28. Les insecticides peuvent-ils résoudre le problème des pertes après-récolte chez les petits paysans et les collecteurs-stockeurs?Table of Contents30. Les problèmes de stockage chez les Bara

29. Les problèmes de stockage vus par les paysans.
Résultats d’enquêtes à Madagascar

Victor Dieudonné Andriantsileferintsoa*

 

Résumé

Des séries d'enquêtes entreprises au début des années 90 ont permis d'avoir des informations sur les problèmes rencontrés par les paysans dans le stockage des denrées alimentaires, une estimation des pertes subies par le stock à cause des ravageurs, et ont facilité la connaissance de leur souhait en général.

Les récoltes obtenues par les paysans sont au départ très variables d'une région à une autre et d'une spéculation à une autre. Ceci est dû à la disponibilité des terres cultivables (très exiguës dans les régions centrales mais plus étendues dans d'autres régions), au climat (qui sélectionne naturellement les spéculations). A cette sélection naturelle s'ajoutent les difficultés conjoncturelles (problèmes financiers, problèmes de matériels d'exploitation, insécurité, problèmes d'intrants agricoles, ...) qui font que la production globale par spéculation soit généralement basse.

La constitution d'un stock durable se limite à une quantité servant à l'autoconsommation et aux semences.

La protection de ce stock contre les ravageurs n'est pas maîtrisée. Le paysan investit très peu dans les dépenses de protection. Les locaux de stockage sont également à l'origine des pertes de qualité et de quantité des produits entreposés.

Le manque de contact entre le paysan et le technicien s'accentue de jour en jour et ne fait qu'aggraver l'isolement du paysan.

En résumé, les problèmes de stockage rencontrés en milieu rural peuvent être d'origine interne, liée au statut du paysan lui-même, et externe, liée à son environnement.

 

Summary

Storage problems as seen by the farmers

A series of surveys carried out in the early nineties have allowed to collect information regarding problems being faced by farmers in foodstuff storage, to make an estimation of losses suffered by the stored products from pests, and to know farmers' wishes as a whole.

Yields achieved by farmers vary much at the start from one area to another and from one crop to another. This is due to the availability of arable land (very small in central regions and larger in others), climate (that naturally selects crops). Apart from this natural selection, there are other problems that arise from certain economic conditions (financial, equipment, insecurity, agricultural input problems, etc.) and that cause the global production per crop being generally low.

The establishment of a durable stock is confined to a quantity meant for home consumption and seeds for sowing.

The necessary skill for protecting this stock is not existent. Farmers invest very little for protection purposes. Storage premises are also the origin of losses in quality and quantity of stored products.

Lack of contact between farmers and technicians is becoming more acute day by day, and has further worsened farmer's isolation.

To sum it up, storage problems confronted by the rural world can be of internal origin, i.e. related to farmers' conditions themselves, and of external origin related to their surroundings.

 

Introduction

Le thème que nous allons traiter se réfère à deux séries d’enquêtes menées dans de nombreuses régions de Madagascar au début des années 90. La première qui s’intitule «Enquêtes sur le stockage des denrées alimentaires à Madagascar» (1990-1991) parle en partie des méthodes de stockage paysannales. La seconde, intitulée «Nuisibilité des ravageurs des denrées stockées en milieu rural» (1993), fait le point sur l’état du stock du paysan malgache et complète les informations acquises au cours de la précédente enquête. Nous axerons plus l’objet de nos réflexions sur le contenu de cette deuxième enquête.

Ce thème constitue en outre une introduction générale aux problèmes de stockage en milieu rural car d’autres sujets seront repris et approfondis par les collègues.

Pour avoir une même vision des problèmes et difficultés qui se posent aux paysans, nous allons procéder dans un premier temps à un rapide inventaire des locaux de stockage.

Une présentation du milieu d’enquêtes sera développée par la suite suivie d’une brève explication du support d’enquêtes.

Une synthèse des problèmes ressentis par les paysans fournira le corps de cette intervention, tandis que les causes de ces problèmes, tirées des actions même des paysans, fermeront le sujet.

 

Inventaire des locaux de stockage paysannal

Les constructions traditionnelles de stockage présentées ici sont celles qui sont les plus fréquemment rencontrées dans les différentes régions de l’île.

