29. Les problèmes de stockage vus par les paysans.Table of Contents31. Aspects du stockage des graines en milieu rural de Fianarantsoa

30. Les problèmes de stockage chez les Bara

Abdon Marthe Gilbert Iarmalzai*

 

Résumé

Les Bara, bien connus par leur talent de grands éleveurs de zébus, pratiquent également l'agriculture. D'après nos enquêtes dans les régions de Sakaraha, d'Ankazoabo et de Betroka, leurs principales productions sont le riz, le maïs, le manioc, l'arachide, l'oignon et l'ail.

Ces produits agricoles seront donc utilisés et répartis pour la vente, l'échange et pour le stockage. La vente assurera par la suite les achats des vêtements et surtout des produits de première nécessité, l'échange pour l'acquisition de boeufs ou d'autres produits agricoles, et enfin le stockage pour l'autoconsommation et les semences.

Les techniques de stockage pratiquées chez les Bara sont basées uniquement sur l'utilisation des matériaux très simples et rustiques. C’est le cas pour les greniers familiaux, ainsi que pour les méthodes de stockage.

Il y a également des mesures préventives et curatives prises par des paysans pour le stockage, mais qui ne sont pas satisfaisantes, voire inefficaces. Par exemple, la mise de paille sous les nattes comme mesures préventives, le bouchage des trous de rats et le séchage complémentaire comme mesure curative.

Les problèmes de stockage rencontrés chez les Bara concernent donc, d'une part, les stockages proprement dits qui ne sont pas du tout appropriés et, d'autre part, les ravageurs qui détruisent les denrées stockées soumises, dans la majorité des cas, à aucune protection.

La conservation des denrées, bien qu'elle ait été déjà pratiquée mais d'une façon traditionnelle, voire archaïque, crée beaucoup de problèmes. Et les paysans, face à ces problèmes, ne peuvent rien faire jusqu'à présent. C'est pourquoi, lors de nos enquêtes, presque toute la majorité des paysans enquêtés dans les régions Bara, désire vivement recevoir de bons conseils ou des aides de la part des techniciens en la matière, afin d'avoir des conditions meilleures et satisfaisantes pour la protection de leurs denrées stockées.

 

Summary

Storage problems at the Baras

The Baras, highly skilled in livestock breeding are also engaged in agriculture. According to our surveys in the Sakaraha, Ankazoabo and Betroka areas, they mainly grow rice, maize, cassava, peanuts, onions and garlic.

These agricultural produces will be used and distributed for sale, barter and storage. The proceeds of the sale are used to buy clothes and especially essential items; barter is used for procurement of cattle and other agricultural products. And finally storage is done for the purpose of home consumption and to keep seeds for sowing.

Storage techniques practiced by Baras are only based on the use of very plain and rustic materials. This applies to family granaries and storage methods.

Farmers would also take preventive and curative actions for storage but these are not satisfactory, indeed even ineffective. As a preventive measure, they put straw under mats; as curative measures, they fill in holes and do an extra drying.

Storage problems faced by Baras are at first the storage methods, which are far from being appropriate and, on the other hand, pests that destroy stored products, which, in the majority of cases, are not protected at all.

Crop preservation, though already practiced but in a traditional and even archaic way, generates lots of problems. Faced to such problems, farmers are helpless. During our survey, nearly all farmers in the Bara area longed for getting accurate counsels or assistance from technicians to achieve better and satisfactory conditions for the protection of their stored products.

 

Introduction

Le peuple Bara est bien connu par leur talent de grands éleveurs de zébus, étant donné les vastes prairies qui leur sont disponibles durant toute l’année. Mais, d’après les enquêtes faites, ils pratiquent également l’agriculture dans les plaines et les bas-fonds.

Les principales cultures, par ordre d’importance, figurent dans le tableau 1 suivant:

Tableau 1. Principales cultures

N° d’ordre

Cultures

Production de la dernière campagne (95/96) (t)

Paysans producteurs enquêtés

Observations

Nombre

%

1

2

Riz

Maïs

57,97

30,23

73

58

74

59

Céréales

3

Manioc

70,57

50

51

Plantes à tubercules

4

Arachide

16,70

49

50

Plantes oléagineuses

5

Vigna ou Vohème

0,60

6

6,1

En Afrique, appelé Niébé

6

7

Oignon

Ail

7,70

4,38

5

3

5,1

3

Plantes à bulbes

Il est à noter que c’est le manioc qui tient le premier rang sur l’importance de la production, ensuite le riz, le maïs, l’arachide, l’oignon, l’ail et, enfin, le vohème.

Ces enquêtes ont été menées dans le Fivondronana de Sakaraha, d’Ankazoabo et de Betroka.

