34. Les mesures phytosanitaires dans les greniers communautaires villageois de la région de TsiroanomandidyTable of Contents36 Commercialisation des denrées alimentaires dans le Sud

35. Relation coûts-bénéfices de la protection des denrées alimentaires

Julien Rakotoarimanana*

 

Résumé

Le traitement chimique des denrées alimentaires, notamment les graines céréalières, est inévitable, surtout dans la mesure où une conservation sur une très longue période est envisagée.

Chaque méthode de protection adoptée engendre des coûts spécifiques pour sa réalisation. Cependant, en dehors des coûts purement financiers, plusieurs autres facteurs doivent être pris en considération, notamment les aspects relatifs à la santé humaine. Toute action de protection de stocks des denrées alimentaires devra donc tenir compte des avantages et inconvénients de chaque méthode de protection disponible dans l'évaluation des coûts inhérents à ces traitements, nonobstant la rentabilité financière de telles opérations avec une relation coût/bénéficie généralement inférieure à 1 %.

 

Summary

Cost-benefit ratio in foodstuff protection

Chemical treatment of foodstuffs namely cereals, are essential especially when a long-term storage is envisaged.

Each protection method adopted has specific costs. However, apart from purely financial costs, several other factors have to be put into consideration, namely the aspects relating to human health. Any action taken in protecting foodstuffs should therefore take into account the advantages and disadvantages of each available method when assessing the costs pertaining to these treatments. And this notwithstanding the financial profitability of such operations with a cost-benefit ratio which is generally less than 1 %.

 

Introduction

La conservation des denrées alimentaires, pour une période plus ou moins longue selon les besoins, nécessite une protection adéquate. En l’absence d’installations adéquates pour le stockage sous gaz ou faute de maîtrise et de vulgarisation d’une approche de lutte biologique pour laquelle des études sont actuellement menées, la protection chimique s'avère encore être la plus appropriée malgré les différentes et inévitables contraintes liées à sa mise en application pour ne citer que les risques d'intoxication au niveau des consommateurs, aussi minimes soient-ils.

 

Mode de protection

La protection des stocks est une opération incontournable à laquelle tout détenteur de stock doit apporter le maximum d’attention pour éviter ou tout au moins limiter les pertes post-récoltes généralement variables, dépendant, entre autres facteurs, de la nature des denrées et de leurs conditions de stockage, des ravageurs dominants et de la durée de stockage.

Plusieurs méthodes peuvent être utilisées, allant de la protection traditionnelle (utilisation de la cendre ou du sable, par exemple) à des techniques plus sophistiquées (conservation sous gaz), en passant par des applications plus conventionnelles comme le traitement avec les pesticides. La méthode biologique commence actuellement à prendre un développement certain, et les résultats d’étude obtenus jusqu’ici laissent entrevoir une bonne rentabilité de la méthode. Toutefois, les études réalisées jusqu’à maintenant sont encore très limitées et ne portent que sur un nombre très restreint de ravageurs, en particulier le Prostephanus truncatus dont les ravages sont surtout importants en Afrique.

En ce qui concerne les ravageurs intéressant la conservation des stocks à Madagascar, aucune étude concrète n’a encore été faite. Aussi, la protection chimique reste encore, et de loin, la méthode la plus pratiquée et pour laquelle des calculs de rentabilité peuvent être faits de manière plus rigoureuse.

Différentes applications de pesticides peuvent être adoptées en fonction, d'une part, du type de procédé de stockage et, d’autre part, du degré de pullulation des ravageurs de stock. C'est ainsi qu'on peut utiliser soit les produits de contact, soit les fumigants selon les conditions existantes. La rentabilité de cette protection chimique dépend de plusieurs facteurs dont:

Plusieurs matières actives sont recommandées pour la protection des stocks et des magasins d'entreposage. Parmi les plus courants, citons:

 

Etude de rentabilité

Les coûts d'application de ces produits dépendent en partie directement de la forme et des conditions sous lesquelles les denrées sont entreposées. L'application d'insecticide poudre sur des produits stockés en vrac, par exemple, ne nécessite qu’une dépense supplémentaire réduite. En fait, la structure des coûts pour un traitement de stock de denrées ne porte que sur deux rubriques principales dont:

í les frais d’amortissement des matériels, le cas échéant (notamment pour la fumigation sous-bâche).

Si on ne tient compte que de ces deux rubriques de dépenses, le coût financier inhérent à la protection des stocks s’avère relativement faible. Cependant, le concept de la nécessité de traitement doit être strictement observé, ce qui implique sa justification et la notion de rentabilité. Il est donc nécessaire d’établir un seuil économique valable pour le traitement pour justifier la rentabilité de ce dernier.

Selon Henckes & al. qui avaient réalisé des études sur les ravageurs du maïs en stock, le seuil économique des dégâts peut être estimé à partir de la formule suivante :



e représente le seuil économique
a représente le coût de protection
b
représente le prix unitaire de la denrée considérée

Ce seuil, exprimé en % de perte en poids, varie en fonction des prix pratiqués de la marchandise au moment considéré ou, à défaut, du prix moyen de la dernière campagne, ainsi que de celui de l’insecticide choisi. Au-dessus de ce seuil, le traitement s’avère inévitable et l’intervention ne peut être que rentable.

