8. Production de semences dans le SudTable of Contents10. Les insectes ravageurs du riz, du maïs stockés et des légumineuses sèches à Madagascar

9. Les Mycotoxines et microorganismes liés à l’humidité

Wolfram Zehrer*

 

Résumé

Depuis une vingtaine d’années, les connaissances sur les toxines des champignons à la récolte au champ et dans les denrées stockées ont évolué grâce à de nouvelles méthodes d’analyse. Parmi les Mycotoxines, c’est l’Aflatoxine B1 qui est le principal facteur du carcinome hépatocellulaire, et le Fumonisine qui constitue un facteur de risque pour le cancer de l’oesophage. Parmi les 300 Mycotoxines environ, il y en a 30 qui sont dangereux pour l’homme, mais dont les effets ne sont pas encore connus dans les détails. Cependant, les Aflatoxines sont de loin les plus importants.

L’attaque des champignons, dont plusieurs genres sont connus de la défense des cultures, tels que l’Alternaria, l’Aspergillus, le Fusarium, le Penicillium, se produit surtout lorsque le taux d’humidité de leurs substrats est élevé, plus de 13 % pour les céréales et le haricot et plus de 5 à 7 % pour l’arachide et les produits huileux.

Les analyses des échantillons d’arachide et de noix de cajou prélevés dans deux supermarchés d’Antananarivo ont montré des résidus en Aflatoxine B1. Parmi les 13 échantillons, 3 ont dépassé les concentrations maximales tolérées dans l’alimentation en France, qui sont de 10 µg/kg pour les adultes et de 5 µg/kg pour les nourrissons, allant jusqu'à 145 µg/kg.

Madagascar ne fait pas partie des 60 pays qui disposent d’une réglementation sur les résidus de Mycotoxines. Etant donné que le Laboratoire de Contrôle des Pesticides de la Direction de la Protection des Végétaux (DPV) est en mesure d’effectuer de telles analyses, un règlement sur les taux maxima acceptables des Mycotoxines serait souhaitable.

 

Summary

Humidity-related Mycotoxins and Micro-organisms

Knowledge of fungus toxins at harvest in the field and in stored produce has developed for the last twenty years thanks to new analysis methods. As far as mycotoxin actions are concerned, it has been noted that Aflatoxin B1 is the main factor for hepatocellular carcinoma, and Fumonisine is a risk factor for esophagus cancer. Of the approximately 300 mycotoxins, 30 are hazardous for men but their effects are not yet known in detail. However, Aflatoxins are by far the most important mycotoxins.

Infestations by fungi, some of which are known from crop protection such as Alternaria, Aspergillus, Fusarium, Penicillium, take place when moisture content of their substrata is high, i.e. higher than 13% for cereals and beans, and higher than 5 to 7% for peanuts and oil products.

Analysis made on peanut and cashew nut samples taken from two supermarkets in Antananarivo have shown Aflatoxin B1 residues. Of the 13 samples, 3 have exceeded the maximum concentrations tolerated in food in France (which are 10 µg/kg for adults, and 5µg/kg for infants) going up as high as 145 µg/kg.

Madagascar is not among the 60 countries having regulations on mycotoxin residues. As the Pesticide Control Laboratory, Directorate of Plant Protection (DPV), is in a position to make mycotoxin residue analysis, it is desirable that rules pertaining to acceptable maximum mycotoxin amounts be laid down.

 

Introduction

Les champignons nuisibles nous sont familiers dans l’agriculture. Les maladies fongiques des plantes cultivées ont déjà provoqué de grandes famines. En Irlande, pays classique de culture de pommes de terre en Europe, une épidémie dévastatrice de maladies des pommes de terre apparût dans les années 1845 à 1848, entraînant une catastrophe au niveau national par la perte totale des récoltes pendant deux années successives. Parmi les 8 millions d’Irlandais peuplant l’île à cette époque, 250.000 hommes mouraient de faim et plus de 2,5 millions émigraient vers les Etats-Unis d’Amérique.

