7. Le stockage des céréales à grande échelle - La technologie des silosTable of Contents9. Les Mycotoxines et microorganismes liés à l’humidité

8. Production de semences dans le Sud

Holedee bin Issouf*

 

Résumé

La question semence mérite une attention particulière pour la région Sud de Madagascar pour trois raisons:

Il n’existe pas de coordination au niveau de la production et des distributions des semences. Plusieurs entités y interviennent:

Le système de culture est dominé par les cultures vivrières. Mais on note également l’importance des cultures de rente. Pour la plupart de ces dernières, la production de semences est appuyée par les organismes d’encadrement (cas du coton).

Le Commissariat Général pour le Développement Intégré du Sud (CGDIS) procédera à la mise en place d’une politique semencière régionale qui se cadre dans la politique semencière nationale. Elle sera concrétisée à court terme par la mise en place d’un Conseil Régional des Semences (CRS).

La priorité immédiate pour le Sud est la disponibilité de grains à semer au démarrage des campagnes. La persuasion des paysans sur l’importance des semences de qualité vient en second lieu. La promotion de la filière semencière par la mise en place d’une politique bien définie est indispensable et doit faire l’objet d’une convergence des efforts de l’ensemble des intervenants.

 

Summary

Seed production in the South

The seed issue deserves attaching particular attention for the Southern area of Madagascar, for three reasons:

There is a lack of coordination at the level of seed production and distribution. Various entities are interacting here:

Cultivation system is dominated by food-crops, but a sizeable cash crop has also been noted, for most of which seed production is backed up by training organisations (case of cotton).

The General Commission for the Integrated Development of the South (CGDIS) will formulate a regional seed policy as part of the national seed policy. It will shortly materialise through the establishment of a Regional Seeds Council (CRS).

Top priority for the South is the availability of grains for sowing at the beginning of the planting season. Then, farmers should be persuaded of the importance of quality seeds. Promoting the seed sector through the implementation of a clearly defined policy is a must and contributors, as a whole, should focus their efforts on it.

 

Introduction

La qualité des semences est un des facteurs déterminants du seuil de rendement de toute culture et sa disponibilité est la condition préalable du démarrage d’une campagne agricole. Pour le Sud malgache, de par son problème climatique, la question semence a une importance particulière. En effet, le climat subdésertique est dominant, mais on note à l’intérieur de la région des variations au niveau des isohyètes et des types de sol, que l’on se trouve à l’Est ou à l’Ouest, à l’extrême Sud ou Nord. Par exemple, la zone de Tolagnaro, qui fait déjà partie de la côte Est, présente une pluviométrie qui dépasse les 1.000 mm, alors qu’à moins de 100 km vers l’Ouest, l’écologie change totalement, tendant vers le tropical sec.

Sur le plan humain, il ne serait pas exagéré d’affirmer que le paysan du Sud est encore à un niveau de technicité très faible pour pouvoir accorder une grande importance aux qualités des semences dites améliorées ou sélectionnées ou certifiées, c’est à dire les semences idéales préconisées par les techniciens aux agriculteurs. Pour la majorité des paysans, la semence est l’équivalent de grain à semer quelle que soit l’origine et sa pureté.

Sur le plan économique, le pouvoir d’achat très faible des cultivateurs, surtout à l’époque des semis où la période de soudure se fait sentir, ne leur permet pas de s’offrir le luxe d’acheter des semences de qualité fournies par les organismes spécialisés. De plus, pour les zones subdésertiques où la pluviométrie est inférieure à 500 mm, la réussite des semailles est entièrement tributaire des caprices des précipitations. Ainsi, le cultivateur est parfois obligé, au cours d’une campagne, de recommencer deux ou trois fois, voire plus le nombre de semis, ce qui double ou triple sa consommation de semences par rapport aux paysans des régions plus favorisées climatiquement. En général, le système de culture est dominé par des cultures vivrières à faible revenu qui ne leur donnent pas accès aux semences à prix élevé. Par contre, pour des cultures de rapport, tels que le coton et le tabac, l’approvisionnement en semences est assuré par l’organisme d’encadrement lui-même.

