Mamitiana Juscelyno Jaonina*
Les différents types de greniers à riz varient d’une région ethnique à l’autre. Ainsi, cet exposé donnera des informations sur:
les types de grenier à riz des régions d’Ambatondrazaka, de Moramanga, d’Amboasary et le littoral Est dans le passé (Tsihimbaryranoambo, ranombary, etc.);
l’évolution de ces greniers en fonction du changement de mode de production agricole (de l’économie de subsistance à l’économie de marché);
les nouvelles contraintes des paysans (vol, transport, capacité de stockage, etc.)
les possibilités d’amélioration.
The different types of rice granaries vary from one ethnic area to another. Information will be given in this paper about:
types of rice granaries in the areas of Ambatondrazaka, Moramanga, Amboasary and the East Coast, in the past (sihimbary Tranoambo, Tranombary etc.);
the development of granaries according to the changes in agricultural production methods (from subsistence economy to market oriented economy);
new constraints for farmers (theft, transport, storage, capacity, etc.);
possibilities for improvement.
Les greniers à riz sur la côte Est diversifient d’une région à l’autre suivant la région ethnique et le mode de production agricole. Autrefois, la grande famille avait joué un grand rôle dans la production agricole. Par exemple, la répartition des tâches est en fonction de l’âge, d’où le proverbe malgache: Manana zandry afaka olana entana, manana zoky afaka olan-teny(traduction libre qui ont des cadets n’ont pas de problèmes pour porter les bagages et ceux qui ont des aînés (adultes) n’ont pas de problèmes pour faire le discours).
Actuellement, cette grande famille disparaît petit à petit à cause de l’évolution de la structure sociale, du changement de mode de production et surtout du changement de l’économie de subsistance en économie de marché.
Successivement, les types de greniers à riz dans le passé, ceux qui existent actuellement suivant les régions et quelques possibilités d’amélioration seront donnés ci-dessous.
Dans le passé, dans la région d’Ambatondrazaka, le grenier à riz commençait après la mise en meule. Celle-ci avait pour but de diminuer le taux d’humidité et de regrouper la récolte. Suivant les cas, les meules étaient cylindriques pour la région d’Ambatondrazaka, parallélipédiques pour les régions de Moramanga et d’Amboasary.
Il existe trois types de greniers à riz dans ces régions, appelés Tranombary, sihimbaryuot; et Lavabary où les paysans stockent leur paddy déjà séparé de l’épi (battu).
Tranombary est une case en briques crues de 2 à 4 m de long et 1 à 2 m de large. Le plancher en roseaux est maintenu à 20 à 30 cm du sol. Le toit est en chaume (herbes séchées).
Tsihimbaryquot; constitue de larges nattes enroulées et cousues aux deux extrémités. Le fond rond est également en nattes. L’ensemble a une forme cylindrique creuse. Quelquefois, le Tsihimbary est fabriqué avec du zozoroquot; (Cyperus madagascariensis). Les parois et le son sont alors enduits d’une mince couche de bouse de vache mélangée avec de la boue pour l’étanchéité. En général, le sihimbaryest installé dans une partie de la pièce d’habitation ou dans le Tranombary.
Lavabaryest un grenier de paddy qui se trouve dans le sol. Un trou, d’une capacité de 3 à 6 m3 de volume et de dimension de 1 m x 1 m x 2 m ou 1 m x 2 m x 2 m suivant la texture et la structure du sol, y est creusé. Avant de faire le stockage, on procède à la fumigation du grenier avec de la chaume durant un quart d’heure. Les parois sont tapissées avec de la bouse de vache. Une ouverture supérieure est nécessaire pour le remplissage et le déstockage du paddy. Le stockage se fait en vrac. Ce type de grenier vient de la Haute-Terre, et très peu de paysans en possèdent. Par ailleurs, ce système a quelques avantages contre l’incendie, le vol et contre les attaques des rongeurs. On installe le grenier souvent dans la cour de la maison d’habitation.
Pour la région littorale Est, le grenier est d’une construction rapide avec des matériaux de la région. On les appelle Tohitra (ce qui veut dire grenier, stock, ruches pour les abeilles) ou Tranoambo. C’est une case montée sur pilotis (d’où le nom Tranoambo) de 2 à 3 m de hauteur, protégée par des cercles de bois contre les rongeurs. La toiture est en feuilles de ravinala (Ravenala madagascarensis) ou en bozaka ou en bambou ou en chaumes de riz.. Les murs sont en baobaoquot; (nervures principales de feuilles de raphia) ou en falafa (pétioles séchés de feuilles de vinalaquot;). Le plancher est en apaka (stipes aplatis de avinala ou en bambou aplati). Une petite fenêtre sert de porte d’entrée faite encore en alafaou en bambou. Une petite échelle est nécessaire pour accéder à l’ouverture.
La récolte du riz se fait épi par épi au fur et à mesure de la maturité des grains dans les cultures de brûlis ou tavyquot; (Fig. 1).
