Zafimaniry Gilberte*
Résumé/ Summary
Le Sud de Madagascar est souvent sujet aux problèmes d’alimentation car, d’une part, les conditions climatiques sont souvent défavorables et, d’autre part, les paysans n’ont pas des méthodes ou ne savent pas conserver les denrées alimentaires.
Etant donné que le marché de produits phytosanitaires est très limité, ces derniers ne sont pas toujours disponibles dans la région du Sud, où la vie et l’économie se basent surtout sur l’élevage. Par conséquent, les paysans vendent presque en totalité leur production juste après la récolte.
L’utilisation des produits naturels pour protéger les denrées pourrait être une solution à ces problèmes. En effet, ces produits sont disponibles pour les paysans. En Afrique, il existe toute une gamme de choix, à savoir la cendre, la poudre de latérite, les huiles végétales, des plants, le sable, etc., qui, malheureusement, ne sont pas encore connus à Madagascar. Ces produits sont à mélanger avec les récoltes.
Nous avons procédé à l’essai suivant: Les pois du Cap sont stockés dans du sable à des pourcentages en volume de ¼ à 1 ½ parties en volume de sable sur une partie de légumineuse, et cela pendant neuf mois, du 7.12.95 au 10.9.96. Un volume de sable de 25 % n’est pas suffisant pour protéger les graines du pois du Cap. Afin d’avoir de bons résultats, il faut que le volume soit au moins de 75 %. A titre d’exemple, après trois mois de stockage, toutes les 500 graines du témoin sont trouées par les bruches, tandis que 158 pour 25 % (en volume) de sable, 5 pour 50 % et entre 1 et 3 pour 75 à 150 %.
Le manque de récipients reste le problème au Sud de Madagascar car les paysans ne confectionnent pas de la poterie. Et la calebasse est trop petite pour stocker des produits autres que des semences.
The South of Madagascar is often prone to food problems on account of adverse climatic conditions on the one hand, and farmers do not have methods or do not know how to preserve foodstuffs, on the other hand.
As the market for phytosanitary products is very limited, they are not always available in the southern area where life and economy are mostly based on animal husbandry. As a result, farmers would almost entirely sell out their production soon after harvest.
The use of natural products to protect stored produce could be a solution to these problems. In fact, these products are available for farmers. In Africa, there is a wide range of choices, such as ash, laterite powder, vegetable oil, plants, sand, etc. which unfortunately are not yet known in Madagascar. These products are to be mixed with crops.
We have carried out the following experiment: Lima beans have been stored in sand at a ratio sand:beans ranging from ¼ to 1 ½ sand on 1 part of beans, for a period of nine months, from 7.12.95 to 10.9.96. A 25% sand volume is not enough to protect lima beans. To achieve better results, the volume should be no less than 75%. For example, after three months of storage, weevils have bored all of the 500 beans of the sample, 158 for 25% (volume-wise) of sand, 5 for 50%, and between 1 and 3 for 75 to 150%.
The main problem in the south of Madagascar is the lack of containers, for farmers do not make earthenware, and calabashes are too small for storing products other than seeds.
Le Sud de Madagascar est souvent sujet aux problèmes d’alimentation (disette ou "kere") car, d’une part, les conditions climatiques sont souvent défavorables et, d’autre part, les paysans n’ont pas de méthode efficace ou ne savent pas conserver les denrées alimentaires. Ils vendent presque la totalité de leur production juste après la récolte.
Il est étonnant de savoir qu’en Afrique, les paysans ont déjà procédé au stockage de leurs denrées depuis longtemps. Ceci afin de pouvoir survivre pendant la période de sécheresse. Pour cela, ils utilisent des produits naturels, comme la cendre, le sable, différentes sortes de poudre, des huiles végétales et plusieurs plantes, qu’ils ajoutent à leur récolte.
Pour convaincre d’abord les techniciens, ensuite les paysans, de l’efficacité de ces méthodes, un premier essai a été effectué avec le pois du Cap mélangé avec du sable, produit qui se trouve en abondance dans tout le Sud de Madagascar. Et comme ces méthodes sont déjà largement pratiquées par les paysans dans d’autres pays, il y a sûrement une chance qu’elles soient aussi acceptées par les agriculteurs malgaches.
Il s’agit d’une méthode simple, peu coûteuse, efficace et à la portée des paysans. Il est à remarquer qu’un autre essai a été déjà effectué en 1995 pour tester l’efficacité de quelques matières minérales pour la conservation. Cette année, les essais ont été conduits pour déterminer la dose efficace du sable et le temps maximal d’efficacité. Pour cela, le pois du Cap, produit important au Sud et à l’Ouest, a été choisi.
Les essais ont été entrepris dans un local du Service Provincial de la Protection des Végétaux à Toliara.
Par ailleurs, des démonstrations sur l’utilisation du sable, comme produit de conservation au niveau du paysan à Ambovombe, Amboasary Sud, ont été faites avec un résultat très convaincant. Le système consiste à bien mélanger les graines avec le sable et à ne laisser aucun espace vide entre les graines. Ceci rend le déplacement des coléoptères très difficile et même impossible, surtout si, après chaque couche de 10 cm d’épaisseur, ce mélange est tassé à la main. Pour éviter une infestation secondaire, tout le mélange doit être recouvert d’une couche de sable de 5 à 10 cm d’épaisseur.
Avant de faire l’essai, le sable sédimentaire a été successivement tamisé pour avoir des grains assez homogènes, pas grossiers, et aussi pour éliminer les morceaux de plants. Quant aux pois du Cap, ils ont été mélangés pour avoir une grande uniformité. Des seaux plastiques d’une contenance de 5 l ont été achetés pour servir de récipient de conservation.