Si tel est le contexte dans lequel se trouve la filière semencière dans le Sud, voyons comment est organisée la production, quelle gamme de spéculations est pratiquée, quels sont les problèmes rencontrés et enfin quelles perspectives envisager pour améliorer la situation.

 

Organismes de production de semences

Etant donné que cette organisation est quasi-inexistante dans la région, un constat sur la situation de la filière semencière pourrait être dressé. Une filière bien organisée devra comporter une articulation harmonieuse entre les maillons de la chaîne de production. Or, ici, ce n’est pas tout à fait le cas. Plusieurs entités interviennent au niveau de la production et des distributions de semences, sans une quelconque coordination entre elles. Elles sont catégorisées comme suit:

Organisme de recherche: le FOFIFA

Avec son centre régional basé à Toliara et ses seuls stations et points d’essai de Tanandava et de Bezaha, nous constatons que le FOFIFA est absent dans le reste de la région Sud, à savoir le Plateau Mahafaly, l’Androy, l’Anosy, la zone de Betroka. Il doit en principe assurer la production et la multiplication des semences (prébase et base) et effectuer des essais agronomiques et des tests de comportement variétal.

Organismes sectoriels

Il s’agit d’organismes publics ou parapublics à vocation sectorielle chargé en général du développement d’une culture de rente. C’est le cas de la HASYMA pour le coton et de l’OFMATA pour le tabac. Ces derniers assurent eux-mêmes la production et l’approvisionnement en semences de leurs planteurs. L’OFMATA possèdent des stations dans différentes régions de l’Ile, où il assure la production de semences sélectionnées de toutes variétés de tabac tandis que la HASYMA récupère les graines servant de semences à partir des cotons-graines livrés par les planteurs à l’usine d’égrenage de Toliara.

Organismes spécialisés constitués par les CMS ou Centres multiplicateurs de semences

Il en existe quatre dans le Sud, à savoir ceux de Betanimena, de Bemaraha, de Nahampoana et d’Isoanala.

Projets de développement agricole ou rural

Beaucoup d’organismes, sur financements variés, interviennent dans le Sud en matière de développement agricole. Compte tenu de l’inexistence d’un réseau d’approvisionnement et de vente de semences dans la région, ils doivent prendre en charge ces opérations. C’est le cas de la SOPAGRI, du Projet Arachide de la FAO, du PSO, du Projet FED RDS, de l’AAA, du FAFAFI, pour ne citer que ceux-là. La cession se fait de différentes manières, allant de la vente au comptant (à prix symbolique) au remboursement en nature à la récolte.

Paysans semenciers

Certaines associations de paysans semenciers sont mises en place petit à petit par quelques projets, voir les cas de RDS à Ankilibevoa Ambovombe et du Projet Arachide de FAO.

Collecteurs de produits agricoles

Pour palier la pénurie de semences des paysans et dans le souci de maintenir leurs fournisseurs, certains collecteurs assurent un approvisionnement à crédit à partir des produits collectés et conditionnés. Par exemple, les collecteurs de pois du cap du Bas-Mangoky.

Cultivateurs

Dans la situation actuelle, la grande majorité des semences utilisées par les cultivateurs, notamment en cultures vivrières, sont produits par les paysans eux-mêmes. Comme déjà mentionné, c’est en quelque sorte un prélèvement sur la production destinée à l’autoconsommation ou à la vente. Donc, ce sont des grains à semer (tout venant).

 

Produits

Comme il a été dit plus haut, le système de culture de la région Sud aussi bien en régime de culture sèche qu’irriguée est dominé par les cultures vivrières. Toutefois, le rôle joué par les cultures de rente, dans l’économie agricole de la région, est important malgré la rareté des agro-industries. Quelles sont alors les spéculations? Pour simplifier l’approche, elles sont classées suivant deux catégories: les cultures vivrières et les cultures de rente.