Cette maladie crée d’énormes problèmes aux cultivateurs de pommes de terre dans le monde et aussi à Madagascar jusqu’à présent, d’autant plus qu’il n’existe encore aucune alternative dans l’utilisation des fongicides pour leur traitement.

Les Mycotoxines ont déjà fait d’histoires. Ce sont eux peut-être qui étaient l’origine du secret de Toutankhamon. En 1923, des archéologues qui ont ouvert les sépulcres de Toutankhamon étaient victimes de la malédiction du Pharaon. La raison de cette mort est restée miraculeuse. En fin de compte, le responsable n’était autre que les champignons de moisissures. En effet, ces champignons ont pu s’étendre sur les denrées alimentaires qui ont été offertes au défunt et ont produit des Mycotoxines. Dans le tombeau fermé hermétiquement, les spores pouvaient s’accumuler, et les chercheurs devant respirer l’air enrichi par les spores ont obligatoirement eu des problèmes graves de poumons. Ceci étant, chacun est libre de croire à cette histoire.

Voici une autre histoire plus vraisemblable. Pierre Le Grand qui voulait unir la Russie à l’Europe avait essayé, à un moment politiquement favorable, de provoquer une confrontation décisive avec le pouvoir turc ottoman. En traversant le Sud de la Russie, il y a récupéré des vivres pour ses troupes, comme c’était une habitude en ces temps-là. Et il a surtout fallu avoir beaucoup de nourritures pour les chevaux. Malheureusement, il n’y avait que de seigle, fortement infesté par ce fameux champignon, Claviceps purpureum, causant le feu d’Antoine. Dans l’espace de 48 heures, Pierre Le Grand avait perdu 80 % de ses chevaux de cavalerie dans l’Ukraine. Ils étaient morts de paralysie, due à l’ergotisme. Après, la confrontation n’avait pas eu lieu.

C’est seulement durant la deuxième moitié de ce siècle qu’on venait d’apprendre que les champignons et les résidus fongiques dans les produits agricoles représentent des risques énormes pour la santé de l’homme. Citons comme exemple l’ergotisme provoqué par le champignon Claviceps purpurea. Ce champignon se développe dans les grains de seigle et donne lieu à la formation de gros grains contenant des spores de champignons. Si ces gros grains qui contiennent un poison fongique sont utilisés ensemble avec les grains normaux dans la fabrication de farine, la consommation de cette farine et de ses produits de transformation peut entraîner de sérieuses intoxications. En l’an 994 après J.-C., 40.000 hommes mouraient de l’ergotisme en Aquitaine et dans la région de Limoges. En 1085, l’ordre de Saint Antoine fut autorisé par le Pape Urban II pour se consacrer au soin de ces malades. On ne connaissait pas encore à cette époque la vraie cause de la maladie, mais elle était seulement connue comme la maladie des pauvres gens, car elle affectait uniquement les couches les plus pauvres de la population qui consommaient cette céréale de moindre qualité.

Actuellement, cette maladie ne joue plus aucun rôle économique car les ergots du seigle peuvent être triés avec des installations modernes servant à nettoyer les céréales. Le champignon n’a donc aucune chance de survie. C’est seulement avec le mouvement retour à la nature qu’on a reçu des nouveaux rapports sur l’apparition de ce champignon dans les cultures purement biologiques.

En 1960, 100.000 dindes environ mouraient en Angleterre sans que la cause fût connue. C’est pourquoi on l’avait dénommé tout simplement Turkey-X-disease. Et il a été découvert par la suite que cette maladie était en rapport avec le fourrage granulé, notamment les tourteaux d’arachide (après extraction d’huile) provenant du Brésil, un fourrage supplémentaire riche en protéines. Plusieurs enquêtes ont montré que le tourteau d’arachide infesté par le champignon Aspergillus flavus est à l’origine de cette maladie. En 1961, le nom de Aflatoxine est donné à cette nouvelle matière toxique (Sargeant, 1991). Le développement des champignons de la pourriture est favorisé par les conditions du milieu, en premier lieu l’humidité et la température élevée.

