Mamitiana Juscelyno Jaonina1 et Fanantenana M. Dra2
Les moineaux domestiques (Passer domesticus) arrivaient accidentellement à Madagascar en 1975. Ils se sont multipliés et ont fait des dégâts dans les installations de stockage de la ville de Toamasina, avec les insectes et les rongeurs qui sont des anciens prédateurs de denrées stockées aussi bien dans les villes que dans les campagnes malagasy. Plus de 5.000 individus vivent actuellement à travers la ville. Ils se concentrent surtout dans les magasins de stockage pendant le jour, sur des arbres qui servent de dortoir pendant la nuit et dans les bâtiments qui présentent de nombreuses cavités pour la nidification. Ils entraînent des pertes sur les marchandises et causent également des dégâts sur les sacs et sur les installations de stockage. Par leurs souillures, ils posent des problèmes d’hygiène pour les graines qui sont directement destinées à la consommation. On craint l’extension de ravages dans le domaine de l’agriculture. Une étude sur la biologie et les comportements de l’espèce est en cours, en vue d’établir une stratégie de lutte adéquate.
English Sparrows (Passer domesticus) have accidentally reached Madagascar in 1975. They have since multiplied and caused damage at the storage facilities of the city of Toamasina, together with insects and rodents that are old pests of stored produce both in the urban and rural areas of Madagascar. More than 5.000 individuals live presently throughout the city. They are mostly concentrated in warehouses during daytime, on trees that are used as a dormitory during nighttime, and in buildings with cavities used for nesting. They cause losses of produce and damage bags and storage facilities. Their droppings create hygiene problems for food grains that are directly meant for consumption. An extension of the damage to agriculture is feared. A study on biology and behavior of this species is under way in order to formulate a suitable control strategy.
Depuis des temps immémoriaux, ce sont seulement les insectes et les rongeurs qui ont été les principaux déprédateurs de denrées stockées à Madagascar. Les oiseaux comme les Foudia de Madagascar et les perruches ne s’attaquent que dans les greniers à riz dans la campagne et pendant la période de crise. Mais il y a eu quelques années, une espèce d’oiseau faisant partie de l’ordre des passeriformes, famille des plocéidés arrivait dans la Grande Ile et rejoignait le groupe des animaux qui font des dégâts dans les magasins de transit et de stockage de la ville de Toamasina. Ces oiseaux s’appellent moineaux domestiques (Passer domesticus). Leur présence dans les zones périphériques aussi bien dans les petites villes que dans les villages a été remarquée. Nous, en tant que responsables de la Protection des Végétaux contre les oiseaux nuisibles, avons jugé utile qu’une étude soit faite pour mieux connaître leur biologie et leur comportement, en vue de trouver une méthode de lutte rationnelle,relativement efficace qui veille au respect de l’environnement et qui est applicable dans un pays comme le nôtre. L’étude a été commencée au mois de juillet dernier dans la ville de Toamasina et aux environs immédiats.
Les moineaux domestiques sont de couleur rousse dans la partie dorsale et blanchâtre dans la partie ventrale. Ils mesurent 14 à 15 cm de long. Durant la période de reproduction, le mâle a le menton et la gorge noirs. Il ne peut pas être confondu avec d’autres espèces. La femelle diffère de celle de Foudia de Madagascar par sa taille plus grande et le dessus du corps châtain. Les immatures diffèrent des femelles par la calotte et le croupion tachetés de brun et généralement par le corps de l’animal plus pâle .
Un auteur a dit que les moineaux domestiques arrivèrent à Madagascar en 1984, d’une façon accidentelle à bord d’une cargaison qui, peut-être, venait de La Réunion. Certains agents du Service Phytosanitaire, qui étaient témoins de la présence insolite de cette espèce d’oiseau au port de Toamasina à l’époque, ont affirmé qu’ils arrivèrent en 1975 à bord d’un navire qui séjournait au quai durant un mois et demi pour le débarquement de riz Pakistanais. Ils s’installent ensuite près du Club nautique avant de se répandre dans toute la ville.