Système de stockage fermé

Avantages et inconvénients

Ces différents types de construction ont le mérite d’être économiques, faciles à entretenir car les matériaux utilisés sont disponibles dans la nature. Certains peuvent être à l’abri des attaques de rongeurs avec la mise en place des disques de bois anti-rongeurs. La circulation d’air y est très souvent favorable.

La perméabilité des toitures et des parois latérales aux eaux de pluie provoque cependant l’apparition de champignons et pose les problèmes de pourriture du stock.

Système de stockage ouvert

Le «salazana» est une installation de fortune destinée à placer le stock (maïs en spathes ou autres denrées en soubique) directement au dessus du foyer pour bénéficier des effets de la fumée produite comme écran de protection contre les infestations de parasites (voir Figure 6 dans "Les problèmes de stockage chez les Bara").

Le «tsihibe» ou "tsihimbary" ou "horonana" ou "sompitra" ou "volovary" ou "tsihilava" est un grand récipient cylindrique en natte ou en jonc reposant sur une couche de paille mélangée ou non à des feuilles de neem (voir Figure 28 dans "Les locaux et récipients de stockage traditionnels en Afrique et à Madagascar").

Le "tota" est la meule circulaire de 4 m de diamètre (région d’Ambatondrazaka) ou rectangulaire de 2 m x 5 m (région de Marovoay) élevée dans la rizière asséchée dans l’attente du battage qui se fait sur place. Un matelas de paille sèche évite le contact direct avec le sol. Les bottes sont placées les unes sur les autres, les épis à l’intérieur.

La partie supérieure est bâtie de façon à former une pente permettant l’écoulement des eaux de pluie (voir Figures 29 et 30 dans «Les locaux et récipients de stockage traditionnels en Afrique et à Madagascar»).

Le «tsatokazo» ou «enjoenjo» est le perroquet, bâton en fourche planté dans le sol sur lequel sont accrochés les spathes de maïs. La mise en place de plaque d’acier sur le tronc permet d’éliminer l’attaque des rongeurs, mais non celle des oiseaux (voir Figure 15 dans "Les locaux et récipients de stockage traditionnels en Afrique et à Madagascar").

Avantages et inconvénients

Toutes ces méthodes sont très pratiques, faciles à concevoir et disposent d’une bonne aération puisque, généralement, ils sont à découvert en plein soleil. Insectes, oiseaux et rongeurs ont cependant directement accès aux produits stockés sauf pour le «tsatokazo» muni de plaque de fer anti-rongeurs.

 

Milieu d’enquêtes

La deuxième série d’enquêtes a été effectuée dans les provinces d’Antananarivo, de Mahajanga, de Toamasina, de Toliara, surtout dans les grandes zones rizicoles de Madagascar que sont le Moyen-Ouest, le Vakinankaratra, Marovoay et Ambatondrazaka (voir formulaire d’enquête en annexe E) La répartition par province est la suivante:

Région

Paysans enquêtés

 

Nombre

Pourcentage

Antananarivo

77

28 %

Mahajanga

53

19 %

Toamasina

63

23 %

Toliara

84

30 %

Les spéculations retenues pour l’enquête sont le paddy, le maïs, le manioc, le haricot et l’arachide.

A titre de référence et de comparaison, nous présentons quelques chiffres pour chaque province.

Tableau 1. Les principales productions végétales dans les quatre provinces (Année 1990)

 

Antananarivo

Mahajanga

Toamasina

Toliara

Total

 

Superficie (ha)

Product° (t)

Superficie (ha)

Product° (t)

Superficie (ha)

Product° (t)

Superficie (ha)

Product° (t)

Superficie (ha)

Product° (t)

Paddy

222.200

429.800

155.540

322.350

266.640

515.760

109.800

171.920

754.180

1.439.830

Maïs

77.326

82.892

15.440

18.294

12.325

12.512

24.530

17.986

129.621

126.984

Manioc

51.300

367.140

21.100

110.100

29.400

239.045

66.700

238.435

168.500

1.054.720

Haricot

20.675

17.290

1.260

980

2.530

2.295

3.290

2.485

27.755

23.050

Source: Annuaire du MPARA - Direction de la programmation

Le facteur humain:

La répartition de la population rurale montre que les fortes densités se trouvent sur les hautes terres centrales et la côte Est.