Dans l’évaluation de cette estimation et la prise de décision pour le traitement, il y a lieu de tenir compte de la biologie de chaque ravageur et des conditions de stockage desquelles dépend la pullulation des ravageurs.

Pour illustrer cette équation, considérons l’exemple des essais contre bruches sur haricot réalisés à Mahajanga en 1993 en prenant comme base les prix actuels des produits à Antananarivo:

Produit Prix unitaire (FMG)
(*)
Coût (FMG)/t
(**)
Actellic 2 D 36.942 FMG/kg 18.471
K-Othrine PP2 1.250 FMG/st de 25 g 25.000
Sumithion 5 D 3.580 FMG/kg 766
Phostoxin 27.000 FMG la tube de 30 cps 2.700
(*) Prix à Antananarivo en 1996
(**)
Coût de main-d’oeuvre et matériels de traitement non compris

Au prix moyen du haricot de 3.000 FMG le kilo aux environs d’Antananarivo et en prenant le K-Othrine PP2 comme produit de traitement, on a:

A partir de ce seuil, soit 0,8 % de perte en poids équivalent à 8 kg de perte par tonne, le traitement doit être réalisé. En l’absence de tout traitement, le rapport d’essai a fait mention d’une perte en poids, se référant à la totalité des grains tarés, de l’ordre de 18 % au bout de deux mois de stockage et de près de 98 % au bout de quatre mois alors que celles observées sur les lots traités se situent autour de 7 % seulement au bout de quatre mois pour le K-Othrine PP2.

Les traitements ont donc permis de sauver, respectivement:

98 % - 7 % = 91 % du stock pour le K-Othrine PP2 soit 2.730.000 FMG

soit un rapport coût/bénéfice de:

(25.000/2.730.000) x 100 = 0,9 % pour le K-Othrine PP2

Cependant, il y a lieu de prendre en considération les performances techniques de chaque produit disponible sur le marché conformément aux nécessités de protection, notamment en ce qui concerne la durée de stockage. En effet, dans le cas de deux lots stockés dont l’un traité au K-Othrine PP2 et le second au Sumithion 5D, si le taux de perte observé a été sensiblement le même pour les deux lots au cours des deux premiers mois de stockage, il a nettement évolué à partir du troisième mois sur le lot Sumithion 5D pour atteindre 46 % après quatre mois d’entreposage alors qu’il est resté pratiquement stationnaire pour le lot traité au K-Othrine PP2. Le bénéfice du traitement, pour une durée de stockage de plus de quatre mois, est donc nettement plus faible avec le Sumithion 5D (98 % - 46 % = 52 % soit 1.560.000 FMG) contre 2.730.000 FMG pour le K-Othrine PP2, soit une différence de 1.170.000 FMG (43 % environ) qui est suffisamment importante comparativement avec la différence du coût de traitement entre les deux produits pratiquement négligeable par rapport à celle de la perte occasionnée.

Le choix du produit, compte tenu des exigences de délai d’entreposage et des insectes ravageurs dominants, est primordial. Les résultats d’étude (Tab. 1) montrent que l’efficacité de certains produits peut aller au-delà de 9 à 12 mois, selon le type de ravageur. Ce choix du produit influe de façon nette sur la relation coût/bénéfice.

Tableau 1. Effets contre les ravageurs des stocks dans des conditions arides - (Résidus d’essais de laboratoire)

Tableau 2. Effets contre les ravageurs des stocks dans des conditions humides -(Résidus d’essais de laboratoire)

 

Protection du consommateur

Il est vrai que la méthode biologique permet d’assurer une innocuité quasi-totale pour le consommateur tout en conservant la qualité gustative des denrées, contrairement aux pratiques traditionnelles ou aux méthodes chimiques. Cependant, pour ce dernier cas, compte tenu de la très faible dose d’utilisation des différents produits et de la dégradation rapide de leurs matières actives, les risques d’intoxication s’avèrent relativement minimes par rapport aux bénéfices du traitement, si celui-ci est fait selon les règles de l’art, notamment pour ce qui est du respect de la dose prescrite et de la qualité de l’application.

 

Conclusion

Dans tous les cas de figure, la protection chimique des denrées s’avère toujours rentable, et la relation coût/bénéfice est généralement inférieure à 1 %. Mais cette rentabilité est surtout optimalisée par la performance technique du produit, de la durée et des conditions d’entreposage.

Cependant, il ne faut pas perdre de vue le fait que la protection chimique est une source potentielle de contamination des aliments avec ce que cela comporte comme risque d’intoxication pour le consommateur, pour ne citer que le problème relatif aux éventuels résidus. Ne pas prendre en ligne de compte l’importance de ce problème équivaudrait, à terme, à déconsidérer le bénéfice optimal qu’on pourrait tirer de l’utilisation raisonnée et judicieuse de la protection chimique des denrées entreposées.

 

Bibliographie

Henckes C, Ringo D.F.P. and Mushi A. Integrated Pest Management in Stored Maïze Strategy for Tanzania. MALDC / TPRI GTZ

* Service de la Phytopharmacie et du Contrôle des Pesticides - Direction de la Protection des Végétaux

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