Victor Dieudonné Andriantsileferintsoa*
Résumé/ Summary
Une protection efficace des denrées stockées devrait prendre en considération un certain nombre de mesures préventives pour maximiser les résultats escomptés du recours à la lutte chimique. Parmi ces mesures préventives figurent, entre autres, la conception du magasin, les principes d’hygiène et de gestion du stock. Ce sont des paramètres très importants qui, considérés fondamentalement sous leurs aspects techniques, permettent d’éviter des pertes inutiles tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif.
Un intérêt au moins égal, sinon supérieur, à celui que nous avons eu tendance à accorder à la lutte chimique devrait être donné à la lutte préventive car, d’une manière générale, elle est simple, peu coûteuse et efficace.
For an effective protection of stored produce, a certain number of preventive measures should be taken into account in order to maximize the expected results from chemical control. Such preventive measures include a proper design of the storehouse, hygiene and stock management principles. These are very important parameters which, if their technical aspects are considered at their core, would enable to avoid unnecessary losses both at the quantitative and qualitative level.
The same interest, if not a higher one, we attached to chemical control should be accorded to preventive control measures for they are generally simple, less costly and efficacious.
Une protection efficace des denrées stockées devrait prendre en considération un certain nombre de mesures préventives en complément de la lutte curative. Le stockage se conçoit dès l’entrée du produit en magasin jusqu’à son utilisation par le consommateur. Il est complètement erroné de penser que le recours systématique aux insecticides suffit à garantir la protection d’un stock. La construction du magasin, l’hygiène de stockage, la gestion du stock sont autant de paramètres qui, considérés fondamentalement sous leurs aspects techniques, permettent d’éviter des pertes inutiles.
Pour assurer un bon stockage, un entrepôt ou un magasin doit avoir les caractéristiques optimales. Chaque élément du local revêt une importance particulière et doit être considéré dans les moindres détails.
L’implantation du local de stockage tiendra compte des risques d’inondation, de la facilité d’accès, de l’orientation du bâtiment.
Le bâtiment sera construit de préférence dans un endroit élevé afin de réduire les risques d’inondation ou l’accumulation des eaux environnantes.
Son axe longitudinal sera orienté dans le sens Est-Ouest, afin d’atténuer les effets de l’ensoleillement, ou légèrement en biais par rapport à la direction du vent, afin d’obtenir des conditions de température équilibrées.
La structure du terrain doit permettre une fondation solide et une bonne accessibilité.
Le plancher, bâti à 1 m du sol, est pourvu d'une rampe extérieure. L’intérêt de cette mesure réside dans la réduction de la remontée de l’humidité du sol, dans l’interdiction d’accès aux rongeurs, dans la protection des murs et portes contre les chocs causés par les véhicules de transport, dans la facilitation de manutention, de chargement et de déchargement.
Il est fait en béton d’une dureté correspondant à la charge prévisible pour prévenir la formation de crevasses, les craquelures et l’usure du sol.
Sa surface doit être lisse, sans crevasses afin de faciliter le nettoyage et empêcher l’incrustation des insectes.
Si possible et au besoin, étaler sous le bétonnage du plancher une feuille polyéthylène de 0,2 mm d’épaisseur au moins ou du papier goudronné de 5 mm d’épaisseur au moins, en prenant soin de les faire monter le long des murs jusqu'à 25 cm. Le but en est de dresser une barrière contre la remontée de l’humidité du sol.
Les murs doivent posséder les caractéristiques suivantes:
Ils doivent être en parpaings ou en briques crépies de ciment. Les planches et les tôles sont à déconseiller pour différentes raisons (foyer d’insectes, facilité d’accès des rongeurs, fragilité, chauffage interne du local dans le cas de la tôle).
Une surface lisse à l’intérieur comme à l’extérieur est enduite en clair pour n’offrir aucune cachette ni endroit de ponte aux insectes.
Les coins et angles sont arrondis afin d’interdire tout refuge aux insectes.