Champignons sécrétant de la toxine et leurs poisons

Les Mycotoxines sont des substances métaboliques produites par différents champignons, pouvant se déposer en résidus dans les denrées stockées.

Les champignons formant la toxine qu’on trouve dans les denrées stockées peuvent être divisés en deux groupes: ceux qui se manifestent déjà dans le champ et produisent des toxines, et ceux qui deviennent seulement actifs dans le magasin d’approvisionnement. Il existe des enchevêtrements entre les deux groupes, par exemple, quand les champignons poussent dans le champ et continuent leur croissance dans l’entrepôt. La première infection se produit généralement dans le champ.

L’infection du maïs par Aspergillus flavus peut débuter non seulement avec un inoculum porté par le vent, mais aussi avec plusieurs espèces d’insectes ravageurs, vecteurs du champignon, qui endommagent les graines, tels que Heliothis, Ostrinia nubilalis et les coléoptères nutilidés (Wicklow, 1994).

Si les plantes sont soumises à un facteur de stress exceptionnel, le taux d’infection peut augmenter considérablement. Ainsi, après le passage d’un cyclone en Inde en 1977, la concentration d’Aflatoxine dans les graines de riz (zéro dans les zones non touchées par le cyclone) monta jusqu’à plus de 1.000 µg/kg (Jelinek et al., 1989).

Les déprédateurs des denrées stockées augmentent également l’incidence de Mycotoxines. Toujours en Inde, on détecta un taux d’infection des graines de maïs par l’Aflatoxine de 77,5 % dans les magasins infestés, entre autres, par Sitophilus oryzae, par rapport à 4 % dans les magasins exempts de ces insectes (Sinha, 1994).

Tableau 1. Quelques champignons générateurs de Mycotoxines et les denrées infestées
(D’après Gwinner, Harnisch et Mück, 1996)

Espèces de chamignons

Denrées parasitées

Alternaria alternata

riz, sorgho, soja

A. longissima

riz, sorgho

A. padwickii

riz

Aspergillus flavus

anacarde, copra, maïs, arachide, sorgho, soja

Fusarium moniliforme

maïs, sorgho, soja

F. semitectum

maïs

Penicillium citrinum

sorgho, soja

Parmi les Mycotoxines identifiées depuis la première découverte des Aflatoxines, il y a quelques années, cinq espèces sont d’une grande importance en agriculture:

Les Mycotoxines sont hautement toxiques aussi bien pour l’homme que pour les animaux domestiques. La consommation d’aliments contenant leur résidu provoque des maladies appelées mycotoxicose ou encore le cancer.

Tableau 2. Les Mycotoxines, les champignons qui les produisent, leurs substrats et les risques pour la santé y afférents
(D’après Gwinner, Harnisch et Mück, 1996)

Mycotoxines et champignons produisant les toxines

Denrées affectées

Risques pour la santé

Aflatoxine
(Aspergillus flavus,
A. parasiticus
)

Maïs, arachides, grains oléagineux

Cancérigène, maladie de foie et autres effets désagréables pour l’homme, la volaille, le porc et pour le bétail

Deoxynivalenol
(Fusarium graminearum et autres espèces)

Blé, maïs, orge

Intoxication aigüe humaine, décroissance des porcs et autres effets

Citrinine
(Penicillium spp.)

Céréales

Maladies des reins de l’homme et du porc

Fumonisine
(Fusarium moniliforme et autres espèces)

Maïs

Soupçonné de causer le cancer de l’oesophage à l’homme, maladies des chevaux, porcs et volailles

Ochratoxine
(Penicillium verrucosum,
Aspergillus ochraceous
)

Orge, blé

Cancérigène, maladie des reins et autres effets indésirables pour les porcs et les volailles

Zearalenone
(Fusarium graminearum et autres espèces)

Maïs, blé

Cancérigène possible pour l’homme, influence sur la production du porc

Les différentes Mycotoxines sont présentées dans le tableau suivant. L’Aflatoxine est un nom collectif désignant les différentes toxines et apparentées, du point de vue chimique, au champignon Aspergillus flavus. Mais il y a encore d’autres espèces d’Aspergillus qui sécrètent des Mycotoxines. Actuellement, on connaît au total 300 de ces substances, et il est probable que ce nombre augmentera encore à l’avenir. Parmi ces Mycotoxines, 20 ont été rencontrées dans les denrées alimentaires avec des concentrations entraînant un grand risque pour la santé de l’homme et des animaux.