Les observations qui ont été faites jusqu’à présent ont permis de dire que les moineaux domestiques se nourrissent de grains de riz ou de blé stockés dans des magasins ou répandus en dehors de ceux-ci. Ils peuvent s’introduire dans des magasins par l’intermédiaire des portes ouvertes, des toitures ou des dispositifs d’aération. Ils mangent en groupe, de préférence les graines de riz ou de blé qui sont déposées en vrac ou répandues sur le sol. Ils attaquent les sacs qui se trouvent à la surface de l’empilement. Ils saisissent de préférence ceux qui présentent des défauts. Les sacs bien fermés sont perforés par leur bec solide. Il semble que les sacs en jute sont plus attaqués que les sacs en plastique.
Les moineaux domestiques, comme leur nom l’indique, ont l’habitude de vivre avec les hommes. La présence des ouvriers qui travaillent dans les magasins ne leur empêche pas d’y pénétrer. Au moindre dérangement, ils ne font que se déplacer un peu sur le côté ou ils se retirent sur les murs, sur les ouvertures et reviennent deux à trois minutes plus tard. En cas de danger, ils sortent immédiatement des magasins par les différentes issues existantes.
Très souvent, les moineaux domestiques sortent des magasins et fréquentent les buissons et les mauvaises herbes pour chercher d’autres types d’aliments comme les grains de graminées sauvages et les petits insectes et de l’eau. Pendant les heures de repos, ils se perchent sur les arbres ou sur les toits de maison qui se trouvent à l’ombre.
Les moineaux domestiques se répandent à travers les quartiers en groupe de 5 à 20 individus, accompagnés quelquefois par les Foudia de Madagascar. Ils se perchent sur des arbustes, se déposent sur les toits de maison, descendent dans la cour, entrent dans les maisons. Ils se déplacent tout le temps pour chercher à manger. Ils abandonnent les endroits où les aliments commencent à s’épuiser.
Pendant la nuit, les moineaux se regroupent sur des arbres ou sur des arbustes, comme les manguiers et les bananiers. Les dortoirs peuvent être près des lieux de stockage des denrées. Ils peuvent être aussi loin de ceux-ci, comme par exemple les trois manguiers qui se trouvent en face de l’hôtel de ville de Toamasina.
Les lieux de nidification se trouvent en général près des lieux de quête alimentaire. Les nids sont construits dans des cavités qui se trouvent sur n’importe quels édifices en dur ou sur les installations électriques (lampes réglettes, réverbère ...).
Pour l’instant, on ne peut pas dire grand-chose à propos de la reproduction de ces oiseaux. La période mentionnée dans certains ouvrages ne correspond pas au cas observé à Toamasina actuellement. Ce que nous pouvons dire, c’est que les mois de juillet, d’août et de septembre font partie des moments de reproduction.
Le nombre de couvées peut atteindre jusqu’à cinq. La réussite de la couvaison peut être de 100 %. La construction de nid est assurée par le couple. Les matériaux de construction comme les sacs de jute ou les sacs en plastique peuvent servir à la fabrication du nid ajoutés de brins d’herbes et de plumes de volaille.
Les faucons de Newton (Falco newtoni) sont des ennemis naturels des moineaux domestiques. Ces moineaux commencent à apparaître loin de la ville de Toamasina. Leur présence dans la banlieue et dans la commune de Fanandrana (30 km de Toamasina sur RN 2) a été vérifiée. Leur existence dans la commune d’Ampasamadinika (50 km de Toamasina sur RN 2) et à Fénérive-Est (100 km de Toamasina, direction nord) a été aussi signalée. Dans ces zones, les moineaux utilisent les constructions en dur (hôpitaux, écoles, bureaux administratifs, ...) pour leur nidification. Ils se nourrissent de grains de blé qui se répandent au bord de la route. Ils attaquent les épis de riz avant la récolte - une observation qui doit encore être confirmée -, les semis et les grains séchés sur nattes à l’EASTA (Ecole d’Application des Sciences et Techniques Agricoles) et mangent dans le réfectoire comme les élèves.