Un enduit extérieur blanc, imperméable à l’eau et plastifié reflète les rayons solaires et empêche l’humidité de traverser.
Il ne doit pas y avoir de recoins superflus tels que piliers de soutènement non incorporés au mur, par exemple.
Les portes métalliques sont plus résistantes aux assauts des rongeurs que les portes en bois. Dans le cas de ces dernières, il faudrait en renforcer la partie inférieure par des plaques de tôles sur au moins 50 cm de hauteur.
Les portes à battants sont plus hermétiques que les portes coulissantes qui laissent toujours une fente entre la porte et le mur. Il faut noter qu’une fente de 6 mm suffit à une souris pour s’introduire dans un local fermé.
La dimension de la porte est adaptée à la grandeur du local pour assurer une manipulation plus pratique et une aération suffisante.
Leur nombre est déterminé suivant la capacité de stockage.
Prévoir des ouvertures à clapets réglables, qui permettent l’équilibre de la température dans l’entrepôt, sur les deux façades principaux: ouverture au moment de la baisse de l’humidité relative de l’air et/ou au moment de l’augmentation de la chaleur dans le magasin, fermeture au moment des pluies et saturation de l’air par l’humidité.
Leur emplacement se situe à deux niveaux différents:
Le niveau supérieur à environ 50 cm du sol et calculé à 0,5 m² pour 100 m² de surface d’entreposage.
Le niveau supérieur à environ 50 cm du toit et calculé à 1,5 m² pour 100 m² de surface d’entreposage.
Toutes ces ouvertures doivent être fermées hermétiquement pour permettre un éventuel traitement insecticide.
L’implantation de treillis métalliques ou grillage à mailles fines devant chaque ouverture protège contre l’intrusion d’insectes, de rongeurs et d’oiseaux.
La mise en place d’auvent sur chaque ouverture permet de se préserver de la pénétration de l’eau de pluie.
La toiture doit être étanche avec une liaison hermétique sur les murs.
Des matériaux en aluminium, en tuile ou en fibrociment chauffent moins que les plaques de tôles. Le choix des matériaux à utiliser est fonction des caractéristiques de la région (les cyclones, en particulier).
Il faut prévoir des auvents latéraux d’au moins 1 m de large pour maintenir les murs à l’ombre et les préserver de l’humidité des pluies.
Il faut également placer un auvent d’au moins 2 m de large au dessus des portes pour assurer le chargement et le déchargement des véhicules même pendant des temps d’averse.
Des gouttières reliées à un système de drainage doivent être prévues pour assurer l’évacuation des eaux de pluie et la protection des murs contre l’humidité.
Par précaution, la mise en place d’un système de drainage autour du bâtiment est souhaitée pour éliminer l’excès d’humidité dans le sol.
L’hygiène de stockage constitue une mesure très importante dans le processus de conservation des denrées alimentaires entreposées et dans la préservation des pertes. Elle est définie ici comme étant toutes les actions techniques nécessaires ne faisant pas appel aux moyens de lutte chimique. A ce titre, elle est à la fois simple, efficace et bon marché.
Le nettoyage de l’entrepôt et de ses abords qui doivent être toujours propres et nets. L’instrument le plus efficace et le plus économique reste le balai.
La cour doit être propre, sans trous de rongeurs ni herbe.
Un balayage de fond en comble de l’entrepôt est également entrepris périodiquement (deux fois par semaine): plancher, toit, charpentes, grillages de protection, murs, coins, portes, faces périphériques des piles de sacs.
Il faut éliminer les déchets et balayures non récupérables, pouvant entraîner une infestation occulte.
Il faut reconditionner immédiatement les grains versés.
Il faut séparer par lot individualisé les produits pour permettre la circulation et le nettoyage dans l’entrepôt.
La vérification et la remise en état de l’entrepôt sont des tâches permanentes:
Etanchéité de la toiture pour éviter les fuites d’eau.
Elimination des trous et fissures dans les murs et plancher.
Herméticité des portes et ouvertures.
