Ratsizafy Claude Charles*
Résumé/ Summary
Le stockage des denrées en milieu rural affronte différents types de problèmes, notamment:
l'usure des denrées par les prédateurs,
la détérioration due au temps de stockage et au développement de moisissures,
le maintien du taux d'humidité des denrées,
le maintien de la température de l'air ambiant à un niveau convenable.
Aussi, les denrées stockées peuvent être sujettes à différents types de modifications:
modification de l'aspect extérieur,
modification de l'odeur,
modification du goût,
chute du taux de germination.
Plusieurs systèmes sont utilisés par les paysans de la région de Fianarantsoa, selon nos enquêtes, pour pallier ces différents problèmes avec l'utilisation de quelques systèmes de stockages traditionnels, à savoir:
stockage par addition de cendre,
stockage par addition de feuille sèche d'eucalyptus,
stockage par addition de poudre de voandelaka,
stockage par addition de piments,
stockage par addition de galette de bouse de vache,
stockage par addition de balle de riz
stockage par addition de graines de crotalaire
stockage sur récipients divers,
stockage en silo clos,
stockage sur foyer de cheminée,
stockage sous-terrain.
Produce storage in rural areas is affected by various problems, including:
crop depreciation by pest infestation
deterioration due to storage time and development of moulds
maintaining moisture content of produce
maintaining air temperature at a suitable level
Stored products may also be subjected to different types of alternations, such as:
change in external look
change in smell
change in taste
reduction of germination rate.
According to our surveys, several storing systems are being used by farmers of the Fianarantsoa area to avoid the different problems including the use of some traditional storage systems, such as:
storage with wood ash
storage dried Eucalyptus leaves
storage with powderof voandelaka (
storage with chilli pepper
storage with cow-dung
storage with hemp seeds
storage with seeds of crotalaria
storage in closed silo
storage over the kitchen fire
underground storage.
L’accroissement démographique, l’augmentation de la production par la multiplication des surfaces cultivées jumelée avec la vulgarisation des méthodes et des techniques culturales performantes, de même que la volonté d’exporter de plus en plus de produits agricoles pour l’acquisition de devises nécessitent dorénavant la mise en place de techniques de conservation et de structures de stockage adéquates.
Si la mise en place de grandes installations exige de gros investissements, non adéquats pour des activités multiples au ras du sol, il est temps de mettre en éveil, dans le but d’une amélioration future et d’une application à grande échelle, des méthodes traditionnelles appliquées dans les recoins des campagnes.
Ces méthodes s’avèrent de moindre coût et ne nécessitent que des matériaux locaux simples et économiques.
Pour avoir une certaine idée de la place du stockage des denrées, nous allons présenter un extrait de statistique de production pour la campagne 1994-1995 dans la région de Fianarantsoa.
|
Spéculation |
Nombre paysans |
Surface cultivée (ha) |
Rendement moyen (t/ha) |
Production moyenne (t) |
|
Maïs |
116.359 |
7.187 |
1,35 |
9.702 |
|
Haricot |
55.149 |
3.463 |
1,25 |
4.329 |
|
Pois de Bambara (voanjobory) |
19.565 |
2.355 |
1,20 |
2.826 |
|
Manioc |
29.541 |
6.700 |
12 |
80.400 |
|
Riz (Paddy) |
360.294 |
598.185 |
2,5 |
1.495.462 |
|
Arachide |
38.349 |
9.237 |
1,25 |
11.546 |
|
Café |
212.368 |
108.411 |
0,6 |
65.046 |
| Source: Statistique Agricole |
Il est évident que toutes ces productions ne sont pas consommées en quelques jours et doivent être stockées quelque part.
En effet, les paysans stockent pour leur ravitaillement annuel, pour une vente ultérieure et pour s’assurer en semences pour les prochaines saisons. Les graines stockées destinées à l’alimentation, aux semences ou à la vente sont pour la plupart des éléments vivants.
Leur stockage consiste à les maintenir en vie tout en conservant leurs éléments constitutionnels ou substances nutritives (vitamines, protéines, etc.).
Comme ce sont des substances vivantes:
elles respirent en effectuant des échanges de CO2 et d’O2;
elles possèdent une certaine teneur en humidité qui peut varier suivant la teneur en eau du milieu environnant;
elles sont sujettes à des menaces de ravageurs qui peuvent pulluler plus ou moins suivant que le milieu leur sont favorables. (Température, aération, luminosité, humidité).