Tableau 2. Répartition de la population rurale des quatre provinces (Année 1990)

Province

Superficie rurale
(km²)

Population rurale (habitant)

Densité (habitant/km²)

Antananarivo

57.906

2.134.300

36.9

Mahajanga

149.982

953.600

6.4

Toamasina

71.853

1.394.000

19.4

Toliara

161.295

1.304.700

8.1

Total

441.036

5.786.600

13.1

Source: MPARA - Projet recensement national de l’agriculture et système permanent des statistiques agricoles: «Caractéristiques générales du milieu rural»

Les exploitations rurales:

La répartition géographique des exploitations est assez proche de la distribution spatiale de la population rurale.

Tableau 3. Distribution géographique des exploitations (Année 1990)

Province

Exploitation (nombre)

%

Population rurale (habitant)

%

Antananarivo

330.717

34

2.134.300

37

Mahajanga

166.933

17

953.600

16

Toamasina

247.615

25

1.394.000

24

Toliara

236.565

24

1.304.700

23

Total

981.830

100

5.786.600

100

Source: MPARA - Projet recensement national de l’agriculture et système permanent des statistiques agricoles: «Caractéristiques générales du milieu rural»

 

Support d’enquête

En vue d’uniformiser les réponses pour une exploitation rationnelle, un questionnaire a été préalablement établi. Les réponses n’ont pas été dirigées, et le questionnaire a été condensé au maximum pour ne durer qu’un temps déterminé.

Vu la crainte, la méfiance, le manque évident de contact extérieur au groupe et, parfois, l’impatience que manifeste la majorité des paysans aux fins fonds de la brousse au cours de ces enquêtes, la considération du degré d’interprétation ou de véracité des réponses est laissée au soin de l’enquêteur (technicien de la DPV). C’est le cas des enquêtes effectuées à Toliara et dans une partie de la province de Mahajanga.

 

Problèmes recensés liés à la pratique des paysans

Aperçus de quelques spéculations

Le paddy

Le riz est cultivé par 85 % des paysans enquêtés (236 cas sur 277).

La presque totalité de ceux qui ne le cultivent pas se trouve dans la province de Toliara.

Un peu plus de la moitié (51 %) obtient une récolte entre 1.000 et 5.000 kg dont les 2/3 sont inférieurs à 2.500 kg. Une minorité de 4 % (Marovoay et Alaotra) a pu produire entre 15 et 25.000 kg (Graphique 1).

Pour 22 % des enquêtés dont la majorité se trouve dans la province d’Antananarivo, tout le stock sert à l’autoconsommation; 30 % des enquêtés réservent 50 à 75 % de la récolte à cette fin. Pour les besoins familiaux, 10 % des paysans ne gardent que 25 % de leur stock (Graphique 2).

La durée de stockage varie entre 6 et 12 mois pour 67 % des paysans. Des paysans de Toamasina et de Mahajanga (14 %) stockent au delà de 12 mois.

Les combinaisons de réponse donnent les rongeurs comme ravageurs les plus importants du paddy stocké (74 %). Viennent ensuite les coléoptères et lépidoptères avec 26 % (Graphique 3).

Les attaques des rongeurs sont permanentes tandis que celles des coléoptères et lépidoptères ont lieu après 3 à 9 mois. Et 30 % des paysans qui stockent le paddy estiment les dégâts entre 1 et 4 %.

En outre, 14 % des paysans, formés en majorité de paysans d’Alaotra et de Marovoay, ont une perte de moins de 1 %. Une autre partie, 14 %, composée essentiellement de paysans d’Antananarivo évoque une perte comprise entre 10 % et 24 %. Et 10 % des effectifs d’ensemble, dont la majorité est issue de Toliara, ont une perte de 25 à 50 % (Graphique 4).

Le stockage paysannal donne une place importante au séchage. La durée du séchage est variable d’une région à une autre. Mais, généralement, elle est plus de 15 jours (sous forme de meule dans les régions de Marovoay et d’Ambatondrazaka). Dans la province d’Antananarivo, elle est plus courte (3 à 7 jours).