Tableau 3. Principales Mycotoxines qui affectent directement ou indirectement la santé de l’homme en cas d’ingestion
(D’après Creppy, 1994 et Kozakicwicz, 1994)

Toxine d’Aspergillus

Aflatoxine B1 et B2, Stérigmatocystine, Acide Cycloplazonique, Ochratoxine A

Toxines de Penicillum

Patuline, Ochratoxine A, Citroviridine, Citrinine, Cyclochlorotine, Islanolitoxine

Toxines de Fusarium

Déoxynivalénol, Nivalénol, Zéaralénone, T-2 toxine, Diacétoxyscirpénole, Fuminisine et Miniliformine

Toxines d’Alternaria

Acide Ténuazonique, Alternariol, Méthyle Ether

Toxines de Claviceps

Alcaloïdes

Parmi les genres fongiques susceptibles de produire des Mycotoxines, il est également noté Botrytis, Byssochlamys, Cephalosporium, Chaetomium, Cladosporium, Epicoccum, Giberella (cité à propos de la Zéaralénone), Mucur, Myrothecium, Neurospora, Rhizopus (cité à propos des Mycotoxines trémorigènes), Sporotrichum, Stachysbotris et Trichothecium. Cependant leur implication dans les maladies humaines et animales apparaît aujourd’hui moindre que celle des cinq genres présentés dans le tableau ci-dessus (Aspergillus, Penicillium, Fusarium, Alternaria et Claviceps).

Une nette relation entre les Mycotoxines et les symptômes de maladies a été trouvée chez l’homme seulement par l’Aflatoxine, les toxines de Fusarium et par l’Ochratoxine A. Les effets d’autres Mycotoxines sont connus à partir des essais effectués sur les animaux, mais la transformation de ces résultats sur l’homme reste toutefois problématique.

Les intoxications aiguës provoquées par les Mycotoxines sont rares car l’homme évite, quand il a le choix, de manger des aliments moisis. Le problème pour la santé vient plutôt de la consommation répétée de faibles quantités de toxines, engendrant des intoxications chroniques. Ces toxines induisent des effets biologiques puissants et variés. Elles sont souvent mutagènes, teratogènes, carcinogènes ou possèdent des propriétés néphrotoxiques, immunotoxiques, hépatotoxiques, neurotoxiques, oestrogéniques, hémorragiques, certaines sont antimicrobiennes, cytotoxiques et antitumorales.

L’impact des Mycotoxines ingérées dépend entre autres de la présence simultanée d’une autre toxine ou d’une autre substance qui pourrait entraîner une synergie, ou encore une infection virale ou microbienne. Ainsi, l’apparition d’Aflatoxine en même temps qu’une hépatite B accélère l’apparition d’une tumeur du foie.

Des sécrétions de toxines peuvent déjà se produire un jour après l’infection. Les conditions climatiques favorables au développement des champignons et à la sécrétion de Mycotoxines ne sont pas souvent identiques et dépendent de différentes variables non encore identifiées.

Des travaux de recherche ont révélé que les Mycotoxines, y compris les Aflatoxines, sont responsables de l’immunodéficience chez les animaux et diminuent la réaction à certains vaccins vétérinaires.

Selon M. Chris Wild (CIRA, Lyon, France, 1996), le carcinome hépatocellulaire CHC était le cancer le plus courant chez les hommes en Gambie. Et les principaux facteurs de risque du CHC en Afrique de l’Ouest étaient les infections chroniques du virus de l’hépatite B et les Aflatoxines. Afin de mesurer l’exposition à l’Aflatoxine, on s’est servi d’un essai biologique d’addition d’albumine d’Aflatoxine. Plus de 98 % des personnes soumises au test en Gambie, en Guinée, au Sénégal et au Nigéria ont réagi positivement à l’Aflatoxine, et il semble que l’exposition a lieu durant toute l’existence de la personne et commence in utero.

