Julien Rakotoarimanana*
Résumé/ Summary
Le danger que peut représenter, pour les consommateurs, la présence des résidus de pesticides dans les denrées alimentaires, devient une préoccupation majeure et d'actualité notamment dans les pays industrialisés. Ceci oblige les autorités à renforcer la législation régissant l'utilisation de ces produits et à se montrer plus exigeantes sur l'étude des différents composants avant d'en autoriser l'emploi. En effet, il a été démontré que si les pesticides sont correctement utilisés selon les règles de bonnes pratiques agricoles (respect des doses, respect du délai avant récolte, ...), les risques de présence de résidus sont, sinon pratiquement nuls, du moins insignifiants. Malheureusement, la réalité s'avère bien différente, notamment dans les pays en développement où la réglementation concernant l'utilisation fait défaut, et, même si elle existe, son application laisse souvent à désirer en raison spécialement de l'absence de contrôle et de suivi.
Il apparaît, dès lors, inévitable qu'on continue à considérer la présence des résidus dans les denrées alimentaires comme un problème prioritaire et qu'on devrait y accorder une plus grande importance, notamment dans les pays où les possibilités de contrôle des résidus sont inexistantes ou difficiles eu égard aux importants coûts financiers que cela engendrerait pour l'administration.
The danger posed to consumers by the presence of pesticide residues in produce has become a major and up-to-date concern, especially in industrialized countries. This has compelled authorities to strengthen the legislation regulating the use of these products, and to become more demanding concerning the study of their various components before issuing permission. It has been shown indeed that when pesticides are adequately used according to good farming practice (observance of dosage, respect of pre-harvest period, etc.) risks of existence of residues are virtually nil, or at least insignificant. However, reality is quite different especially in developing countries where a regulation regarding pesticide use is not existent. And even if it exists, its implementation is often not optimal due to lack of controls and follow-ups.
Therefore, the presence of residues in produce should inevitable and continuously be considered as a priority problem to which special importance should be granted. This applies specially to such countries where residue-controlling facilities are not available or are not easily accessible due to the size of financial costs to be incurred by the administration.
La contamination des denrées alimentaires par les pesticides constitue une des grandes préoccupations actuelles, notamment dans les pays industrialisés où la tendance est de limiter l’utilisation de tout intrant d’origine chimique. Cependant, comme il est impossible de s’en passer, on a renforcé au maximum la législation régissant l’utilisation de ces produits avec une plus grande exigence, en ce qui concerne l’étude des différents composés avant d’en autoriser l’emploi. Par ailleurs, les études effectuées à travers le monde ont permis d’établir que si les pesticides sont correctement utilisés et conformément aux règles de bonnes pratiques agricoles, les risques de contamination ou de présence de résidus de pesticides sont pratiquement insignifiants, sinon nuls. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas à Madagascar, comme dans bien de pays en développement, la réglementation concernant l’utilisation des pesticides étant généralement au stade embryonnaire, pour ne pas dire inexistante.
Il est donc normal à ce qu’on considère la présence de résidus de pesticides dans les denrées alimentaires comme un problème d’actualité.
D’une façon générale, les résidus dans les denrées alimentaires - dont la définition, selon la FAO, est donnée en annexe 1 - peuvent provenir de trois principales sources dont:
l’éventuelle contamination des sols par des produits réputés très stables initialement appliqués à d’autres fins, comme bon nombre d’Organochlorés dont le DDT, l’Aldrine, etc.;
l’utilisation de pesticides en cours de végétation pour protéger les cultures contre les ravageurs et parasites;
la protection de la récolte pendant leur stockage avec des insecticides de synthèse.
