Modestine Ratsimbazafy*
Presque tous les agriculteurs du Vakinankaratra sont déficitaires en riz. Ils sont pourtant contraints de vendre leur paddy à la récolte et d'en racheter à un prix plus que triplé en période de soudure.
L'objectif du Grenier Communautaire Villageois (GCV) initié pour la première fois par l'Opération de Développement Rural (ODR) est donc d'aider les paysans à ne plus vendre à la récolte en leur accordant un crédit bancaire garanti par le paddy stocké dans un magasin communautaire.
Une instruction commune définit chaque année les modalités pratiques ainsi que les rôles et engagements de chaque acteur dans le système.
Le GCV s'avère un système bien adapté et adopté, car initié en 1988, le nombre de magasins est passé de 5 à 512 au bout de six ans.
Conçu au départ pour permettre aux paysans d'avoir un accès facile au crédit, le GCV ne signifie plus forcément "crédit" actuellement, mais peut être uniquement un moyen pour mettre en sécurité leur récolte.
Nearly all farmers in the Vakinankaratra area are in short of rice. However, they are compelled to sell their paddy rice after harvest and buy rice at a price more than three times as high during the tide-over period.
The goal of the Village Community Granary (VCV) introduced for the first time by the Operation Rural Development (ORD) is to help farmers not to sell off their produce by granting them a bank credit secured by the paddy rice stored in a community warehouse.
A common examination defines every year the practical terms and conditions as well as roles and engagement of each concerned person in the system.
VCG has proved to be a well-suited and adopted system. Started in 1998, the number of warehouses has gone up from 5 to 512 in six years.
Designed at the beginning to facilitate farmers' access to credit, VCG does not stand any more for the idea of «credit» only, but a means to help farmers secure their crops.
Les diverses animations faites auprès des paysans ont permis de constater, aussi bien par les animateurs que par les villageois, que presque tous les riziculteurs du Vakinankaratra ne sont pas autosuffisants en riz.
Pourtant, en période de récolte, ils sont toujours contraints de vendre une bonne partie de leur production de paddy pour subvenir aux besoins financiers immédiats. Ils la vendent bon marché alors qu’ils la rachètent très cher (plus du triple) en période de soudure.
De ce constat est né le système Grenier Communautaire Villageois (GCV) dont le principal objectif est d’essayer d’y remédier.
Initié pour la première fois par l’ODR, le principe du GCV tout au début était de permettre aux paysans un accès facile au crédit formel en stockant en commun une partie de leur production pour servir de garantie physique au prêt.
C’est donc une forme d’intervention liant l’épargne et le crédit.
Par ailleurs, le crédit en GCV vise au développement et à l’intensification des cultures de contre-saison pour mieux rentabiliser les rizières.
Le stockage se fait dans des magasins secs, aérés et bien propres, répondant par ailleurs aux normes exigées par les organismes assureurs.
Les magasins peuvent être des magasins spécialement construits pour, ou des locaux existants, c’est à dire une pièce de la maison d’habitation.
Dans les magasins, les produits sont stockés dans des sacs à poids réglés et individualisés (par des numéros ou des sigles), et selon les techniques d’arrimage conseillées.
Le stockage et le destockage se font toujours en une seule fois au niveau d’un même magasin.
Pendant la durée du stockage, des visites périodiques s’effectuent pour vérifier l’état des stocks.
Le déblocage du crédit se fait sous deux formes:
déblocage en espèces pour les 60 % du crédit au maximum afin de subvenir aux besoins en liquidité,
déblocage en nature pour les 40 % au minimum, pour la mise en place des activités de contre-saison (intrants agricoles).
Une instruction commune définit chaque année:
l’engagement de chaque partie (producteurs, organisme de financement, organisme assureur, organisme d’encadrement),
les conditions d’accès au crédit,
les conditions du crédit lui-même,
les procédures à suivre, ...
(L’année 1987 étant une année de réflexion et de conception)
| Année de stockage | Nombre de GCV | Nombre de bénéficiaires decrédit | Quantité
stockée (t) |
|
| Paddy | Maïs | |||
| 1988 | 5 | 64 | 11 | |
| 1989 | 98 | 1.037 | 280 | |
| 1990 | 192 | 2.010 | 980 | |
| 1991 | 318 | 2.987 | 1.661 | |
| 1992 | 428 | 3.871 | 2.880 | |
| 1993 | 483 | 5.030 | 4.910 | |
| 1994 | 512 | 4.807 | 5.183 | 70 |
| 1995 | 350 | 3.493 | 2.450 | 40 |
Remarque:La nette diminution du nombre d’associations concernées par le crédit GCV en 1995 est due:
au retard de déblocage,
à l’insuffisance d’encadrement du crédit au niveau de la banque (insuffisance des moyens matériels et humains de la banque).
En ODR1 = Phase d’initiation
En ODR2 = Phase de mise au point et d’expansion
Au départ, les agriculteurs stockaient une partie de leur production dans les GCV, dans le seul but d’avoir du crédit. Actuellement, ils se sont donnés d’autres raisons de faire le stockage en commun:
Mettre en sécurité leur récolte (pouvoir se souscrire une assurance vol et incendie).
S’assurer que tous les membres auront les semences nécessaires pour la prochaine campagne.
Préserver en commun leur récolte contre les ravageurs (rats, insectes). Ainsi, une vingtaine d’associations s’initient maintenant à faire du GCV sans crédit.
Période de soudure visiblement écourtée pour les paysans.
Le «produit» GCV devient un instrument de promotion des activités de contre-saison et aussi de pivot du système de crédit.
Par ailleurs, le GCV crée une solidarité au niveau du groupement, permet une extension des activités et renforce ainsi le dynamisme et la chance de pérennisation de l’association.
Bon taux de recouvrement.
Les activités de contre-saison remboursent largement le crédit GCV. Le paddy stocké revient donc en totalité aux propriétaires.
Les quantum appliqués réduisent le risque d’impayés.
Le crédit GCV réduit, voire annule les besoins de crédit en rizière pendant la grande saison (arrière-effet des engrais, réduction de main d’oeuvre, ...).
Système permettant l’initiation à l’épargne.
= è Meilleure gestion de l’exploitation
Même si le GCV semble être un système bien adopté et adapté, on entend parfois certains paysans se plaindre:
de la proportion du déblocage en nature trop élevée;
du nombre important de clefs (trois clefs différentes dont une doit être de marque vachette), exigé par l’assurance;
parfois, du retard de déblocage pouvant même entraîner le désistement des groupements.
En outre, il y a le problème d’attaques de ravageurs (rats surtout). On a constaté que les rats font plus de dégâts dans les locaux existants et aussi quand les sacs utilisés sont en jute.
La maturité progressive des associations et unions d’association leur permettra dans un avenir proche d’être un partenaire à part entière dans le processus du système GCV (entre autres).
En effet, étant déjà formalisées jusqu’au niveau Faritany (provinces), elles peuvent désormais négocier directement auprès des banques ou tout autre organisme partenaire.
A noter enfin que plusieurs organismes (étatiques ou non) se lancent aussi dans l’application du système moyennant parfois quelques modifications.
Si l’opération Grenier Communautaire Villageois (GCV) ne peut pas prétendre résoudre tous les problèmes au niveau de la gestion des récoltes, elle a au moins le mérite de l’avoir amélioré d’une façon significative dans la région du Vakinankaratra, et elle reste perfectible.
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* Circonscription de l’Agriculture d’Antsirabe