Pourtant, l’impact économique des Mycotoxines concerne non seulement les risques pour la santé de l’homme et des animaux domestiques, mais aussi la dégradation des produits agricoles commercialisés tant pour le marché intérieur que pour l’exportation.

S’appuyant sur des données recueillies en Indonésie, aux îles Philippines et en Thaïlande, Lubulwa et Davis (1994) ont essayé de donner une estimation du dégât économique annuel, réparti sur différents secteurs, provoqué par différents champignons et l’Aflatoxine.

Tableau 4. Estimation du dégât économique en $ Australiens, causé par différents champignons et l’Aflatoxine en Indonésie, aux îles Philippines et en Thaïlande en 1991
(D’après Lubulwa et Davis, 1994)

Secteur

Nature du dégât

Maïs

Arachide

Maïs + Arachide

Dégradation du produit commercialisé

Détérioration de l’aspect extérieur des graines, rancissure, perte du pouvoir germinatif.

70,9

36,8

107,7

Intoxication humaine

Cancer du foie primaire dû à l’Aflatoxine.

176,5

114,7

291,2

Intoxication des animaux domestiqués (volaille, porc, bétail)

Diminution de croissance, stérilité, effets mutagènes, tératogènes, carcinogènes.

71,7

6,2

77,9

Total

319,1

157,7

476,9

Les mêmes auteurs ont estimé que 20 à 29 % de la production de maïs et même 22 à 45 % de la production d’arachide provenant de ces trois pays dépassent une concentration d’Aflatoxine de 50 µg/kg et sont de ce fait soumis à des restrictions d’exportations vers les pays disposant des réglementations sur les limites des résidus de Mycotoxines.

A part les effets négatifs des Mycotoxines, finalement, voici aussi un aspect positif: Les principales matières actives pathogènes des sclérotes du champignon d’ergotisme sont les alcaloïdes. Leur effet physiologique est utilisé dans la médecine moderne surtout pour faciliter la naissance (stimulation de la contraction de l’utérus) et pour traiter la migraine.

Conditions de stockage favorisant les Mycotoxines

La croissance des champignons et aussi la sécrétion de Mycotoxine sont étroitement liées à l’humidité.

Les moisissures se développent à partir d’une humidité relative comprise entre 65 et 70 %. Plus l’humidité ambiante est élevée, meilleures sont les conditions de développement des champignons. La plage de températures permettant aux champignons de se développer est très variable suivant les espèces. Ceci est également valable pour le dégagement des Mycotoxines résultant du métabolisme des champignons, et dont on peut observer l’apparition lors des infestations dues à ces mêmes champignons.

Figure 1. Le développement du champignon en fonction de l’humidité relative en %
(D’après Gwinner, Harnisch et Mück, 1996)

En effet, l’humidité des denrées, permettant un stockage sans risque pendant une période assez longue, dépend surtout de leur composition chimique. Les grains oléagineux ont par exemple une faible humidité stable par rapport aux denrées féculentes.

Tableau 5. La teneur en eau minimale des différents produits agricoles pour un stockage à long terme
(D’après Gwinner, Harnisch et Mück, 1996)

Produit

Taux d’humidité

 

Produit

Taux d’humidité

Maïs

13 %

Haricot

15 %

Blé

13 %

Arachide

7 %

Millet

13 %

Noix de coco

7 %

Sorgho

13 %

Copra

7 %

Paddy

14 %

Graines de palme

5 %

Riz

13 %

Café

13 %

Mesures contre les Mycotoxines dans les denrées alimentaires

Les intoxications directes sont rares. Mais, en cas d’ingestion accidentelle et connue des Mycotoxines, un traitement avec du charbon actif doit être entamé après vomissement provoqué, lavage d’estomac et purgation (20 g de sulfate de magnésium).

La plupart des Mycotoxines résistent à la chaleur et aux acides mais non à des milieux alcalins.