Le maïs

Dans l’ensemble des quatre provinces, 64 % des paysans enquêtés cultivent le maïs avec une production variant autour de 1.000 kg. Cette culture est plus importante dans les provinces d’Antananarivo et de Toliara dont une minorité de 5 % produit jusqu'à 15.000 kg (Graphique 5).

L’autoconsommation est plus importante que la commercialisation.

La durée de stockage varie entre 3 et 12 mois. Les petits stocks sont consommés très rapidement, et seules les semences sont gardées jusqu'à l’arrivée de la saison suivante. Cette durée inclut aussi le stockage prolongé des semences. Dans la province de Toliara, la majorité (68 %) stocke entre 3 et 6 mois (Graphique 6).

Le principal ravageur du maïs reste les coléoptères pour 48 % des enquêtés. Les rongeurs sont à l’origine des pertes pour 20 % des cas.

L’attaque des coléoptères a lieu généralement 1 à 6 mois après le début de stockage pour 36 % des enquêtés, dont 21 % de ceux-ci l’ont constaté à partir de 3 à 6 mois. La présence des rongeurs sur le stock est, par contre, quasi permanente.

Les pertes causées par les ravageurs sur le stock de maïs sont globalement estimée à 25 à 50 % pour la majorité des paysans qui cultivent. Dans la province d’Antananarivo, elles sont un peu moins de 5 à 24 % pour 25 % des paysans. Et pour 11 % des paysans de Toliara, elles peuvent dépasser 50 % (Graphique 7).

Généralement, pour les paysans des quatre provinces, le maïs à stocker est laissé sec sur pied avant d’être récolté.

Le haricot

Les genres de légumineuses cultivés à Madagascar, notamment dans le Sud, sont si nombreux que nous ne pouvons pas tous les traiter ici. Nous ne considérerons donc que le haricot commun (Phaseolus vulgaris) qui est intéressant pour sa valeur nutritive (richesse en protéine) et sa valeur marchande (produit d’exportation).

Il est cultivé par 48 % des paysans enquêtés, dont surtout ceux d’Antananarivo et de Toliara.

La production est très faible (entre 100 et 500 kg) pour la majorité de ceux qui cultivent le haricot. Seuls 2 % produisent jusqu'à 5.000 kg, et ce sont en général des paysans du Sud de l’Ile (Fig. 8).

Par ailleurs, 42 % de ceux qui cultivent arrivent à obtenir un surplus commercialisable de 25 à 75 % du stock, tandis que 31 % gardent toute la production pour les besoins familiaux.

Le temps de stockage est de 3 à 9 mois pour 48 % des paysans. Et 20 à 25 % stockent entre 9 et 12 mois. 20 % ne stockent que pendant moins de 3 mois, et 20 % stockent entre 9 à 12 mois.

Le principal ravageur des haricots reste les bruches pour 64 % des paysans. Les pertes dues aux rats et aux moisissures sont faibles.

Les bruches attaquent surtout 3 à 6 mois après le début de stockage avec une légère avance dans la province de Toliara de 1 à 3 mois (d’après 16 % des paysans de Toliara cultivant le haricot). L’attaque est beaucoup plus tardive dans la région d’Antananarivo.

Ceux qui n’ont pas de problème avec les bruches représentent 39 %.

Graphique 1. Production de paddy

Graphique 2. Autoconsommation de paddy chez les paysans

Graphique 3. Principaux ravageurs du paddy stocké

Graphique 4. Dégâts causés par les ravageurs sur paddy stocké

Graphique 5. Production de maïs

Graphique 6. Durée de stockage de maïs

Graphique 7. Dégâts causés par les ravageurs sur maïs

Graphique 8. Production de haricot

Les pertes causées par les bruches sont estimées entre 25 et 50 % par 26 % des paysans. 13 % des paysans issus de Toliara et de Mahajanga ont des pertes de plus de 50 %.

Le manioc

Les paysans sont conscients des difficultés de stockage de manioc à long terme. Aussi, sont-ils partagés entre stocker sous forme de manioc sec ou sous forme de manioc vert au champ, le problème étant pour ce dernier le ravage causé par les rats et les vols. Mais tout bien pesé, les paysans malgaches préfèrent encore de loin le stockage à l’état sec.

Aussi, 47 % de l’effectif enquêté, en majorité des paysans de Toliara et d’Antananarivo, cultivent le manioc et le stockent à l’état sec.

