Raoelijaona Claudine*
Depuis plus des millénaires, plus que tout autre groupe d’êtres vivants, les insectes ont une place bien établie dans l’ordre de la nature. Ils se manifestent et se multiplient dans les milieux les plus divers. De nombreuses espèces s’attaquent aux cultures alors que d’autres sont à l’origine de la plupart des dommages subis dans les réserves des denrées stockées.
Pour le cas du riz, du maïs stockés et des légumineuses sèches, malgré le respect des conditions de stockage et l’application de pesticide, bon nombre de paysans ou de magasiniers de grands entrepôts ont toujours de graves problèmes occasionnés par les insectes. La plupart de ces gens connaissent les parasites qu’ils voient au cours des opérations de traitement. Mais il se peut qu’ils soient confrontés à des ravageurs qui ne leur sont pas familiers.
From time immemorial, insects have a place in nature’s order, better established than that of any other group of living creatures. They evolve and multiply in most various milieus. Many species attack crops while others are responsible for major damages caused to stored produce.
As for stored rice, maize and dried legumes, numerous farmers or responsibles of large warehouses always face serious problems created by insects despite observance of storage conditions and use of pesticides. Most of these people know the pests they come across during treatment operations. However, it may happen that they are confronted with pests they are not familiar with.
L’objectif de cet exposé n’est pas de donner un cours d’entomologie mais seulement de faire un petit rappel sur quelques notions indispensables à la connaissance des insectes du riz et du maïs stockés à Madagascar.
En fait, l’infestation des insectes est à l’origine de la plupart des dommages constatés dans les magasins et locaux de stockage. Les personnes, se trouvant en face de tels problèmes, ont tendance à appliquer des traitements tels que pulvérisation, poudrage, fumigation, etc. sans trop analyser si les insectes observés sont vraiment des parasites, s’ils sont réellement dangereux ou si leur présence révèle un problème de perte au niveau du stockage. Pour être en mesure d’élucider ces thèmes, il est absolument indispensable de savoir identifier les insectes.
Les insectes qui feront l’objet de notre exposé appartiennent aux ordres des coléoptères et des lépidoptères.
Le genre Sitophilus appartient à cette famille. Les espèces Sitophilus oryzae et Sitophilus zeamais sont celles qui nous intéressent. Ce sont les plus importants ravageurs du riz et du maïs à Madagascar. Ils ont une grande ampleur dans les pays tropicaux et subtropicaux.
Du point de vue aspect, la larve du genre Sitophilus est globuleuse et dépourvue de pattes. Elle se voit très rarement car elle se développe à l’intérieur du grain. Les adultes des deux charançons se ressemblent presque. S. oryzea mesure environ 3 à 3,5 mm de long alors que S. zeamais 3,5 à 4 mm. Ils ont une tête prolongée par une sorte de bec (rostre) caractéristique des curculionidae. Le corps assez luisant est de couleur brun sombre. Sur les élytres, quatre taches claires sont visibles. Le prothorax présente un pointillage circulaire.
Une température de 28 °C ainsi qu’une humidité relative égale à 70 % sont les conditions optimales pour le développement de ces espèces de charançons dans les graines dont la teneur en eau est de 13,5 à 14 %. Le cycle dure environ 24 jours.
Figure 1.Sitophilus oryzae
Figure 2. Sitophilus zeamais
Ce sont des ravageurs primaires. La femelle pond les oeufs à l’intérieur de la graine, et la larve y passe toute sa vie en dévorant aussi bien le germe que l’albumen. S. zeamais s’attaque surtout au maïs. Il a une bonne aptitude au vol et infeste alors les graines du champ au silo. Par ailleurs, S. oryzae est un parasite du riz capable de voler. Toutefois, un pourcentage non négligeable de cette espèce a des ailes atrophiées. Il ne quitte pas les greniers.
Les bostrychidae sont caractérisées par la tête cachée au-dessous du prothorax. Cette famille est représentée à Madagascar, jusqu’à maintenant, par Rhizoperta dominica.
Rhizoperta dominica est un petit coléoptère de 2 à 3 mm de long, de forme élancée et cylindrique. Sa couleur varie du brun rouge au brun noir. Les élytres ont une forme régulière.
Figure 3. Rhizoperta dominica
Les larves sont blanches et présentent une petite capsule brune sur la tête. Le corps est cylindrique présentant l’aspect d’un minuscule ver blanc. Ces larves sont pourvues de pattes.
A Madagascar, Rhizoperta dominica, inventorié dans toute l’île, infeste non seulement le riz et le maïs mais aussi d’autres produits végétaux.