Différents procédés permettent la désintoxication des denrées alimentaires. En huilerie, le raffinage de l’huile brute qui contient de l’Aflatoxine conduit à l’élimination de celle-ci. Les tourteaux doivent faire l’objet d’une désintoxication en milieu alcalin et à chaud avant d’être donnés aux animaux. Le traitement par ammonisation donne d’excellents résultats pour les aliments destinés aux animaux (Creppy, 1994).

En Indonésie, beaucoup de recherches ont été effectuées sur la transformation des arachides contaminées par les Mycotoxines pour produire surtout un aliment qui s’appelle ONCOM. La teneur en Aflatoxine a été analysée (par HPLC) après chaque stade de fabrication, et elle est devenue de plus en plus faible (Fig. 2).

Pour la fermentation des tourteaux d’arachide, deux champignons sont utilisés: Rhizopus oligosporus pour produire le ONCOM noir et Neurospora sitophila pour l’ONCOM rouge.

Mais attention! La réduction de la teneur en Aflatoxine obtenue grâce aux différentes façons de transformation n’est pas suffisante pour atteindre un niveau acceptable, comme l’indiquent d’ailleurs les chiffres dans les figures 2 et 3 ci-après.

Comme présentée plus haut, l’infection des récoltes prend son origine dans le champ. Au départ, l’infection peut être réduite par des mesures de techniques culturales. Plus la plante est saine et vigoureuse et moins elle présente des lésions dues aux ravageurs, plus le risque d’une forte infestation au champ est faible. Lors du congrès portant sur l’Aflatoxine qui s’est tenu au Bénin vers le début de l’année 1996, des mesures culturales, citées ci-dessous, ont été recommandées. Elles ont significativement réduit les niveaux d’Aflatoxines:

Figure 2. Effet du processus de fermentation sur la teneur en Aflatoxine des arachides

Figure 3. Effet de la fabrication du beurre d’arachide sur la teneur en Aflatoxine des arachides

Dans une étude sur les Mycotoxines dans le maïs et ses dérivés réalisée au Ghana dans les silos, dans les magasins de stockage, dans les sites de transformation et aux marchés, la quasi-totalité des échantillons était contaminée par l’Aflatoxine. Afin de limiter le développement des champignons durant le stockage des denrées alimentaires, il faudrait:

Du point de vue scientifique, on ne prête pas encore assez d’attention aux Mycotoxines. Dans le domaine de la Recherche Agricole, deux méthodes d’approche ont été identifiées qui doivent être continuées dans le cadre d’une initiative africano-européenne:

Dispositions légales relatives aux concentrations maximales

Environ 60 pays ont actuellement une réglementation relative aux Mycotoxines. Le tableau suivant montre les résidus maxima tolérés en Aflatoxines dans certains pays. Compte tenu des nouvelles connaissances concernant les Mycotoxines, on peut s’attendre encore à une baisse des valeurs indiquées.

Tableau 6. Concentrations maximales tolérées de certaines Mycotoxines dans l’alimentation
(D’après Creppy, 1994)

Continents, pays ou OMS

Toxines

Denrées

Tolérance µg/kg *

Remarques

USA/Europe

Aflatoxine

Nourriture

20

 

 

 

Bovins,

10 à 50

 

 

 

Porcs et

20

 

France

 

volailles

10

Nourriture bébé

 

 

 

5

 

Suisse

 

 

0

 

Japon

 

 

5

 

Europe

Ochratoxine

 

1 à 25

 

France

Ochratoxine

 

5

Prop. Conseil

 

 

 

 

sup

Pays Bas

 

 

3

Hygiène

Angleterre

 

 

10

 

OMS

Citrinine

 

 

Pas de normes

 

Trichothécène

 

 

fixées malgré

 

T2-Toxine
Zéaralénone

 

 

toxicité reconnue

 

Patuline

 

50 à

 

 

Fumonisine

 

1.000

Absence de réglementation

 

 

 

 

Devrait être
< 100 ppb
< 100µg/kg

* valeurs risquant de baisser prochainement en Europe compte tenu de l’évolution des connaissances

Résultats d’analyses effectuées à Madagascar

Les résultats suivants sont obtenus de l’analyse des échantillons d’arachide et de noix de cajou achetés les 13 et 15/04/96 dans deux magasins d’Antananarivo, à savoir le Supermarché Champion et la Galerie Forello. Les analyses ont été effectuées dans un laboratoire d’Etat en Allemagne.