Les quantités produites sont autour de 2.500 kg pour 64 % de ceux qui cultivent le manioc. 13 % disposent de 5.000 kg alors que seuls 9,30 % arrivent à 10.000 kg. Quelques cas isolés produisent jusqu'à 25.000 kg.

Pour le manioc vert, 8 % de la totalité de l’effectif enquêté pratiquent le stockage au champ. Soulignons au passage que ce système est pratiquement ignoré dans la partie Sud de l’Ile.

La quantité produite est difficilement appréciable par les paysans du fait que le stock se trouve sous terre et est extirpé au fur et à mesure des besoins.

Le manioc constitue un des aliments de base des paysans malgaches, et 20 % de ceux qui cultivent le manioc réservent tout leur stock pour l’autoconsommation. Une grande partie des paysans de Toliara garde entre 50 et 75 % de leur production et vend le reste pour subvenir aux besoins du ménage.

La majorité des paysans de Toliara et de Mahajanga stocke le manioc pendant 3 à 6 mois tandis que ceux d’Antananarivo et de Toamasina gardent leurs stocks entre 6 et 9 mois.

Le principal ravageur du manioc sec reste les coléoptères (Sinoxylon conigerum, Rhizopertha dominica, ...). Ceux-ci provoquent 72 % des dégâts occasionnés sur manioc dans la province de Toliara. Les dégâts causés par les rats, représentant 28 %, sont moins importants en général que ceux des coléoptères.

Le moment d’attaque des coléoptères se situe généralement entre 3 et 6 mois. Cependant, dans la province de Toliara, 29 % des paysans ont déjà un stock attaqué dès le premier mois, et 40 % à partir de 3 mois.

En ce qui concerne les rongeurs, l’attaque sur le stock est permanente bien qu’elle soit de moindre importance.

Par ailleurs, 8 % des paysans d’Antananarivo ont des problèmes de moisissure.

Les pertes dues aux ravageurs du stock de manioc représentent 25 à 50 % pour 31 % des paysans. Ceux-ci sont en majorité originaires de Toliara.

Et 12 % des paysans à majorité du Sud ont des pertes de plus de 50 %.

Pour 25 cas représentant 16 % de l’effectif, cette perte se situe entre 10 et 24 %. Pour une autre frange de 16 %, les pertes sont inférieures à 10 %.

Organisation générale du stockage

L’usage des caillebotis semble être courant pour une bonne proportion des paysans des quatre provinces (77 %) avec un léger retard pour la province de Toliara. Toutes sortes de matériaux sont utilisées à cette fin: madrier, tôle, foin, natte, planche, balles de son, feuilles de bananiers, joncs, ...

La préparation de lieu de stockage consiste en un nettoyage pour 12 % des paysans.

La conscientisation du paysan malgache face aux problèmes rencontrés en cours de stockage n’est plus à démontrer. 97 % confirment la nécessité de protection du stock contre les attaques de ravageurs. Seuls 3 % pensent qu’il n’est pas nécessaire de le faire.

Dans la protection du stock contre les insectes, la large majorité des paysans ne fait rien. Une partie représentant 8 % du total utilise des insecticides. Ce sont en majorité des paysans de Toamasina, de Toliara et de Mahajanga. L’utilisation du piment «pilipily» est connue dans les quatre provinces, mais son importance est variable. Si, à Antananarivo, elle est la forme de protection la plus employée par les paysans (21 %), dans les autres provinces, par contre, elle a nettement moins d’intérêt.

En plus de ces deux possibilités, le séchage au soleil est aussi utilisé par les paysans comme méthode de protection du stock, que ce soit un séchage initial ou des séchages répétés. Aussi, 10 % optent pour cette solution.

Les paysans se sentent mieux impliqués dans la lutte contre les rongeurs car seuls 29 % ne font absolument rien (contre 67 % pour les insectes). La plupart de ceux qui ne font absolument rien se trouvent dans la province de Toliara et d’Antananarivo.

Les plus utilisés pour la lutte contre les rongeurs sont le chat, les tapettes, les raticides, la nasse, la chasse, le déterrage, le débroussaillage, le tapis de balle de riz étalé sur le stock, ... L’utilisation combinée de ces moyens de lutte est fréquente pour les quatre provinces (34 % des cas). L’utilisation de raticide reste faible (6 %), et celle de la nasse n’est pas du tout courante.