Figure 1. Récolte du riz épi par épi
La récolte est transportée dans des soubiques de forme originale pour chaque région, séchée puis stockée dans le grenier. Normalement, les paysans épuisent leur stock dans trois à six mois après la récolte pour entamer la nouvelle campagne agricole. La jachère est obligatoire pour le tavy. Les paysans sont obligés de changer de parcelle, et ils délaissent complètement le grenier et leurs petites cases, d’où la justification d’utilisation des matériaux de construction simple qui ne durent pas. L’emplacement du grenier se trouve dans la parcelle de culture ou hameau construit pas loin de la parcelle ou source d’eau (Fig. 2).
Figure 2. Traditionnellement, les greniers du riz se trouvaient dans ou près des champs
C’est à peu près les types de grenier dans lesquels tous les produits stockés sont destinés à être consommés mais non à être commercialisés.
Maintenant, nous allons voir les types de grenier utilisés actuellement par les paysans répondant à l’économie de marché.
Sur les régions du Lac Alaotra et de Moramanga, il y a une augmentation de rendement à cause de l’intensification de la riziculture. La quantité de paddy à stocker avait augmenté par rapport au temps passé, mais l’insécurité ne le permet pas de garder trop longtemps en meules dans le champ, d’où la tendance des paysans à transporter la récolte le plus vite possible au village ou près du village dans une aire de battage. Mais cela nécessite des moyens de transport, comme l’utilisation des charrettes. Lorsque les paysans trouvent des collecteurs qui achètent à un prix acceptable, ils liquident immédiatement leur stock pour ne pas se heurter au problème de stockage. Pour l’autoconsommation, le paddy est mis en sac plastique ou en jute:
soit il est stocké à la maison sans un dispositif particulier,
soit il est transporté dans le Tranombaryquot; ou le sihimbary mais rarement dans le abary.
La capacité de stockage est réduite par rapport au temps passé du fait de la disparition de la grande famille et de la mise en vente directe de la production.
Récemment, du coté de Manakambahiny Est, il y avait apparition de greniers communautaires villageois (GCV) encadré par les organismes de développement rural où les normes de condition de stockage sont plus ou moins suivies.
Sur le littoral Est, l’apparition de culture de rente (café, girofle, vanille, etc.) et la destruction de la couverture végétale naturelle apte aux cultures itinérantes avait diminué la pratique du tavy.
Par contre, dans les cinq dernières années avec le désordre du marché de la culture de rente, accentué par la fluctuation de prix, les paysans s’orientaient vers la riziculture avec les contraintes d’aménagement hydroagricoles des vallées et les petites plaines côtières.
Tout cela c’est pour expliquer le déplacement de l’installation du grenier de la parcelle du tavy au village.
Le Tranoambo ou le Tohitra est aujourd’hui construit au village à côté des maisons d’habitation, avec les matériaux plus ou moins durs et avec quelques améliorations: utilisation des tôles pour la protection contre les rongeurs, des planches, des cadenas et serrures pour l’ouverture.
Souvent la toiture du grenier est rallongée pour abriter le mortier pour le pilonnage (décorticage) (Fig. 3). Le dessous du grenier sert quelquefois aussi de poulailler. Le paddy est mis en soubique ou en sac dans le grenier. Normalement le battage et le pilonnage (décorticage) se fait petit à petit suivant les besoins.
Avec l’amélioration de la construction et l’utilisation des serrures, les paysans y mettent quelquefois aussi leurs objets de valeur susceptibles d’être volés pendant leur absence (machine à coudre, vêtements etc.) (Fig. 4).
Figure 4. L’intérieur d’un autre type de grenier
Le grenier sert aussi de mûrisserie pour la banane pour éviter les rats (Fig. 5).
Figure 5. Un grenier servant de mûrisserie pour la banane
En général, le Tranoambo est cloisonné en deux une partie pour stocker le riz de tanety et l’autre pour le riz irrigué de bas fond. Les paysans marquent chaque année la hauteur de leur paddy d’où la possibilité d’évaluer la récolte de quelques années précédentes (Fig. 6).
Il existe deux possibilités d’amélioration:
Soit améliorer la qualité des matériaux de construction suivant la possibilité de chaque paysan.
Soit renforcer l’hygiène en général (protection contre les rongeurs, élimination des sons de riz près du grenier susceptibles d’héberger des insectes etc.).
L’idée de Grenier Commun Villageois (GCV) s’avère intéressant en quelques endroits mais l’instauration de la confiance mutuelle entre les membres et une bonne gestion seraient les conditions exigées par les adhérents.
Figure 6. Un autre type de ranoambo
Pour conclure, les types de grenier existant sur la côte Est reflètent la richesse, le niveau de connaissance et le mode de production adoptés par chaque paysan.
![]()
* Service Provincial de la Protection des Végétaux de Toamasina – Direction de la Protection des Végétaux