A Madagascar, il n’existe pas encore de réglementations légales relatives aux concentrations maximales tolérées de Mycotoxines dans les denrées alimentaires. Mais le Laboratoire de Contrôle des Pesticides du Service de la Phytopharmacie et du Contrôle des Pesticides est en mesure de détecter la présence d’Aflatoxine B1, B2, G1, G2 et M dans les denrées alimentaires. Le coût d’analyse d’un échantillon sur sa teneur en Mycotoxine s’élève à 600.- DM en Allemagne, et une telle analyse d’Aflatoxine B1, la plus dangereuse parmi les Aflatoxines, coûte 120.-DM. Les prix d’analyse des cinq Aflatoxines énumérées plus haut équivalent à 240.- FF au Laboratoire de Contrôle des Pesticides à Nanisana, ceci pour donner une idée sur les différents coûts.

Tableau 7. Résultats d’analyses

Description de la
marchandise

Marque

Aspect extérieur*

Aflatoxine <par kg

Pistache rouge

Star Géant

+ +

< 0,3 % µg

Pistache panachée

Star Géant

- -

< 0,3 % µg

Arachide pimentée

-

+ -

< 0,3 % µg

Pistache nature

Star Géant

+ -

< 1 % µg

Arachide rouge

-

+ +

< 1 % µg

Arachide huileuse

-

+ -

< 66 % µg

Arachide nature

-

+ -

< 1 µg

Arachide nature

SIMAPAC

+ +

145 % µg

Pistache salée à l’huile

PATAL

-

<0,3 µg

Arachide

Marabec grillé

+ + +

13 µg

Arachide sucrée

Pralinées

+ +

< 1 µg

Cajou salé grillé

TAF qualité export

- -

< 0,3 µg

Cajou

TAF qualité supérieure

- -

< 0,3 µg

* + + + : Très bon + - : Moyen
+ + : Bon - : Assez moyen
+ : Assez bon  - - : Mauvais

Si on compare les valeurs présentées ici avec les concentrations maximales tolérées en France qui sont généralement de 10 µg/kg dans les denrées alimentaires et de 5 µg/kg dans les nourritures pour nourrissons, des excès sont constatés dans trois échantillons. La faible corrélation entre l’aspect extérieur de la marchandise et la teneur en Aflatoxine est surprenante. Parmi ces trois échantillons qui ont des aspects extérieurs très présentables, deux ont une forte teneur en Aflatoxine, ce qui est inquiétant. A l’intérieur d’une espèce de champignon, il peut exister des races, souches et biotypes, avec une physiologie ou une morphologie différente. En ce qui concerne Aspergillus flavus, il existe des races qui ne sécrètent pas de Mycotoxines. Une telle souche de A. flavus peut infester les arachides et provoquer leur détérioration sans sécréter de substances toxiques. Et c’est pour cette raison que les denrées moisies par les champignons et de mauvaise apparence ne doivent pas absolument contenir de Mycotoxines.

Comme mentionné plus haut, une réflexion doit être portée - dans le cadre de la lutte biologique - sur la possibilité de supprimer les races pathogènes de champignons de pourriture par celles non pathogènes.