Figure 1. Carte délimitant les régions Bara enquêtées

Tableau 2a. Identification des régions Bara enquêtées

Fivon-dronana

Communes

Fokontany

Lieux d’enquête

Nombre enquêtés par lieu

Total par Fivondro-nana

Sakaraha

Miary

Miary

Ampapamena

6

32

Lamatihy

Lamatihy

Behisatsy

6

Sakaraha

Andriabe

Andriabe

4

Ampandra

Mitsinjo

6

Sakaraha

Anjà

6

Andranolava

Andranolava

Andranolava

4

Ankazoabo

Ankazoabo

Tanandava

Ampoza

6

30

Manarilava

6

Tanandava

6

Andasy

6

Ankerereoke

Ambalamary

6

Betroka

Tsaritso

Analasoa

Antondrobe

6

36

Analasoa

6

Betroka

Antanankopania

Edazo

6

Isoanala

Andriabe

Mahatalaky

6

Bekorobo

Manandrotsy

Andalamby

6

Mananovy

Mananovy

6

 

Tableau 2b. Composition de familles

Famille Nombre des enquêtés par region Total
Sakaraha Ankazoabo Betroka
Nbre % Nbre % Nbre % Nbre %
1 à 2 5 15,62 4 13,33 4 11,11 13 13,27
3 à 5 14 43,75 9 30,00 8 22,22 31 31,63
6 à 10 10 31,25 14 46,67 18 50,00 42 42,86
+ de 10 3 9,38 3 10,00 6 16,67 12 12,24
Total 32 100 30 100 36 100 98 100

 

Tableau 2c. Autoconsommation suffisante

Régions

Nombre
des paysans

Pourcentage par paysan enquêté

Sakaraha

4

12,5

Ankazoabo

1

3,3

Betroka

8

22,2

Total

13

13,2

 

Utilisation et destination de la production

Les produits agricoles précédemment cités sont directement utilisés et répartis pour la vente, d’une part, et pour l’échange et le stockage, d’autre part. La vente assurera par la suite les achats des vêtements et surtout des produits de première nécessité, l’échange pour l’acquisition de zébus ou d’autres produits agricoles et enfin le stockage pour l’autoconsommation et les semences.

Tableau 3. Pourcentage des paysans producteurs enquêtés en relation avec l’utilisation des produits après récolte

 

Vente

Echange

Stockage

Produits

Paysans pratiquants

Paysans pratiquants 100% produits

Paysans pratiquants

Paysans pratiquants 100% produits

Paysans pratiquants

Paysans pratiquants 100% produits

Paddy

34,41

2,45

2,89

-

97,53

67,63

Maïs

28,96

-

-

-

100

71,03

Manioc

45,96

-

5,55

-

97,77

54,02

Arachide

50,79

3,17

7,99

-

96,82

40,07

Vohème

16,66

-

16,66

-

100

66,66

Oignon/ail

100

-

-

-

100

-

Il y a lieu de remarquer que c’est le stockage qui prédomine sur la destination des produits agricoles. Ces derniers sont soumis au stockage sous forme de paddy pour le cas du riz, de spathes pour le maïs, de cossette pour le manioc et de gousses pour l’arachide et le vohème.

Tableau 4. Formes des produits stockés

Produits

Forme

% des paysans producteurs enquêtés

Paddy

Paddy en grain

100

Maïs

Spathes

96,83

 

Grain

3,17

Arachide

Gousse

96,17

 

Graine

3,83

Manioc

Cossette

100

Vohème

Graine

16,67

 

Gousse

83,33

Oignon

Bulbe

100

Ail

Bulbe

100

 

Techniques de stockage chez les Bara

Les techniques de stockage pratiquées chez les Bara sont basées uniquement sur l’utilisation des matériaux très simples et rustiques. C’est le cas du grenier familial qui est construit en général avec des murs en terre battue, toiture en chaume, porte et fenêtre en bois, plancher en terre battue souvent tapissée de nattes. Il en est de même pour les méthodes de stockage qui sont généralement de type à système ouvert. Le type de stockage à système fermé n’est pratiqué que rarement et aussi uniquement pour les semences.

Le Tsihibe

C’est une sorte de grand récipient à paroi en nattes cousues et à la base en paille ou suivant le cas, en paille tapissée de nattes. Ce type de stockage est surtout pratiqué pour le paddy (d’où le nom usuel de Tsihimbary) et aussi pour le manioc cossette, pour l’arachide gousse et le vohème gousse (Voir Figure 26 dans "Locaux et récipients traditionnels en Afrique et à Madagascar").

Le "Jeba" (ou perroquet)

C’est une sorte de bâton en fourche planté dans le sol et entre laquelle sont déposés superposés les épis de maïs en spathes. (Voir autre Figure 15 dans "Locaux et récipients traditionnels en Afrique et à Madagascar"). Il peut aussi y avoir deux piquets de bois tendus des cordes, supportant les épis de maïs en spathes. Ce type de stockage peut être trouvé soit dans le grenier, soit en plein air (Fig. 2).

Figure 2. "Jeba"

Le "Kijoly"

C’est une sorte de silo bâti avec des roseaux ayant la forme soit cylindrique, soit cubique, déposé sur un plateau de bois à la base, surmonté par de pilotis. Ce type de stockage est pratiqué pour les cossettes de manioc (Fig. 3).

