L'Afghanistan est un pays dans lequel la tradition agricole a toujours été importante. Avant les guerres et les trois longues années de sécheresse (1999 - 2002), 70 à 80 % de la population était agricole et ce en dépit d'un climat pas toujours très favorable et d'un terrain difficilement cultivable.
Dans les années soixante-dix, grâce au développement d'infrastructures assurant une bonne irrigation des cultures, ses productions étaient abondantes, variées et de qualité, ce qui lui permettait d'être autosuffisant en matière de nourriture. En 1972 il était également responsable de 60 % de la production mondiale de fruits secs.
Cependant aujourd'hui, la plupart des champs sont à l'abandon, les fermes détruites, et les infrastructures qui assuraient l'arrivée de l'eau dans les villages sont inutilisables (figure 2). Relancer l'économie agricole Afghane permettrait au pays d'assurer de nouveau sont autosuffisance alimentaire, de palier au développement de la culture du pavot et de raviver une économie précaire.
Figure 2 : action des catastrophes naturelles et de la guerre sur l'agriculture Afghane (FAO, 9)

Le climat est de type continental aride, en effet la mer se situe à plus de 500 km. Il existe de très grandes variations régionales, saisonnières et quotidiennes de part la présence de nombreuses montagnes. Au cours d'une même journée les températures peuvent osciller entre le gel à l'aube et 38°C à midi.
Dans le nord du pays, on retrouve des vallées avec quelques cours d'eau.
Dans ces régions, la température peut dépasser les 40°C
en été. Au centre du pays, dans des villes comme Kaboul (centre
nord) située à 1800 mètres d'altitude, les hivers sont
froids et les étés agréables.
A Jalàlàbàd (550 mètres) le climat est de type subtropical.
A Kandahar (1000 mètres) le climat est assez doux. Plus au sud on retrouve
des régions désertiques comme le désert de Régistan.
Le climat continental aride s'explique également par le faible niveau des précipitations : la moyenne annuelle oscille autour de 305 mm. Elles se produisent essentiellement entre octobre et avril sous forme de neiges hivernales. Elles sont supérieures à la moyenne dans les régions de l'Est qui subissent les effets de la mousson.
Ce climat continental associé à de nombreuses zones de montagnes est favorable à la production de fruits et légumes de haute qualité. Selon Raphy Favre (Agronome à la FAO - Food and Agriculture Organisation of the United Nation) :"ces alternances de températures journalières et l'ensoleillement plus que généreux favorisent la synthèse des arômes et des anthocyanes, responsables de la coloration des fruits"(R. Favre, 8). On peut donc penser que l'ensoleillement apporte les critères aromatiques et la couleur nécessaires au fruit.
L'Afghanistan comprend plusieurs fleuves qui assurent une partie des ressources hydrique du pays (figure 3). Les plus grandes étendues de terres arables se trouvent dans les vallées fertiles et facilement irrigables au nord. En effet l'eau est le principal facteur limitant pour la production agricole.
Figure 3 : les grands fleuves du territoire Afghan permettant l'irrigation de la majeure partie des terres arables

On sait que l'intensification agricole ne peut se mettre en place sans l'aide d'outils nécessaires tels que les semences améliorées, les engrais, les pesticides qui semblent actuellement encore proposés à des prix élevés sur le marché. Pour palier à ces déficits, la seule solution semble être une bonne irrigation des cultures pour assurer un rendement satisfaisant.
Cependant, comme nous l'avons vu précédemment, les précipitations sont faibles et les étés arides. Il a donc fallu mettre en place divers plans de maîtrise de l'eau afin de pouvoir utiliser les réserves accumulées lors de ces précipitations.
Avant les guerres, on trouvait de nombreuses infrastructures simples, qui permettaient de récupérer les eaux de pluie et les eaux de la fonte des neiges, afin de les acheminer vers les champs (ainsi on estimait à l'époque que 2,3 millions d'hectares étaient cultivés et que 1,4 millions étaient encore exploitables) :
Figure 4 : coupes et plan d'un Karez (R. Favre, 8)

Parallèlement à ceci, il faut également savoir qu'au moment de la fonte des neiges, les rivières entrent souvent en crues et peuvent provoquer des inondations à grande échelle. Des plans de lutte peu coûteux ont cependant été mis en place comme la disposition de pierres lourdes.
En 1979 au début de la guerre, l'agriculture était le pilier
de l'économie Afghane. Les cultures céréalières
assuraient l'autosuffisance du pays. L'exportation de fruits frais et secs représentait
40 % des exportations du pays alors que seulement 13 % environ des terres arables
étaient utilisées. Les productions horticoles ont toujours été
inscrites dans la culture Afghane et jouissent encore aujourd'hui d'une réputation
excellente.
Les agriculteurs Afghans ont toujours privilégié la culture des légumes car leur cycle court permet de les vendre assez rapidement, de plus quand l'eau est utilisable l'Afghanistan présente un climat propice au développement de ce type de culture.
Comme le montre la figure 5, les cultures de légumes sont très variées, les plus abondantes sont : la pastèque, le melon, l'oignon (idéal pour les cultures en altitude), la pomme de terre, la tomate et la carotte. On trouve également de façon plus éparse quelques cultures de navets ou de potirons. La figure 6 nous expose les légumes produits majoritairement dans les différentes régions du pays.
Figure 5 : les différentes variétés de légumes en fonction de leur surface de culture (FAO,9)

Figure 6 : illustration des cultures de légumes les plus répandues dans chaque province (FAO, 9)