 

Conclusion

Les champignons sécrétant des Mycotoxines existent partout dans le monde. Leur impact sur la santé, sur l’élevage et sur le commerce international est énorme et gagne encore plus d’ampleur. A Madagascar, il faudrait aussi déterminer les concentrations maximales tolérées de Mycotoxines dans l’alimentation, du moins pour quelques Mycotoxines particulièrement dangereuses qui peuvent servir pour contrôler les importations des denrées alimentaires, en se référant aux autres pays. Les analyses peuvent être effectuées au pays même, et les importateurs paient les frais d’analyses. Quand il est connu mondialement qu’il existe des contrôles adéquats à Madagascar, les commerçants internationaux de denrées alimentaires se conformeront aux dispositions en vigueur et offriront seulement des marchandises dont les résidus sont dans les normes, afin d’éviter des problèmes. C’est une expérience que la GTZ a faite dans plusieurs pays en voie de développement, après l’installation des laboratoires de contrôle des résidus de pesticides.

Dans la vie quotidienne, on ne peut pas éviter d’absorber des Mycotoxines car il n’y a pas de symptômes extérieurs fiables. De plus, on ne peut pas s’abstenir de manger les arachides et les noix de cajou tellement ils sont trop friands. Mais pour éviter de grands risques, il faudrait d’abord limiter la consommation journalière de ces denrées, souvent censées contenir des Mycotoxines.

Pour le cas Madagascar, le risque ne se présente malheureusement pas seulement dans la consommation des noix mais également dans celle du riz. Traditionnellement, le paddy est stocké, au moins sur les Hauts-Plateaux, dans des lavabary ou des fosses souterraines. A l’intérieur de ces greniers, le paddy atteint un taux d’humidité élevé vu qu’il n’y a aucune circulation d’air. Cet environnement humide constitue une condition favorable à l’attaque des champignons.

Le vol de riz sur pied est un autre phénomène qui incite les paysans à récolter leur riz avant la moisson. C’est un cas très fréquent actuellement. Pourtant, si le riz récolté précocement n’est pas séché très rapidement, il est menacé de moisissures avec le risque potentiel de résidus des Mycotoxines.

Indépendamment de cela, les services responsables à Madagascar doivent commencer à s’occuper des Mycotoxines et s’informer de leurs résidus dans les produits agricoles, les denrées alimentaires et les fourrages du bétail. La consommation du riz de mauvais stockage pourrait présenter des problèmes particuliers à Madagascar. Ce sujet n’est pas du tout étudié.

 

Bibliographie

Gwinner J., R. Harnisch & O. Mück, 1996. Manuel sur la manutention et la conservation des grains après récolte. GTZ, Eschborn, 368 pp.

Wild C. M., 1996. Compte rendu de l’atelier de coordination sur les Mycotoxines et les aliments en Afrique, organisé du 6 eu 10 novembre 1995 en République du Bénin. Institut International d’Agriculture Tropicale. Division Phytiatrie.

Creppy E., 1994. Mycotoxines et Santé Humaine et Animale. Phytoma - La défense des végétaux. N° 467, pages 27-32.

Lubulwa A., A.S.G. et J. S. Davis, 1994. Estimating the social costs of the impacts at fungi and aflatoxins in maize and peanuts. In Proceedings of the 6th International Working Conference on Stored - product Protection. Volume 2. Pages 1017-1042.

Jelinik, C. F., A. E. Pokland & G. E. Wood, 1989. Worldwide occurrence of Mycotoxins in foods and feeds – An update. J. Assoc. Off. Anal. Chem. 72 (2), 223-230.

Sinha, A. K., 1994. The impact of insect pests on aflatoxin contamination of stored wheat and maize. In Proceedings of the 6th International Working Conference on Stored - product Protection. Volume 2. Pages 1059-1063.

Wicklow, D. T., 1994. Preharvest origins of toxigenic fungi in stored graw. In Proceedings of the 6th International Working Conference on Stored - product Protection. Volume 2. Pages 1075-1081.

Kozakicwicz, Z., 1994. Taxonomy: The key to Mycotoxin identification in food and feedstuffs. In Proceedings of the 6th International Working Conference on Stored - product Protection. Volume 2. Pages 999-1006.

*Projet DPV/GTZ Promotion de la Protection Intégrée des Cultures et des Denrées Stockées à Madagascar

8. Production de semences dans le SudTop of PageTable of Contents10. Les insectes ravageurs du riz, du maïs stockés et des légumineuses sèches à Madagascar