Il a été demandé aux paysans à combien s’élève leur dépense pour la protection du stock contre les ravageurs; Pour 45 %, cette dépense est nulle. 30 % dépensent entre 1.000 et 8.000 FMG par campagne. Pour 9 % des paysans essentiellement d’Antananarivo et de Toliara, cette dépense varie entre 5.000 et 10.000 FMG. 6 % ont la possibilité de faire au delà de 10.000 FMG tandis que 6 % autres moins de 1.000 FMG (Tab. 4).

Les opinions divergent suivant les régions concernant la réponse à la question sur la comparaison de l’importance des deux principaux ravageurs des denrées stockées. A Mahajanga comme à Antananarivo, le problème des rongeurs est largement dominant alors qu’à Toamasina et à Toliara, les dégâts dus aux insectes sont plus ressentis. 10 % de l’ensemble trouvent que les dégâts causés par les rongeurs et les insectes sont identiques.

Les produits avariés ne peuvent plus servir à autre chose pour 42 % des paysans enquêtés (dont la majorité sont ceux de Mahajanga et de Toamasina). 33 % de l’ensemble utilisent les déchets pour l’alimentation animale (volaille, bovin, porcin). Mais la commercialisation des déchets par vente aux éleveurs n’est pas encore courante.

44 % des enquêtés commercialisent leur stock au moment de la récolte lorsqu’il s’agit donc de vendre le surplus. Ces paysans sont ceux qui n’ont plus de stock, excepté le stock d’autoconsommation et de semences, après la vente. Pour 26 %, la vente a lieu au moment de la pénurie sur le marché. Ce sont ceux qui disposent de plus de stock disponible, dettes et autoconsommation préalablement déduites. Une partie des paysans (15 %) trouve plus important de vendre au moment des travaux de préparation des cultures. Une faible partie représentant 7 % de l’ensemble, issue de la province de Toliara, vend suivant les besoins de la famille (Graphique 9).

Concernant les desiderata des paysans, ils sont multiples et variés.

Un grand nombre (44 %) souhaite le règlement du problème des produits de traitement, surtout pour Toamasina (67 %), Antananarivo (40 %) et Toliara (39 %): certains pensent encore à des cessions gratuites, mais nombreux sont ceux qui espèrent que la commercialisation des produits soit mise à leur portée immédiate (proximité, prix accessible, produits efficaces).

Tableau 4. Les dépenses de protection (Année 1990)

Libellé

Nbre Enreg.

%

Répartition par Faritany

Antananarivo

%

Mahajanga

%

Toamasina

%

Toliara

%

Rien

125

45,12

19

25

25

47

12

19

69

82

Moins de 1.000 fmg

17

6,14

5

 

3

 

9

14

0

 

Entre 1.000 et 5.000 fmg

83

29,96

30

39

20

38

29

46

4

5

Entre 5.000 et 10.000 fmg

25

9,03

10

13

3

 

5

 

7

8

Plus de 10.000 fmg

17

6,14

6

 

1

 

6

10

4

5

Sans précision

10

3,61

7

 

1

 

2

 

0

 

Graphique 9. Moments de vente de la récolte

17 % des paysans souhaitent les conseils des techniciens pour les produits les plus performants. Les paysans malgaches ont actuellement l’impression qu’un fossé s’est creusé entre eux et ces techniciens: ils se sentent livrés à eux-mêmes car ces derniers ne viennent plus que très rarement sur terrain. De plus, les produits commercialisés ont changé petit à petit sans que les commerçants puissent donner des instructions valables en ce qui les concerne.

Les desiderata du reste des paysans sont pêle-mêle: la construction du local de stockage, la pharmacie villageoise ou dépôt de produits, la vente à prix modique des produits d’agriculture, des nouvelles semences, des appareils et produits de traitement, l’emprunt financier, la location de divers matériels de préparation du sol.

* Consultant indépendant

28. Les insecticides peuvent-ils résoudre le problème des pertes après-récolte chez les petits paysans et les collecteurs-stockeurs?Top of PageTable of Contents30. Les problèmes de stockage chez les Bara