Dans le centre urbain de Toamasina, les moineaux domestiques se regroupent surtout dans les locaux d’emmagasinage des denrées stockées. Chaque fois que nous avons fait des observations dans un magasin qui possède presque en permanence de stock de riz, nous avons pu observer un groupe de plus de 600 individus. Les moineaux sont absents dans certains magasins de stockage de girofle et de café.
Dans les magasins, les moineaux entraînent des pertes de poids sur les stocks, causent des dégâts sur les sacs et les souillures. La contamination par introduction des agents pathogènes n’a pas été observée pour le moment.
Dans les bâtiments administratifs et les églises, les moineaux domestiques gênent le confort des hommes en faisant des souillures, en causant des bruits incessants, en déposant leur nids sur les installations électriques et autres.
L’équivalence des pertes sur les denrées du point de vue quantitatif n’est pas encore connue pour deux raisons:
la différence est insignifiante par rapport à la quantité stockée,
d’autres animaux comme les rongeurs sont aussi responsables de pertes, alors il est difficile de savoir exactement celles qui sont causées uniquement par les moineaux. Il est facile de distinguer les traces laissées sur les sacs par les moineaux avec celles des rongeurs, mais il ne l’est pas s’il s’agit de déterminer exactement la quantité de graines consommées par chacun d’eux.
L’influence des souillures par les excréments sur la valeur réelle des marchandises est presque nulle. Les clients ne réagissent pas devant un sac souillé extérieurement. Ce sont les contenus qui les intéressent. De plus, ce sont uniquement les sacs se trouvant à la surface de l’empilement qui sont atteints.
La réduction de la valeur des sacs due aux activités des moineaux n’est pas encore connue. Les magasiniers n’ont pas enregistré le nombre de sacs endommagés jusqu’à présent, ni calculé les frais de réparation.
Les dégâts occasionnés par les moineaux domestiques sur les entrepôts et les installations électriques ne sont pas encore évalués. Nous avons l’intention de choisir quelques magasins de stockage, si possible représentatifs de tous les magasins infestés, et d’étudier les effets des ennemis en tenant compte de leur nombre pour permettre d’exprimer ces effets négatifs en valeur monétaire.
On estimera les pertes sur les denrées du point de vue quantitatif en tenant compte de la variation de l’effectif de la population qui fréquente un magasin dans le temps et la quantité de la consommation journalière d’un moineau domestique. Les tests effectués dans des cages jusqu’à présent ont montré qu’un seul moineau peut consommer jusqu’à 6 g de riz blanc par jour.
L’étude des moineaux domestiques n’est qu’à son début. Nous n’avons pu obtenir que quelques informations. Beaucoup de données restent à chercher. Bien que les conditionneur-stockeurs sont encore indifférents devant les dégâts occasionnés sur leurs marchandises, l’expansion de la population mérite une attention particulière de notre côté sur les denrées.
En effet, si l’attaque des moineaux sur les denrées n’est pas maîtrisée et qu’aucune lutte n’est entreprise, leur population en présence de nourriture disponible augmenterait. Et non seulement elle deviendrait un jour un fléau au niveau de la commune urbaine de Toamasina mais aurait également des impacts économiques aussi bien dans la ville qu’à la campagne.
Quelques mesures préventives peuvent être entreprises, à savoir par exemple la couverture par des bâches, la pose des grilles de protection ou d’un système d’effarouchement. Mais, en fait, on déplace seulement le problème.
Aussi, faudrait-il envisager dès maintenant une stratégie de lutte adéquate contre les moineaux domestiques en diminuant la population à un niveau plus ou moins acceptable, comme le filet et le dénichage. L’idée d’éradication totale s’avère difficile pour le moment.
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1Service Provincial de la Protection des Végétaux de
Toamasina – Direction de la Protection des Végétaux
2 Projet DPV/GTZ Promotion de la Protection
Intégrée des Cultures et des Denrées Stockées à Madagascar