Ce test consiste à déterminer la quantité minimale de sable efficace à la conservation, d’une part, et à trouver le temps maximal de conservation de chaque dosage, d’autre part.
Différentes doses de sable ont été appliquées, toujours mesurées en volume: ¼; ½; ¾; 1; 1 ¼ et 1 ½ unités de sable pour une mesure de pois du Cap.
Trois gobelets de pois de Cap ont été pris comme unité de volume.
Pour rendre le mélange des deux produits plus facile, la dose déterminée de sable et l’unité de pois de Cap sont versées alternativement dans le seau. Ce procédé a été fait pour les différentes doses de sable. On avait également des témoins, c’est à dire des pois du Cap non traités pour apprécier les résultats des tests.
Une évaluation a été effectuée tous les 45 jours durant neuf mois. Durant cette période, six évaluations ont été faites pour le test de dosage. Et 500 graines ont été prises de chaque seau. Pour pouvoir calculer la perte de poids, les points suivants ont été analysés:
La moyenne des cinq répétitions a été faite. Seuls les résultats de la sixième et dernière évaluation sont présentés sous forme de graphes. Ceci afin de rendre la compréhension plus facile. D’ailleurs, les prix deviennent plus élevés neuf mois après la récolte, et c’est à ce moment que les paysans devraient liquider leur stock.
En général, le test a montré une bonne efficacité à partir du dosage ½. Au-dessous de ce dosage, le pois du Cap n’est plus entièrement couvert de sable et révèle une déficience quant à la conservation.
Au bout de 45 jours, on a vu la présence des bruches ("tangiriky", "goedra"). Leur nombre est croissant à partir du quatre-vingt-dixième jour, et les graines des témoins sont fortement trouées et portent des oeufs. Elles sont considérées comme abîmées.
Les bruches sont constituées des espèces de Zabrotes subfasciatus et Callosobruchus maculatus.
Pour calculer les pertes de poids, la formule suivante peut être utilisée:
| Perte de poids (%) = |
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|
Graphe 1. Nombre de graines trouées par des bruches après 9 mois de stockage (pour le témoin, après 1,5 mois, 3 mois et 4,5 mois) |
Explication:
Dans le témoin, à la troisième évaluation, la totalité des graines étaient trouées. Dans la variante de ¼ (% volume) de sable ajouté, les graines n’étaient pas suffisamment recouvertes de sable et ont pu également être attaquées par les insectes ravageurs. Entre ¾ et 1 ½, le nombre des graines trouées était entre 3 et 1.
![]() |
| Graphe 2. Nombre de graines porteuses d’oeufs après 9 mois de stockage |
Explication:
Le témoin a présenté à la première évaluation 4 graines avec des oeufs, à la deuxième 107 et à la troisième 500, la totalité. Pour les variantes ¾ à 1 ½, les nombres varient entre 1 et 3.
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| Graphe 3.
Nombre d’insectes trouvés après 9 mois de stockage, calculé sur 1.000 graines |
Explication:
Le nombre d’insectes trouvés dans le témoin et la variante ¼ était si élevé qu’un comptage n’était plus possible. Dans le témoin, le chiffre estimé de 3.500 individus était atteint à la troisième évaluation et la variante ¼ à la sixième évaluation.
Les chiffres se présentent ainsi:
|
Variante |
0 |
¼ |
½ |
¾ |
1 |
1 ¼ |
1 ½ |
|
Nombre d’insectes |
3.500 |
3.500 |
40 |
8 |
8 |
6 |
4 |
La méthode de conservation avec le sable n’a pas altéré la faculté germinative du pois du Cap. Quatre-vingt dix pour cent des graines testées ont germé en une semaine. Les graines ci-dessus conservées gardent encore leur goût initial après la cuisson, et le temps de cuisson reste normal.
D’autres essais ont été effectués avec le sable roux. Le contrôle de ces tests n’a été fait qu’après neuf mois et a également donné un bon résultat.
L’essai de démonstration au niveau paysan a été effectué à Ambovombe, Amboasary Sud et Tolagnaro, avec le haricot rouge et le haricot marbré. Ceux-ci ont été mis dans des demi-fûts avec le sable de dosage 1 ½ (une unité égale à trois seaux de haricot à conserver avec quatre et demi seaux de sable). De meilleurs résultats sont obtenus: les graines de haricot restent intactes, mais les témoins sont tous attaqués.
La méthode qui consiste à mélanger les légumineuses sèches avec du sable pour une conservation à long terme s’avère efficace sous les conditions du Sud malgache.
Le sable est une matière chimiquement neutre qui n’a aucune influence sur la qualité et la capacité germinative du pois du Cap ou du haricot et qui peut toujours être réutilisée chaque année. Le récipient reste le problème qui est à étudier. Le climat au Sud est relativement sec. Une bonne aération pour les denrées n'est pas tellement nécessaire, et toutes sortes de récipients peuvent être utilisées pour le stockage. Les paysans ne pratiquent pas la poterie, et les soubiques, récipients flexibles, ne conviennent pas au stockage avec du sable car son mélange avec les denrées est trop lourd. De plus, le sable risque de se séparer des produits à stocker, d’où la possibilité d’introduction des bruches dans les graines. Des récipients rigides sont préférables.
D’après une enquête menée dans les régions Mahafaly et Antandroy, les paysans ne veulent pas un stockage communautaire. Ils préfèrent un stockage individuel, c’est à dire au niveau de la grande famille. Cette méthode présentée convient parfaitement à leur besoin, stockage à petite échelle, et devrait être programmée dans la vulgarisation agricole.
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* Section Denrées Stockées à Toliara - Service Provincial de la Protection des Végétaux – Direction de la Protection des Végétaux