Il est à préciser que l’effet de la respiration provoque des dégagements d’humidité au niveau du stockage et peut entraîner des condensations d’eau en cas de refroidissement du milieu externe.
Ces gouttelettes d’eau condensées peuvent entraîner la germination des graines stockées ou l’apparition de champignons et de moisissures provoquant la détérioration des denrées qui deviendront impropres à la consommation et pouvant même aller jusqu’à la formation de mycotoxines.
Les effets cumulés de l’humidité et de la chaleur (60-80 % HU) offrent un milieu propice au développement de la population de ravageurs, comme les coléoptères.
En effet, plusieurs paramètres entrent en jeu accentuant ou non l’apparition des pertes au stockage, notamment :
l’usure des denrées par les prédateurs ou autres agents pathogènes,
le temps de stockage,
le taux d’humidité du milieu ambiant,
la conductibilité thermique des graines,
le potentiel respiratoire des denrées qui est directement lié à l’oxydation des réserves d’amidon, etc.
La question qui se pose est de savoir comment nos paysans peuvent-ils évaluer le rendement ou l’efficacité de leur système de stockage. En effet l’évaluation en milieu rural se fait à partir des pertes à l’entrée et à la sortie du stockage. Ces pertes peuvent s’évaluer quantitativement et qualitativement suivant les cas.
L’évaluation quantitative se mesure sur la base des pertes en volume à l’entrée et à la sortie du stockage et peut s’exprimer en pourcentage de déchet.
Les matériels employés sont des appareils de mesure traditionnels:
Le «vata» (pour paddy) est un tonnelet en bois pouvant contenir un équivalent en volume de 25 à 30 kg de paddy suivant les régions.
Le «daba» est le bidon de pétrole vide pouvant contenir dans les 15 kg de paddy.
Le «kapoaka» est la boîte de lait concentré vide.
Certains ravageurs font des trous dans les grains, soit pour se nourrir, soit pour y pondre. Et les larves se développent à l’intérieur des grains qui deviennent en partie vides. Dans ce cas, les mesures de volume ne sont pas idéales. Il faut passer au pesage pour mieux connaître les pertes de poids.
L’évaluation qualitative s’effectue par les constatations suivantes:
Modification de l’aspect extérieur,
Changement de couleur par jaunissement et noircissement.
Changement de forme par absorption d’eau : gonflement.
Diminution de la consistance des graines humides.
Modification d’odeur: odeur rance, putride.
Modification du goût.
Chute du taux de germination.
Plusieurs cas peuvent être énumérés pour définir qu’un système de stockage est inefficace ou non rentable notamment:
un séchage insuffisant avant stockage entraînant des putréfactions diverses,
un taux d’humidité élevé du milieu cumulé à des élévations de température entraînant la détérioration des denrées,
un entreposage à même le sol ou contre le mur (termites, humidité),
une prolifération ou une possibilité de prolifération d’insectes nuisibles ou la possibilité d’immigration d’insectes dans le lieu de stockage,
l’utilisation de sacs ou matériels de stockage infesté ou contaminé,
l’introduction de lot contaminé,
l'infiltration de rongeurs dans les locaux de stockage,
l'attaque d’oiseaux ou de volailles dans le cas de stockage en plein air.
Par conséquent, plusieurs mesures peuvent être prises pour diminuer les pertes graves au moment du stockage, à savoir:
bien sécher avant de stocker (par exemple, au soleil),
préparer les denrées pour le stockage: triage, tamisage, vannage,
nettoyer l’entrepôt avant le stockage,
bien surveiller les denrées stockées (une fois par semaine),
éviter de stocker dans un local humide ou à taux d’humidité élevé,
ne pas stocker contre le mur ou en contact direct avec un sol non préparé pour éviter une insuffisance d’aération,
éviter toute introduction ou toute prolifération d’insectes ou d’animaux prédateurs dans le lieu de stockage. Ceci implique la mise en oeuvre des mesures de lutte contre les ravageurs au sein du lieu de stockage.
éviter de stocker des lots déjà contaminés ou de stocker dans des sacs ou des conteneurs infestés.
Ces conseils sont valables pour tous les systèmes de stockage adoptés par les agriculteurs de la région et leur exécution nécessaire afin d’assurer un résultat de stockage convenable.