Réparation des palettes endommagées.
Le contrôle de la qualité du stock comprend:
le contrôle du produit à la réception: produit sain, propre et sec,
la vérification périodique du taux d’humidité du produit (=> aération contrôlée du local),
la détection de la présence d’insectes nuisibles dans les piles de sacs par le constat d’augmentation de température, à l’aide d’un thermomètre à céréales (si disponible), ou par simple introduction de la main dans la masse des grains,
la vérification de la présence éventuelle de traces de rongeurs ou d’oiseaux.
La mise en place des sacs prévoit l’obtention de piles stables par un empilement correct (par groupe de 3 ou de 5).
Il faut placer les sacs périphériques exactement au bord de la palette, les oreilles des sacs tournées vers l’extérieur, l’empilement moins serré de la couche de base et le resserrement progressif vers le haut permet d’avoir une forme conique stable.
L’hygiène de l’empilement des sacs prévoit toujours l’utilisation de palettes qui assure un courant d’air continu sous les piles. La disposition de ces palettes est en parallèle, face à l’entrée.
La surface portante d’une palette doit être supérieure à 40 % de la surface totale pour éviter une trop forte pression sur les sacs de dessous.
Figure 4
Pour avoir la stabilité voulue,
une pile doit avoir une taille étudiée: La pile est formée en fonction de la
capacité de l’entrepôt, du rapport longueur - largeur - hauteur, de la
disposition des ouvertures, de la dimension des bâches de fumigation (de
préférence une seule bâche par pile). Au maximum, 4 m de haut pour les sacs en jute
et 3 m pour les sacs en plastique. Il faut un espacement d’au moins 1,50 m
entre le toit et les piles de sac pour le contrôle et le traitement. La taille maximale de la pile ne dépassera
pas 250 t dans les entrepôts à grande capacité. Au delà de cette
quantité, le contrôle deviendra plus difficile tandis qu’il y aura un
gaspillage de place pour les piles trop petites. Avantages des piles
standard: Utilisation optimale de l’espace et
établissement d’un plan d’occupation de la surface de stockage. Directives de travail standardisées. Rapidité des contrôles et inspections
physiques. Emploi optimal des bâches de fumigation. Identification des piles: A chaque pile est attribué un marquage formé
de lettres ou de chiffres. Une carte de pile accompagne cette marque. Elle
portera les indications de référence, les informations sur les contrôles et
traitements effectués. La méthode à suivre est la
suivante: Relever la valeur de l’humidité relative et
la température de l’air extérieur à l’aide d’un hygromètre et d’un
thermomètre placés à l’ombre. Prendre le taux d’humidité du produit
stocké à l’aide d’un humidimètre. Déterminer le taux d’humidité d’équilibre
du produit stocké par rapport au taux d’humidité relative de l’air et
suivant la température relevée. Le taux d’humidité d’équilibre à
une température donnée est atteint lorsqu’il n’existe plus d’échange
d’humidité entre l’air ambiant et la marchandise stockée. Se référer
aux tableaux suivants:La taille des piles
Le contrôle de l’aération
Température comprise entre 20 et
30 °C
|
Humidité relative de l’air (%) |
40 |
50 |
60 |
70 |
80 |
90 |
|
Marchandises |
Taux d’humidité ( R ) |
|||||
|
Maïs blanc |
9,3 |
10,6 |
12,1 |
13,8 |
16,1 |
19,6 |
|
Maïs jaune |
8,4 |
9,7 |
11,3 |
13,1 |
15,5 |
19,2 |
|
Sorgho |
9,8 |
11,0 |
12,1 |
13,8 |
15,8 |
18,9 |
|
Blé |
10,0 |
11,0 |
12,7 |
14,2 |
16,4 |
20,3 |
|
Paddy |
9,2 |
10,4 |
11,6 |
13,0 |
|
17,6 |
|
Riz |
9,0 |
10,4 |
11,7 |
13,0 |
14,6 |
16,7 |
|
Arachide |
5,4 |
6,8 |
7,7 |
9,1 |
11,6 |
16,0 |
| Température comprise entre 30 et 40 °C |
|
Humidité relative (%) |
40 |
50 |
60 |
70 |
80 |
90 |
|
Marchandises |
Taux d’humidité ( R ) |
|||||
|
Maïs |
9,0 |
9,9 |
11,7 |
13,3 |
14,9 |
18,2 |
|
Sorgho |
10,0 |
11,6 |
12,1 |
13,0 |
14,7 |
|
|
Blé |
|
|
11,8 |
12,9 |
14,8 |
|
|
Paddy |
10,1 |
11,4 |
12,6 |
13,5 |
14,9 |
19,1 |
|
Riz |
|
|
11,1 |
12,7 |
14,5 |
16,8 |
|
Source: J. Gwinner, R. Harnisch, O. Mück dans Manuel sur la Manutention et la Conservation des Graines après Récolte, p. 102-103 |
Comparer le taux d’humidité R mesuré au taux d’humidité d’équilibre R’ obtenu:
- : l’aération est à faire car l’effet de dessiccation est possible.
