot, maïs, arachide, vouandzou et manioc sec sont les principaux produits stockés dans ce premier type de grenier.
Après battage, le riz est séché puis conservé en paddy, rarement décortiqué.
Le haricot et le voandzou se conservent décortiqués.
Le maïs grain se conserve en vrac ou dans des soubiques et des sacs, mais il peut également être dénudé ou en spathes. Ces derniers sont attachés l’un à l’autre et sont suspendus par des liens d’écorce tressée aux toits des greniers ou aux toits de la maison d’habitation où un feu permanent entretient une douce chaleur et couvre tout d’une épaisse couche de suie.
L’arachide se conserve souvent en coques. Le stockage se fait en vrac ou dans des soubiques ou dans des sacs en jute.
Le manioc et la patate sont séchés avant d’être ensachés ou mis dans des soubiques.
Il s’agit de construction de taille plus grande que les greniers sur pilotis. Le plancher, surélevé de 20 à 30 cm du sol, est en bois ou en roseaux. Les murs sont en briques ou en bambous enduits de terre battue. Les toits sont en bozaka ou en satrana ou en chaume suivant les régions.
Ce type de grenier peut avoir une ou deux ouvertures à deux niveaux différents. L’accès à l’intérieur se fait également par des escaliers amovibles.
Figure 22. "Tranombary" en coupe
Riz, maïs, arachide et manioc sont conservés principalement dans les Tranombary.
Après battage et séchage, le riz, le plus souvent en paddy, est quelquefois décortiqué et mis en sachet ou dans des soubiques. La conservation se fait en vrac dans les Tranombary.
Le maïs grain est séché ou parfois étuvé, puis égrené avant d’être stocké, tandis que le maïs pour semences est suspendu aux toits des Tranombary.
Le manioc sec, découpé ou non, est stocké en vrac ou bien ensaché et placé également dans un coin du grenier.
Ce type de grenier est visible dans presque tous les villages merina et betsileo. C’est une fosse de 2 à 2,5 m de profondeur à l’intérieur même de la maison ou bien à l’extérieur. Le diamètre à la base est de l’ordre de 2,5 m. L’ouverture circulaire a un diamètre pouvant laisser passer une personne (voir Figure 9).
Après remplissage, on ferme l’ouverture avec une plaque de pierre. Des herbes sèches ou de la paille servent de joint d’étanchéité. Le contour de la pierre est scellé avec de la bouse de vache. Puis, on couvre le tout de terre en dôme. Comme son nom l’indique, le paddy est le seul produit conservé dans les lavabary.
Actuellement, on utilise de moins en moins ces greniers souterrains, et le paddy est stocké à l’intérieur de la maison, en général sous l’escalier.
Des récipients de stockage de formes et de tailles très variées sont utilisées ou confectionnées par les paysans suivant leur conception et suivant les régions. Sept types de récipients sont les plus utilisés:
Dans la région de l’Alaotra
Dans la région de Mahajanga
Dans la région du Betsileo,
Dans la région du Toliara,
Le riz, le maïs, le manioc, découpé ou non, et tous les grains secs sont les principaux produits conservés dans les nattes cousues.
Ce sont des installations observées particulièrement dans les régions d’Ambatondrazaka, de Moramanga-Amboasary et dans les plaines de l’Ankaizina.
Dans le pays Sihanaka, les meules sont cylindriques. Et chez les Bezanozano (Moramanga-Amboasary), elles sont parallélépipédiques.
Un matelas de paille sèche, épais et d’une superficie plus grande que la base de la meule à édifier évite le contact direct des graines avec le sol.
Les bottes sont placées les unes sur les autres, les épis à l’intérieur. La meule cylindrique se termine en cône pour faciliter l’écoulement des eaux de pluie.
A travers la description des différentes méthodes de stockage traditionnelles à Madagascar, nous avons pu constater que les paysans malgaches arrivent à conserver tant bien que mal leurs produits en ayant recours à des procédés très simples et en utilisant les matériaux qu’ils trouvent sur place. Cependant, il faut avouer qu’il y a quand même quelques imperfections, lesquelles demandent une certaine amélioration de la part des paysans même.