La production de légumes est un lage marché potentiellement exploitable aujourd'hui ; pour cela il faudrait pouvoir palier aux difficultés rencontrées par les agriculteurs : manque de systèmes d'irrigation, maladies et attaques d'insectes, fourniture de nouvelles graines, développement limité du marché, accès difficile aux marchés du fait des conditions de sécurité actuelles et des infrastructures routières dévastées.
Prenons comme exemple la pomme de terre : c'est une production idéale
pour l'Afghanistan qui est déjà largement exploitée dans
la région de Kabul. Cependant ces cultures ont été altérées
par la sécheresse, une meilleure irrigation permettrait un développement
du marché puisque ces cultures ne subissent pas les autres problèmes
évoqués ci-dessus.
En effet les agriculteurs utilisent des produits pour lutter contre les attaques
d'insectes et les maladies ; les variétés locales de pomme de
terre sont conservées grâce à une culture en serre ; un
marché existe déjà à Kabul, il permet aux paysans
de vendre leur production qui est en partie exportée.
Les cultures fruitières sont très développées (figure 7) et variées (figure 8) cependant le marché est assez restreint sauf en ce qui concerne les fruits secs, car c'est un produit non périssable, facile à transporter et à vendre.
Figure 7 : illustration des cultures fruitières les plus répandues dans chaque province (FAO, 9)

Figure 8 : les différentes variétés de fruits en fonction de leur surface de culture (FAO, 9)

Ces cultures peuvent être subdivisées en deux parties : les fruites à amandes et les fruits à noyaux. Les fruits à amandes sont subdivisés en deux catégories : les noix et les pistaches. Les noix sont cultivées en vergers de multicultures, alors que les pistaches proviennent des forêts sauvages. Elles sont cueillies et transformées en ville pour obtenir des fruits décortiqués qui sont souvent exportés vers l'Iran et le Pakistan
Les fruits à noyaux sont essentiellement : le raisin, les abricots, les pommes, et les prunes. Le raisin est la culture fruitière la plus étendue au sein du pays (48% des terres cultivant des fruits) et certaines régions ont acquis une réputation importante quant à la qualité de leur produit. Ceci a permis le développement des réseaux d'exportation dans toute cette région du monde.
L'abricot Afghan est réputé pour ses qualités nutritionnelles
(notamment pour le fruit sec), son goût et sa résistance aux maladies.
Cependant il ne dispose pas d'un marché aussi bien organisé que
celui du raisin. Selon la FAO, c'est un des fruits les plus prometteurs et qui
a un des potentiels de développement le plus élevé (
FAO, 9).
Actuellement le fruit sec est vendu avec son noyau, mais la qualité du séchage étant pauvre, la présentation est inattractive (pas d'uniformité du fruit et présence de tâches). Le fruit est donc consommé sur place sans pouvoir être exporté alors que des pays voisins comme le Pakistan sont très friands de ce genre de produit
La région de Kandahar (figure 3) est une région horticole importante, c'est un centre important de développement du marché des fruits secs et des noix. Au cur de ses provinces sont produites 5 variétés de raisins, 5 variétés d'abricots, des plantes médicinales, des épices et quelques variétés de fruits à amandes.
La région étant idéalement située, une usine de
transformation de fruits située à Kandahar pourrait envisager
(après saturation des marchés locaux) la vente de ses produits
dans d'autres provinces grâce à l'utilisation de l'autoroute Kandahar-Kabul
et des exportations massives vers le Pakistan voisin.
Certains entrepreneurs se sont déjà rendus compte du potentiel
de la région, puisqu'il existe une usine de transformation de raisin
à Kandahar. Cette usine a ouvert ses portes dans les années 90
commercialisant rapidement des paquets de raisins secs, des confitures
Aujourd'hui elle se reconstruit lentement après les dommages causés
par les bombardements Américains.
La création d'une autre usine de transformation de raisin risquerait de déstabiliser un marché déjà fragile, c'est pourquoi envisager l'ouverture d'une usine de transformation d'abricot (la deuxième culture de la région) semble être adaptée aux besoins économiques locaux.
Il existe déjà un marché des fruits secs à Kandahar dans lequel plusieurs centaines de marchands viennent vendre leur production à d'autres marchands plus importants qui négocient avec les acheteurs Indiens et Pakistanais friands de ce type de produits. Les achats dans ce marché sont estimés aujourd'hui à 10 tonnes par année, nous pouvons observer sur le tableau 1 les variétés de fruits vendus et leur prix (l'abricot se situe dans une gamme de prix moyenne) ; on constate que l'abricot jouit déjà d'une certaine réputation dans les pays limitrophes.
Tableau 1: prix de vente de certains fruits secs sur le marché
local de Kandahar (10)
(les prix sont exprimés en Rupees Pakistanais par Kilogramme
(1 USD = 58RPS) et ont été relevés par l'Association
de Développement Afghane - ADA)
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Produits
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Prix
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Commentaires
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Figues séchées
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200 | |
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Noix
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240 | |
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Amandes
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150 | Coquilles molles |
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Amandes (Nonparyal)
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100 | Coquilles dures |
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Pistaches (Khandan)
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280 | |
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Abricots secs
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200 | Petits avec le noyau et blancs |
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Abricots secs
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200 | Sans noyaux |
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Abricots secs
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125 | Foncés, parfois noirs |
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Abricots secs
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250 | Fruits larges |
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Raisins (Abjoosh)
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110 | Gros et juteux |
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Raisins (Thompson's)
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117 | Verts et longs |
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Raisins (Gerdak)
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75 | Verts et longs |
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Raisins
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80 | Noirs |
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Raisins
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22 | Rouges et de pauvre qualité |
Selon le Docteur Kazim Kemal-ur-Rahim (10), il est évident qu'il est nécessaire d'investir dans le domaine de la post-production des fruits (transformation, conditionnement ) afin d'améliorer la qualité des produits qui sont souvent excellents après la récolte, mais qui dépérissent par manque de moyens avant la vente.