Si la teneur en eau du grain est égale à 13,5 à 14 %, le cycle de développement est bouclé en 25 jours à la température de 34 °C et avec une humidité relative de 60 à 70 %. Cet insecte, considéré comme un ravageur primaire, attaque des graines entières. Les dégâts importants sont occasionnés par les adultes qui détruisent le germe et l’albumen. Si l’attaque a été sévère, les dégâts sont très facilement reconnaissables. Des grains dévorés, il ne subsiste au-dessus d’une couche de farine, de rognure et d’excréments que des péricarpes transformés en dentelle qui s’envolent au moindre souffle.
C’est la troisième famille d’insectes ravageurs du riz et du maïs à laquelle appartient le genre Cryptolestes.
Les insectes de cette famille sont dépourvus de rostre. Cryptolestes ferrugineus est l’espèce qui intéresse Madagascar. C’est un petit coléoptère de 1,5 à 2 mm de long, insecte plat et étiré de couleur acajou. La larve peut atteindre une longueur de 3 à 4 mm. Elle est élancée et de couleur blanc d’os. Son dernier segment abdominal porte deux urogomphes sombres. Elle est pourvue de trois paires de pattes.
Figure 4. Cryptolestes ferrugineus
Déprédateur cosmopolite et classé comme ravageur primaire des céréales à Madagascar, il se développe normalement en 23 jours à la température de 33 °C et à une humidité relative de 70 %. La teneur en eau du grain peut être de 9 % à 14 %.
Les larves et les adultes participent aux dégâts et attaquent des graines entières. Leur prolifération rapide amène un fort dégagement de chaleur dans les céréales.
La famille est représentée par l’espèce Tenebroides mauritanicus appelé vulgairement cadelle. C’est un insecte de 6 à 11 mm de long et de couleur brun foncé à noir. Il se caractérise également par un étranglement entre les élytres et le prothorax.
Les larves d’une couleur blanc sale rappellent une chenille (corps assez mou), mais pas de fausses pattes abdominales. Elles ont une tête noire ainsi que deux taches parfois confluantes sur le premier segment thoracique. L’extrémité de l’abdomen est prolongée par deux pointes noires. Les larves mesurent 15 à 18 mm. C’est un des grands déprédateurs rencontrés à Madagascar dans les stocks de riz.
Pour cet insecte, on ne peut pas accuser les adultes de commettre des dégâts car, strictement carnivores, ils chassent les larves des autres insectes des denrées et même celles de leur propre espèce. Par contre, les larves dévorent germe et albumen des céréales à petits grains, mais laissent intacts l’albumen du maïs.
Oryzaephilus surinamensis, caractérisé par une tête dépourvue de rostre et un thorax avec six dents latérales de chaque côté, appartient à la famille des Sylvanidae. Il est communément appelé ‘Sylvain dentelé’.
L’adulte est un petit coléoptère brun foncé de 2,5 à 3,5 mm de long et de forme élancée. Les larves sont minces d’une couleur crème pâle avec deux zones de couleur crème grisâtre à la face dorsale de chaque segment. Leur longueur peut atteindre 3 à 4 mm à la fin de la troisième mue.
C’est un ravageur secondaire, commun dans tous les greniers malgaches. Il se développe normalement sous les conditions optimales de 30 à 35 °C et d’humidité relative égale à 70 - 90 %, et cela pour une durée de 20 à 80 jours (20 jours à 32,5 °C si l’humidité relative est égale à 90 %, et 80 jours à 20 °C si l’humidité relative est égale à 90 %), avec une teneur en eau de 13,5 à 14 %. Bien qu’il soit ailé,
Oryzaephilus surinamensis vole rarement. Les dégâts causés par les adultes sont insignifiants. Ils mordillent les denrées et font à l’occasion preuve d’entomophage détruisant les larves des autres petits coléoptères. Par contre, les larves se montrent incapables de s’alimenter sur desgrains parfaitement sains. Ils relaient les charançons et cohabitent avec eux.
Figure 5. Oryzaephilus surinamensis
A cette famille appartiennent Tribolium castaneum et Tribolium confusum. Ils ont une tête dépourvue de rostre, le thorax sans dents latérales et les antennes courtes. Les larves étroites se déplacent librement. Elles sont blanchâtres à jaune brun et atteignent une longueur de 5 à 6 mm.