Si R>R’
- : la fermeture des clapets de ventilation doit être faite sinon il y aura une réhumidification de la marchandise stockée.
Si R<R’
En cas d’inexistence d’appareils de mesure, l’aération se fera pendant les heures de soleil de la journée, généralement entre 11 et 15 heures.
Par contre, fermer les clapets en cas d’averse, jusqu'à quelques heures après les chutes de pluie, voire même pendant toute la journée du lendemain.
Ce paragraphe constitue un des points clés du stockage dans la mesure où la gestion s’inscrit dans le cadre d’un ensemble d’activités visant à prévenir l’attaque des parasites ou les pertes de marchandises.
Ces actions consistent pour le local à:
l’empilement soigneux des sacs suivant un ordre déterminé sur des palettes placées à 1 m du mur et du lot voisin (existence de couloir de circulation);
l’application du système first in/first out pour la rotation des lots (première entrée/première sortie);
l’empilement des sacs vides traités sur des palettes, comme la marchandise elle-même;
l’empilement des palettes inutilisées les unes sur les autres, après traitement insecticide;
l’entreposage des appareils et produits chimiques dans des locaux séparés;
l’enlèvement de tout matériel inutile traînant dans l’entrepôt.
Concernant la gestion du stock, la tenue d’un certain nombre de documents permet de maîtriser la compatibilité matière. On peut citer parmi ces documents:
la fiche de stock qui retrace les mouvements subis par un lot durant son entreposage (Annexe 1);
les bordereaux de réception et de sortie qui sont des pièces justificatives permettant d’assurer le contrôle effectif des mouvements du stock. Ils comportent tous les renseignements sur l’origine et la destination (Annexe 2);
la fiche de contrôle qui sert à consigner tous les renseignements se rapportant aux conditions de stockage, en occurrence, les inspections effectuées, les données climatiques, l’aération (Annexe 3). La fiche de lot identifie la pile et la marchandise qui constitue cette pile;
le rapport mensuel récapitulant, sous forme de tableau, toutes les actions qui se sont déroulées durant le mois écoulé (Annexe 4). Point n’est besoin pour le magasinier de rédiger de longs rapports écrits. Les détails ou compléments d’informations sont disponibles dans les autres fiches.
Pour mener à bien ses tâches, le responsable d’entrepôt devrait avoir les connaissances requises, le sens de l’organisation et de la responsabilité, un dynamisme et un sérieux constants. Il doit être parfaitement au courant de l’état sanitaire et physique de son stock, tout comme de l’état général de son local. Sa devise devrait être la propreté et ses efforts permanents.
Les annexes 5, 6 et 7 résument les tâches du magasinier. Tous les annexes sont extraits du Manuel sur la Manutention et la Conservation des Graines après Récolte, Gwinner, J., R. Harnisch & O. Mück, 1996. (Annexes 1 à 7)
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*Consultant indépendant