La présence de résidus provenant de la contamination de l’écosystème est due principalement à la forte utilisation dans le passé d’insecticides Organochlorés très rémanents, comme le DDT, le HCH, l’Aldrine ou la Dieldrine dans le cas de la lutte antiacridienne. Ces produits se sont accumulés au fil des années dans l’ensemble de l’écosystème pour ne citer que le sol et les cours d’eau. Bien que l’utilisation de ces produits soit pratiquement abandonnée en agriculture à l’heure actuelle, il n’en reste pas moins que les résidus accumulés au cours des années constituent un niveau assez conséquent qui risquerait de s’aggraver avec le maintien de l’utilisation du DDT en traitement intra-domiciliaire, par exemple.
D’un autre côté, les traitements réguliers des cultures avec différents pesticides au cours de leur développement, sans considération des bonnes pratiques agricoles, peuvent constituer une source importante de présence de résidus dans les denrées. Cependant, si un intervalle de temps suffisant est pris en compte entre la dernière application et la récolte, il est peu probable que subsistent des résidus en quantités significatives dans les récoltes. A Madagascar, les cultures maraîchères (choux, tomate, oignon, concombre, cornichon, etc.) et légumières (haricot, pois du cap, etc.) sont régulièrement traitées avec des insecticides et des fongicides. Mais on n’observe que très rarement un intervalle de temps suffisant entre la dernière application et la récolte. D’autre part, les doses préconisées ne sont généralement pas respectées et encore moins la fréquence des traitements qui ne tient aucun compte de la situation des ravageurs ou de la maladie. Il est, dès lors, parfaitement normal si on trouve des teneurs parfois élevées dans certaines catégories de produits végétaux.
La protection chimique des stocks et des entrepôts avec des insecticides de contact et/ou de fumigants constitue indiscutablement la première source de présence de résidus de pesticides à des concentrations significatives dans les denrées alimentaires principalement les graines céréalières. Les insecticides de contact utilisés pour la protection des stocks à des doses bien déterminées permettent d’assurer une protection pour une période plus ou moins longue selon le type de produit. En général, ces produits disparaissent progressivement par décomposition de la matière active ou en raison de leur volatilité (cas du DDVP) de sorte que leur concentration résiduelle à la fin de la période de stockage prévue est généralement très faible par rapport à la quantité initiale apportée.
Pour les fumigants, leur principal avantage réside dans le fait que, sous forme gazeuse, bien qu’il soit absorbé par les denrées, la plus grande partie est éliminée par la ventilation de l’entrepôt et du stock d’où une concentration résiduelle généralement très faible.
Les concentrations des résidus qu’on pourrait détecter de façon significative dans les denrées alimentaires proviennent des insecticides de contact utilisés pour la protection chimique des stocks. La disponibilité des produits utilisables à cette fin est assez limitée. Parmi les insecticides de contact les plus usités aussi bien à Madagascar qu’à travers le monde, on trouve:
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le Chlorpyriphos-méthyle (Reldan 2E) - le Dichlorvos (Nuvan 7) - le Fénitrothion (Sumithion 5D) - le Malathion (Zithiol 2 % et 50 %, Malagrain 2 %, Callimal 50 %) - le Pyrimiphos-méthyle (Actellic 2 D, Actellic 50 %) |
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En ce qui concerne les fumigants, leurs résidus sont théoriquement négligeables mise à part la présence de résidus de métabolites provenant de la réaction du Bromure de Méthyle avec certaines denrées.
Selon les méthodes de traitement adoptées liées aux conditions de stockage, on peut observer des variations importantes de la concentration en résidus pour un même produit et pour une période de stockage identique. En effet, les résidus engendrés par les traitements ne sont pas significatifs pour les produits stockés en sac contrairement aux produits stockés en vrac ou en silo pour lesquels on rencontre des teneurs résiduelles souvent élevées et très variables en raison de l’hétérogénéité de l’application.