Cultures vivrières

Le riz

Il est davantage produit en régime irrigué que pluvial vu l’insuffisance pluviométrique de la région. Qu’il s’agisse de périmètres traditionnels ou de périmètres aménagés, selon les techniques modernes, les lieux de production sont localisés dans les moyennes et basses vallées et les bassins versants des fleuves, à savoir le Mangoky, le Fiherenana, l’Onilahy, le Mandrare. Notons, par exemple, les périmètres du Bas-Mangoky, les grappes de la Plaine d’Ankililoaka, de Taheza-Belamoty, de la zone de Betroka, du Haut-Bassin du Mandrare, la Plaine de Behara. Malgré cette grande étendue de superficie rizicole, le Sud ne possède que deux centres multiplicateurs de semences (Behara et Isoanala) dont la production n’excède pas 50 t.

Les autres cultures vivrières: manioc, maïs, patate douce, sorgho, antaka, vohème, etc.

La production de semences et la multiplication de boutures sont assurées par les paysans eux-mêmes. Les multiplications au niveau des CMS et des GPS sont encore à l’état embryonnaire.

Cultures de rente

Pour le coton et le tabac dont l’approvisionnement en semences est assuré par les organismes d’encadrement, les caractéristiques qualitatives et quantitatives des semences sont plus ou moins assurées. Pour le café de la région de l’Anosy, la production de boutures a disparu, et les planteurs ne renouvellent pas leurs plantations.

Concernant la spéculation arachidière, un début de multiplication de semences auprès des groupements de paysans semenciers est soutenu par les Projets FAO Arachide et FED/RDS et le CMS de Behara. Cependant, les irrégularités l’ont affecté ces derniers temps.

 

Problèmes de la filière semencière

Problème de conservation et de distribution

Les villages ne disposent pas de magasins de stockage et de produits de traitement phytosanitaires pour stocker à l’avance leurs semences pendant la saison sèche alors que, durant la saison des pluies, la quasi-totalité de leur zone est enclavée.

Problème de disponibilité

Les échecs fréquents des semailles à cause d’une pluviométrie capricieuse ne permettent pas l’existence d’un stock suffisant. A cela s’ajoutent les effets des périodes de soudure souvent plus dures ou plus précoces que prévues, qui obligent les paysans à consommer leurs réserves.

Problème de prix

Compte tenu de l’incertitude de la réussite des semis réalisés, les paysans n’osent pas s’approvisionner auprès des CMS étant donné que les prix sont toujours plus élevés que sur le marché. A noter que les prix des semences ordinaires sont aussi fort élevés en période de soudure.

Problème de recherche

C’est le manque de recherche d’accompagnement pour appuyer la production de semences.

Problème au niveau de la professionnalisation

Une professionnalisation a été amorcée avec la mise en location-gérance du CMS de Behara, mais l’opérateur est déjà confronté à des problèmes d’écoulement et de diffusion de ses produits, de financement et d’encadrement technique.

 

Orientation

Pour essayer de résoudre la plupart des problèmes de la filière semencière, le CGDIS a élaboré une politique semencière pour le Sud, politique qui doit se cadrer dans la politique nationale conçue par le Ministère.

Cette politique a pour objectif de mettre en place une organisation autonome, dynamique, capable d’assurer introductions, sélections, multiplications, productions et diffusions de semences améliorées et performantes adaptées aux conditions locales et répondant aux besoins de la population. La mise en oeuvre de cette politique a déjà commencé par la tenue d’un atelier qui s’est déroulé à Tolagnaro le 22 avril 1996 et qui a réuni 33 participants. Elle se poursuit par la constitution, à court terme, d’un Conseil Régional des semences (CORESEM) et la recherche de financements auprès des bailleurs de fonds pour la réalisation du programme.

 

Conclusion

La mise en place et le fonctionnement de la politique semencière dans le Sud est indispensable, mais elle est étroitement liée à la volonté et à la synergie des efforts de l’ensemble des intervenants de la filière.

Elle devra en priorité résoudre le problème de disponibilité des grains à semer et en second lieu aboutir à persuader les paysans sur les avantages de l’utilisation des semences de qualité pour que la professionnalisation de la filière puisse retrouver sa viabilité.

* Commissariat Général pour le Développement Intégré du Sud

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