Figure 6. Tribolium castaneum
Figure 7. Tribolium confusum
Tribolium castaneum est l’espèce représentée à Madagascar. Il est de couleur rouge. Les Tribolium sont des ravageurs secondaires. Pour un cycle d’environ 20 jours, les conditions optimales sont de 35 °C et 75 % d’humidité relative.
Les imagos exploitent les mêmes denrées que leur progéniture s’adonnent au cannibalisme en attaquant les nymphes et les oeufs.
Les larves se nourrissent difficilement aux dépens de grains sains. Les charançons préparent leur terrain d’infestation.
Les bruches sont des coléoptères caractérisés par des élytres pubescents et tronqués qui laissent le dernier segment de l’abdomen à découvert. Leurs antennes sont généralement filiformes.
Les bruches sont les insectes inféodés aux légumineuses sèches mais peuvent provoquer des dégâts aux champs.
Cet insecte se trouve dans beaucoup de pays par suite des échanges internationaux des légumineuses sèches.
La larve, de couleur beige, ressemble à un ver blanc et peut atteindre une longueur d’environ 2 mm. Par contre, l’adulte mesure 2,5 à 3,5 mm de long. Les antennes sont découpées, mais pas pectinées. La forme générale du corps est ovale et les élytres duveteux, avec une teinte générale rouille et deux taches brunes ou noires de chaque côté. Les taches sont plus prononcées chez la femelle. On en distingue deux types : l’une avec un pygidium blanc, l’autre avec un pygidium noir avec une ligne blanche au centre. Les adultes vivent environ sept jours.
A l’optimum, 18 à 35 °C de température et sous une humidité relative de 80 %, le cycle dure 23 jours.
C. maculatus s’attaque au soja, au Phaseolus sp., au Voandzeia subterranea et à d’autres légumineuses.
C’est un insecte qui se rencontre à travers les tropiques et subtropiques.
Les larves qui se développent à l’intérieur du grain sont des ravageurs primaires du niébé, du lentille et d’autres légumineuses. L’infestation commence dans les champs.
L’adulte a un corps à poils courts. Le dernier segment abdominal est visible, et la forme du corps est plus ou moins triangulaire, ce qui le différencie de C. maculatus. Il est de couleur brun pâle avec des taches noirâtres sur les élytres. Comme la larve de toutes les bruches, celle de C. chinensis se loge dans un trou recouvert par un petit opercule, dans la graine attaquée. Elle est de couleur blanc sale, recroquevillée comme les larves de vers blancs. Elle mesure environ 2 mm.
Lors de fortes infestations, plusieurs larves peuvent se trouver à l’intérieur d’une même graine.
Cette bruche s’attaque non seulement au haricot mais également aux autres légumineuses. C’est un insecte cosmopolite.
Les larves sont des ravageurs primaires du haricot sec, mais l’infestation peut déjà commencer dans les champs.
L’insecte adulte d’une longueur de 3 à 5 mm a une couleur grise ou brun rougeâtre avec des taches longitudinales brun foncé sur les élytres. Les larves blanches qui ressemblent à un ver blanc sont velues et atteignent une longueur allant jusqu'à 4 mm.
A la température optimale de 30 °C et sous une humidité relative de 70 %, 21 jours sont nécessaires au développement de cette bruche.
Originaire d’Amérique Centrale et du Nord de l’Amérique du Sud, cette bruche est actuellement acclimatée dans presque toutes les régions tropicales du globe.
Elle est principalement nuisible au haricot commun (Phaseolus vulgaris), mais aussi à d’autres Phaseolus, aux pois, fèves et pois chiches. Elle est capable de se reproduire indéfiniment sur graines sèches en magasin.
Chez ce coléoptère, il n’y a pas de forme de tête étranglée faisant penser à un cou, ni d’yeux ressortis. La forme du reste du corps ressemble fortement à celle des autres bruchidés. Le mâle mesure 1 à 2 mm de long, et son corps gris à brun gris est semé de taches claires et sombres rappelant un échiquier. La femelle qui atteint jusqu’à 3 mm de long est de couleur olive à brun foncé et porte sur les élytres des stries transversales qui s’étalent souvent en taches.
La larve d’une longueur de 2 mm se loge dans un trou de la graine attaquée. Elle est recroquevillée et est de couleur jaune pâle.
Toutes les espèces de lépidoptères s’attaquant aux denrées stockées appartiennent au groupe de papillons de nuit. Les adultes sont actifs au crépuscule. Ils vivent habituellement beaucoup moins longtemps que les coléoptères (soit 15 jours à 20 °C et une semaine à 30 °C).