Ce procédé consiste:
à brûler des branchages, des feuilles mortes ou de la paille de riz, par exemple dans la cuisine ou sur le foyer,
à ramasser les cendres et à les tamiser finement,
à mélanger les cendres obtenus avec les graines à stocker de manière à ce que tous les interstices soient comblés par de la poudre de cendre.
la dose varie de 4 à 5 % en volume de denrée
L’addition de cendre a pour effet:
d’empêcher la respiration des insectes par étouffement,
d’entraver la mobilité des insectes par fixation de poudre fine de cendre dans leur articulation,
d’assécher la cuticule ou la membrane externe des insectes provoquant ainsi un milieu défavorable à leur développement,
de combler les interstices empêchant ainsi le déplacement des insectes donc la possibilité d’accouplement,
d’absorber l’humidité émanant de la respiration des graines entravant ainsi le développement des moisissures.
Inconvénient: encombrement, croûte de cendre
On récupère des feuilles d’eucalyptus sèches et propres.
On prend 20 feuilles d’eucalyptus pour à peu près 1 kg de grains secs.
On répartit convenablement les feuilles sèches au milieu des produits à stocker.
Il paraît que les essences émanant des feuilles d’eucalyptus ont des effets répulsifs pour les insectes ravageurs, de même que ces feuilles sèches ont des effets dessiccatifs. Il existe des espèces d’eucalyptus dont les feuilles contiennent des huiles aromatiques.
La durée de stockage peut aller jusqu’à six mois.
Cueillir des graines de voandelaka bien mûr.
Dépulper et sécher convenablement.
Mettre en poudre et mélanger avec les graines à stocker dans une proportion se rapprochant à 4 à 5% en volume.
La poudre de voandelaka possède aussi les propriétés suivantes :
desséchant (insectes et denrées)
étouffant (insectes)
immobilisant (insectes)
répulsif et toxique (grâce à l’azadirachtine)
Prendre des piments pili pili rouges et bien secs
Les répartir convenablement au milieu des produits dans une proportion de 4 à 5 % en volume.
On peut utiliser des piments en poudre pour les graines destinées aux semences avec la même proportion en volume
La cendre peut aussi être jumelée avec le piment avec la proportion 3% en volume de cendre fin + 1% en volume de piment.
Confectionner de petites boulettes de bouse de vache fraîches d’environ 1 cm d’épaisseur et 6 à 7 cm de diamètre
Griller convenablement les boulettes ainsi confectionnées sur plaque métallique jusqu’à formation de blocs durs totalement secs.
Mélanger avec les grains à stocker avec une proportion de 5 à 10 boulettes par kilogramme de grain.
Sécher les boulettes tous les trois mois pour enlever l’humidité.
Il paraît que la bouse de vache a, en plus de son pouvoir desséchant, une propriété antifongique dont la vérification mérite d’être étudiée un peu plus profondément.
Les balles de riz déposées en strate jouent le rôle d’éponge pompant l’humidité du milieu en offrant un milieu de stockage sec et frais.
On utilise ces deux récipients en milieu rural pour le stockage des semences et des réserves de riz en cas d’imprévu (vahiny).
Pour le stockage des semences, les paysans rajoutent du piment, de la cendre ou des poudres de voandelaka suivant leurs possibilités.
C’est le «tranombary» traditionnel qui peut être édifié en dehors ou à l’extérieur même des maisons.
Murs, plafond, plancher sont enduits de bouse de vache.
Pour le stockage du riz, les produits sont englobés dans des conteneurs tressés avec des brindilles de paille de riz.
Les interstices des issues sont enduits de bouse de vache pour éviter l’introduction d’insectes nuisibles et pour maintenir un stockage à l’abri des intempéries.
Le local peut être désinfecté par fumigation au piment sec avant enduction des interstices
Ce système est employé pour le maïs, le tabac à sécher et les graines pour semences
La fumée permet un séchage permanent et un stockage à sec donc élimination automatique des développements de moisissure
La couche de suie qui se dépose au fur et à mesure sur les graines a un effet protecteur contre les attaques d’insectes.
C’est sans doute parmi le plus ancien système de stockage en milieu rural.
Ce système de stockage peut durer jusqu’à 24 mois pour le paddy.
Le milieu peut être fumé avec le piment sec à titre préventif.
Avantage: stockage très efficace, accès difficile pour les voleurs.
Stocker à bas prix et vendre au bon moment à prix élevé font partie des bonnes affaires en milieu rural.
Ces exemples de stockage appliqués par les paysans que nous venons de citer sont tirés des enquêtes que nous avons menées. Il appartient à tous d’apporter des éléments d’amélioration pour plus d’efficacité.
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* Service Provincial de la Protection des Végétaux à Fianarantsoa - Direction de la Protection des Végétaux