Figure 3. "Kijoly"

Le "Kitrely"

C’est une sorte de plateau soit carré, soit rectangulaire, surmonté par de pilotis haut de 0,20 m environ. Les cossettes de manioc sont rangées dessus (Fig. 4).

Figure 4. "Kitrely"

Le "Rihana" ou "Vatsy"

C’est une sorte de plateau de bois soutenu par quatre piquets dans le sol, et placé juste au-dessus du foyer. Quelquefois, il sert en quelque sorte de plafond. C’est là où sont classées les semences et les denrées mises séparément dans les soubiques (Fig. 5).

Le "Voatavo"

C’est une sorte de calebasse pour enfermer les semences. C’est le type de stockage à système fermé (Voir Figure 2 dans «Locaux et récipients traditionnels en Afrique et à Madagascar»).

D’autre part, il existe également:

Figure 5. "Rihana" ou "Vatsy"

Figure 6. "Salazana"

Figure 7. Stockage en vrac

 

Mesures préventives et curatives prises sur le stockage

Les mesures préventives prises par les paysans, efficaces ou non, sont en général:

Et les mesures curatives prises sont:

Tableau 5. Système de destockage (% des paysans pratiquant ce système)

Produits

Destockage partiel par semaine

Destockage partiel par mois

Destockage en une seule fois

Paddy

100

-

-

Maïs

98,3

1,7

-

Manioc

98

2

-

Arachide

98

2

-

Vohème

100

-

-

Oignon

-

-

-

Ail

-

-

-

En somme, ces mesures prises sur le stockage ne sont pas tout à fait satisfaisantes. Ce qui entraînerait des problèmes.

 

Problèmes de stockage chez les Bara

Le problème concerne, en premier lieu, l’état du grenier qui, en d’autres termes, est à la fois maison d’habitation ou cuisine. Il est donc trop petit, pas étanche, presque non aéré. Bref, il n’est pas bien approprié.

En deuxième lieu, le problème concerne l’attaque des ravageurs sur les denrées stockées. Et ces attaques sont inévitables, étant donné la pénétration facile des ravageurs dans le grenier due, d’une part, aux denrées et au grenier non désinfecté et, d’autre part, aux fréquentations faites par toute la famille, avec d’autres voisinages, en considérant bien entendu le grenier comme maison d’habitation. Ce qui est favorable pour l’infestation et la prolifération des ravageurs de grenier en grenier. Ces ravageurs sont surtout des rongeurs qui attaquent sans distinction toutes les denrées et aussi des insectes nuisibles. Les champignons ne sont présents que sur des denrées mal séchées (Tab. 6 et 7).

Tableau 6. Pourcentage des paysans producteurs enquêtés avec les produits attaqués par les ravageurs

Produits

Attaques des ravageurs

Insectes

Rats

Moisissure

Paddy

75,3

95,9

4,1

Maïs

81

91,4

1,7

Manioc

86

94

4

Arachide

53

91,8

6,1

Vohème

100

100

 

Oignon/Ail

-

-

25

 

Tableau 7. Durée de stockage

Produits

Durée de stockage

- de 1 mois

3 mois

6 mois

+ de 6 mois

Paddy

3,3

55,9

15,9

24,9

Maïs

5,1

78,2

10

6,7

Manioc

-

15,7

64,7

19,6

Arachide

2,8

79,8

9,9

7,5

Vohème

-

100

-

-

Oignon/Ail

-

14,6

85,4

-

D’après le tableau 7, les durées de stockage pour la majorité des paysans sont seulement de 1 à 3 mois car les fortes attaques des ravageurs se font sentir à partir du quatrième mois. Le manioc, considéré comme aliment de base, est stocké à la rigueur jusqu'à 6 mois, tout en procédant de temps en temps au triage des denrées encore saines et le séchage complémentaire.

Enfin, le dernier problème qui est aussi majeur concerne les aspects financiers, les connaissances techniques, ainsi que les approvisionnements en produits pour le stockage. A ce propos, le paysan, avec grenier type individuel ou familial en général, n’a pas la possibilité pour des solutions les plus adéquates sur ce problème. De plus, les actions communes sur le stockage effectuées, par exemple, par des groupements de paysans, qui pourraient amoindrir le coût, ne sont pas encore pratiquées, étant donné l’inexistence de grenier communautaire.

Par conséquent, aucune solution n’est prise en commun par les paysans sur ce problème de stockage.

 

Conclusion

La conservation ou le stockage des denrées chez les Bara, bien qu’elle ait été déjà pratiquée de façon traditionnelle, voire archaïque, demande beaucoup d’améliorations. Les paysans jusqu'à présent ne peuvent rien faire face à ces problèmes de stockage.

L’apprentissage et la vulgarisation des bonnes méthodes de stockage, par la création de grenier communautaire ainsi que l’implantation des postes de vente villageois des pesticides sont vivement souhaités.

D’autant plus que les paysans dans les régions Bara désirent vivement une telle solution afin d’avoir des conditions meilleures et satisfaisantes pour la protection des denrées stockées.

* Section Contrôle de Pesticides au Service Provincial de la Protection des Végétaux – Direction de la Protection des Végétaux

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