Les principaux lépidoptères qui nous intéressent sont les suivants :
L’adulte est un papillon de 15 à 20 mm d’envergure, de couleur grise, avec des ailes antérieures brun gris, ornées de dessins peu distincts. A Madagascar, dans les régions où une température optimale de 35 °C et où une humidité relative de 40 à 75 % s’imposent facilement, la durée du cycle de développement est de 30 jours. Les chenilles atteignent 1 mm de longueur lors de l’éclosion. Des taches noires ou un anneau noir à la base des soies dorsales latérales des segments abdominaux les distinguent des autres chenilles. Elles vivent comme ravageurs primaires. Elles se nourrissent principalement de germe et sont très néfastes à cause des toiles qu’elles tissent.
Le papillon a une envergure de 13 à 19 mm. Les ailes antérieures, ne comportant pas de dessins, sont jaune pâle. Les ailes postérieures sont grises. Insecte cosmopolite rencontré dans toute l’île, il se développe en 28 jours à la température de 30 °C et à une humidité relative de 80 %. Les chenilles sont des ravageurs primaires du paddy et du maïs. Les chenilles sont de couleur rouge ou rose vif palissant à mesure qu’elles grandissent jusqu'à devenir blanche. Comme les larves de charançons, les chenilles passent toute leur vie à l’intérieur du grain. Elles dévorent d’abord les germes qu’elles atteignent si besoin est, en creusant une galerie, mais elles s’alimentent de l’albumen.
L’adulte aux ailes antérieures brunes a une envergure de 15 à 25 mm. En 27 jours, à la température de 33 °C et à une humidité relative de 70 %, le cycle de développement est bouclé. La chenille est un ravageur primaire des grains. On la reconnaît facilement par sa couleur blanche, et les bords des stigmates sont plus épais en arrière qu’en avant. Elle mesure 15 mm environ. L’infestation est caractérisée par des agrégats composés de toile et de grains.
Encore appelé " Grand Capucin du Maïs ", il appartient à la famille des Bostrychidae.
Bien que cet insecte n’existe pas encore à Madagascar, il est important de le décrire dans cet exposé car il s’agit d’un insecte classé comme insecte de quarantaine, vu les dégâts qu’il occasionne au maïs, aux cossettes de manioc. En fait, c’est un ravageur primaire qui provoque de sérieuses pertes de maïs stocké au niveau des paysans dans les pays africains atteints.
Prostephanus truncatus se rencontre en Amérique Centrale et a été introduit accidentellement en Afrique Orientale et Occidentale.
C’est un coléoptère similaire à Rhizoperta, mais il est plus grand, de 3 à 5 mm, de couleur brun foncé. Les élytres en déclivité abrupte, vus de dessus, semblent avoir été sectionnés verticalement. Ils présentent une carène marginale au bord inférieur.
A 32 °C et sous une humidité relative de 80 %, la femelle peut pondre 400 oeufs, et le cycle de développement est bouclé en 27 jours.
Il n’est pas toujours facile de lutter contre ces insectes. Cependant, on peut limiter leur pullulation en respectant les mesures d’hygiène des magasins de stockage et les taux d’humidité du grain.
Les insecticides ne constituent toujours qu’un complément des mesures d’hygiène et ne peuvent en aucun cas remplacer ces dernières. Alors que l’on trouve sur le marché un très grand nombre de produits destinés aux multiples usages reçus par la protection des plantes sur pied, il n’existe en revanche qu’un nombre restreint de produits répondant aux exigences particulières posées par la protection des denrées stockées. C’est à l’utilisateur qu’incombe la responsabilité de sélectionner, parmi l’éventail des produits proposés, celui qui répond le mieux à ses exigences spécifiques.
Deux groupes de matières actives, les organophosphorés et les pyréthrinoïdes de synthèse, sont les produits généralement utilisés dans la protection de stock.
Les organophosphorés se caractérisent par une bonne efficacité contre la plupart des ravageurs des stocks à l’exception des bostryches.
Les pyréthrinoïdes de synthèse possèdent une excellente efficacité contre les bostryches mais sont en revanche de moindre action contre les autres coléoptères. Ils donnent de bons résultats dans la lutte contre les teignes.
En cas d’infestation mixte de bostryches et d’autres coléoptères, un produit composé peut être employé dans la mesure où la législation locale le permet. Dans le cas contraire, un organophosphoré et un pyréthrinoïde sera appliqué à tour de rôle.
![]()
* Division Entomologie - Service de la Surveillance Phytosanitaire du Territoire National – Direction de la Protection des Végétaux