Les pesticides sont répartis en quatre classes par l’OMS en fonction de leur toxicité respective laquelle est représentée par la DL50 (dose létale 50 qui est la dose nécessaire pour tuer 50 % des animaux testés en laboratoire) et qui donne une indication sur la toxicité du produit. D’une manière générale, les produits à DL50 inférieurs à 50 mg/kg sont classés très dangereux et ceux supérieurs à 500 mg/kg peu toxiques (voir tableau en annexe 2). En ce qui concerne les produits utilisés en traitement des stocks, ils sont pour la plupart classés dans les deux dernières catégories de la classification. Toutefois, ceci ne donne aucune indication sur la toxicité relative aux résidus. Ceci a été rendu possible grâce à la détermination de la Limite Maximale de Résidus ou LMR (voir définition en annexe 1).
Grâce à l’existence des procédures d’homologation et des infrastructures de contrôle, des utilisations maximales ont été définies et approuvées pour les pesticides. Celles-ci concernent la dose d’utilisation, le nombre d’application et la fréquence ainsi que l’intervalle minimal à respecter entre la dernière application et la récolte et constituent ce qu’on appelle les bonnes pratiques agricoles. Elles serviront à recueillir des données sur les résidus en vue d’estimer les concentrations maximales de résidus lesquelles seront traduites en limite maximale de résidus.
La LMR n’est pas liée à la toxicité du produit mais donne une indication sur l’éventuelle intoxication à la suite d’une ingestion quotidienne d’une certaine quantité de pesticides caractérisée par ce qu’on appelle la dose journalière acceptable ou DJA (voir définition en annexe 1). Cependant, la marge de sécurité ménagée dans le calcul de la LMR suffit pour éliminer totalement le risque toxicologique. Par ailleurs, plusieurs facteurs réduisant les concentrations des résidus au moment de la consommation doivent être pris en compte, notamment le fait que:
les denrées stockées ne représentent qu’une partie de la consommation alimentaire quotidienne;
une partie des résidus présents au moment du traitement disparaît au cours du stockage, de la transformation et de la cuisson. Selon le Dr. Kern de la GTZ, ceci peut atteindre 73 à 92 % respectivement pour le Pyrimiphos-méthyle et le Fénitrothion sur blé et riz poli;
une partie peut être éliminée avec les parties non comestibles des denrées.
Par ailleurs, la connaissance du mécanisme de dégradation des pesticides en fonction de la température de stockage et de l’activité en eau des grains a permis de prévoir la durée d’action des pesticides et la dose optimale à appliquer.
Selon la FAO, l’expérience dans les pays qui effectuent des enquêtes systématiques sur les aliments montre que les résidus dans les aliments dépassent rarement les limites maximales de résidus (LMR) fixées par le Codex Alimentarius (voir, en annexe 3, les LMR recommandées par le Codex Alimentarius pour les insecticides de traitement des stocks). En outre, si les bonnes pratiques agricoles sont appliquées comme il se doit, les résidus ne devraient dépasser ces LMR. Une certaine surveillance devrait toutefois être assurée à travers des prélèvements d’échantillons aussi bien sur cultures au champ que dans les entrepôts durant la période de stockage.
L’utilisation d’insecticides pour la protection des denrées stockées peut se faire sans danger dans la mesure où leur comportement et les résidus qu’ils engendrent sont prévisibles et contrôlables. Si on se trouve confrontés à des problèmes en ce qui concerne les résidus, c’est surtout en raison de connaissances insuffisantes sur le comportement des insecticides et également des principes de traitement.
Il est donc surtout recommandé de faire des campagnes de formation et de sensibilisation pour améliorer l’utilisation des pesticides de façon à ce qu’ils soient appliqués conformément aux bonnes pratiques agricoles et n’entraînent la formation de résidus à des taux anormalement élevés et inacceptables pour la santé de l’homme. La résolution de ce problème relatif aux résidus doit également être accompagnée par la mise en place de structures nationales permettant le contrôle de formulation des pesticides et de leurs résidus et pour lesquelles le fonctionnement doit impérativement être assuré.
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* Service de la Phytopharmacie et du Contrôle des Pesticides – Direction de la Protection des Végétaux