Voici quelques observations sur les différents types d’installation:
Concernant le grenier du type Tranombary, le plancher qui se trouve à 20 ou 30 cm du sol n’est pas assez élevé pour permettre une bonne circulation d’air et pour une bonne protection contre les rats. Aussi, faudrait-il élever un peu plus haut le plancher, à 1 m ou plus, au lieu de 20 à 30 cm du sol.
L’unique ouverture de l’édifice n’est pas suffisante pour provoquer des courants d’air, capables d’évacuer l’excès d’humidité dans le local.
Ce type de grenier, du fait de sa structure même, est sujet à des dégâts importants des rats. Et même si les paysans mettent des systèmes anti-rongeurs sur les quatre coins de la maison, les rats parviennent toujours à s’introduire en creusant des galeries sous les murs.
Concernant les récipients de stockage, comme le Lotsatsa, le Volovary et même le Tsihibe, ils sont quelquefois déposés à même le sol. Les paysans ont intérêt à surélever leur emplacement, c’est à dire sur caillebotis, pour éviter les risques d’humidification.
Concernant le grenier monté sur pilotis, la mise en place d’un système anti-rongeur est toujours nécessaire pour éviter les risques de dégâts important des rats.
Comme mentionné dans le cas du grenier Tranombary, l’unique ouverture favorise le manque d’aération qui permet le maintien, voire l’augmentation de l’humidité dans le grenier.
L’aménagement d’un poulailler ou d’une porcherie au-dessous du Tranoavo facilite l’accès des rongeurs dans le grenier. De plus, le dégagement d’une mauvaise odeur ainsi que l’humidité engendrée par cet élevage nuisent beaucoup à la conservation des grains.
Concernant la meule, ce sont les dégâts occasionnés par les rongeurs qui sont les plus à craindre. En fait, les meules restées dans les rizières deviennent la proie des rats et leur servent en même temps de refuges. Pour remédier à la situation, il y a lieu de placer au pied des meules des appâts empoisonnés ou des tapettes.
Concernant le grenier souterrain, dans les Lavabary, le stock de riz se trouve à l’abri des déprédateurs. Par contre, il est souvent sujet à l’action des micro-organismes qui provoquent de la pourriture et le phénomène de la prise en masse.
Les systèmes de conservation traditionnels des denrées en Afrique et à Madagascar présentent beaucoup de similarités. Des échanges de méthodes sont envisageables pour les deux pays. Elles devront être renforcées par l’apport des techniques modernes pour améliorer de façon uniforme les types de greniers aussi bien ouverts que fermés.
Figure 29. Meule type Sihanaka
Figure 30. Meule type Bezanozano
L’exemple du Mali, pour les bancos, ou du Togo, pour les cribs, demande une vulgarisation stricte de la part des techniciens pour tout le continent africain, même dans les zones tropicales, et pourquoi pas à Madagascar.
Tout cela requiert du personnel qualifié pour mener à bien la sensibilisation, la formation des groupements de paysans, l’application des techniques modernes en matière de protection des denrées.
Il va sans dire que de telles actions ne pourraient être réalisées à bon escient tant qu’il n’y ait pas de collaboration étroite entre les différents partenaires, à savoir les différentes directions du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MADR), les opérateurs économiques, les Organisations Non gouvernementales (ONG), la Recherche, sans oublier les paysans qui sont les premiers concernés. L’objectif principal est "non seulement de pouvoir produire, mais également de savoir conserver."
Acquier, J.-L., Ranaivo, H. 1992. Architectures de Madagascar; 185 p. Ed. Berger-Levrault Arthaud, Nancy, France.
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Raniriharinosy, D., 1974. Le stockage des récoltes chez les paysans à Madagascar.
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1Service de la Surveillance Phytosanitaire du Territoire National (SSPTN)
2Section denrées stockées au SSPTN