15. Le séchage du riz à coût réduit - Dans quelle mesure les systèmes solaires peuvent-ils contribuer à résoudre les problèmes des petits paysans ?Table of Contents17. Le Katsa-drahana, méthode traditionnelle de conservation du maïs

16. Conservation traditionnelle du maïs par stockage au-dessus du feu de cuisine

Wolfram Zehrer*

 

Résumé

Le stockage des denrées alimentaires et des semences dans les maisons au-dessus du foyer est une pratique courante en Afrique Noire et à Madagascar. Dans la présente étude, un système de stockage de maïs en spathes au-dessus du feu de cuisine des cases d’habitations est analysé. Ce système est pratiqué dans les régions humides du Togo (Plateau de Dayes),

Un avantage essentiel de cette méthode de stockage est le séchage rapide du maïs après la récolte, conditionné par une hausse de température de 3 °C en moyenne dans l’amas de maïs placé au-dessus du feu. Une réduction du taux d’humidité du maïs stocké au-dessus du feu à 16 % peut être obtenue déjà après une semaine, alors que celle-ci était de 31,5 % au moment de la récolte. Le même maïs stocké normalement n’obtient cette valeur (15,9 %) que seulement après quatre semaines.

Un autre avantage est la diminution des dégâts occasionnés par les insectes en général, et par le charançon du maïs Sitophilus zeamaïs, en particulier. Après huit mois de stockage, on a trouvé des insectes vivants dans 8 % des épis de maïs stockés au-dessus du feu dans les cases en toit de chaume, alors qu’on a eu 91 % dans les cases de la même toiture mais sans feu de cuisine. Les mêmes différences ont été également constatées dans le nombre total d’insectes trouvés dans 200 épis de maïs qui était de 32 dans le premier cas et de 2.368 dans le second cas. L’effet du feu de cuisine sur le développement des ravageurs pourrait être attribué aux températures élevées, à l’humidité des graines ainsi réduite et à la fumée.

Le maïs ne subit aucune influence, du point de vue goût et faculté germinative, avec le système de stockage au-dessus du feu de cuisine. Le stockage du maïs décrit dans le présent exposé est donc un procédé adéquat, adapté aux petits paysans à condition que le redoutable Grand Capucin de Maïs ne fasse pas partie de la faune des ravageurs de maïs.

 

Summary

Traditional way of preserving maize by storing them above the kitchen fireplace

Storing foodstuffs and seeds above the fireplace is a common practice in black Africa and Madagascar. In the present study, storage of maize in husks above fireplaces is analysed. This system is in use in the humid areas of Togo (Dayes Plateau).

A important advantage of this storing method is a quick drying of maize after harvest on account of a rise in temperature by an average of 3° C of the maize piled up above the fireplace. A 16 % reduction in moisture of maize stored above the fireplace can be obtained after only one week, against 31.5 % humidity at the time of harvesting. The same maize, if normally stored, will only achieve this condition (15,9 %) after four weeks.

Another advantage is the reduction of damages caused by insects in general, and maize-weevils (Sitophilus zeamaïs) in particular. After 8 months of storage, living insects have been found in 8% of maize husks stored above fireplaces in thatch-roofed huts, whereas 91% of them had been infested in huts having the same roof but no fireplace. The same differences have been noted in the total number of insects found in 200 maize husks which were 32 in the former case and 2.368 in the latter case. The effect of kitchen fire on the development of pests could be attributed to high temperatures, reduced moisture in seeds and smoke.

Maize stored above a kitchen fireplace is in no way affected as far as their taste and viability is concerned. Storage of maize as described in this paper is, therefore, an appropriate process suited to small farmers provided that the fearsome Prostephanus truncatus (horn) is not among the maize pest fauna.

 

Introduction

Les paysans ont développé différents procédés de stockage suivant les conditions climatiques locales. Tandis que le mélange de sable, de cendre et de certaines plantes aux denrées à stocker, telles que le haricot, le mil et le sorgho, est la méthode la plus utilisée dans les régions sèches de l’Afrique, le stockage du maïs en spathes au-dessus du feu de cuisine des cases est la technique la plus usuelle dans les régions humides.

On dispose de beaucoup d’expériences sur les méthodes traditionnelles de stockage du Togo où plusieurs projets GTZ, notamment le projet "Protection des Cultures", le projet "Protection des Denrées Stockées", le projet "Insecticides Naturels", le projet "Lutte Biologique", etc., ont travaillé pendant plus de 20 ans dans le domaine de la protection des denrées stockées avec la Direction de la Protection des Végétaux (DPV).

Dans la région des Plateaux au Togo, connue pour ses pluies abondantes, le maïs destiné au semis et à la propre consommation est conservé en spathes au-dessus du feu de cuisine. Il est, soit suspendu en bottes avec une ficelle, soit mis en tas sur une natte tressée avec des nervures de feuilles de palmier, et placé au-dessus du feu. Après quelques semaines, les épis de maïs sont recouverts de suie produite par la fumée permanente provenant du feu de bois auquel ils sont exposés.

Dans cet exposé, les greniers moyens avec fumigation obligatoire sont particulièrement traités. Pour mieux comprendre les problèmes de protection des denrées stockées, comme le maïs, il est très important de savoir que plusieurs ravageurs de denrées stockées attaquent cette culture déjà au champ avant la récolte, dont les charançons du maïs, Sitophilus zeamaïs, et du riz, Sitophilus oryzae, des ravageurs dangereux aussi bien pour l’Afrique que pour Madagascar. Ces coléoptères sont donc obligatoirement amenés dans l’entrepôt avec les récoltes bien cachés sous les spathes des épis de maïs, de telle sorte que les mesures d’hygiène ne suffisent pas pour assurer un bon stockage.

Le stockage du maïs au-dessus du feu de cuisine n’est pas méconnu à Madagascar, mais il est surtout pratiqué pour les semences. Les épis de maïs en spathes sont accrochés sur des traverses placées au-dessous du toit. Face aux différentes habitudes alimentaires dans quelques parties de Madagascar et en raison des hausses du prix du maïs pendant la période de stockage (huit fois plus cher à la fin du stockage, d’après le Pasteur de Betioky-Sud), il est vraiment intéressant de stocker du maïs en grande quantité, pourvu que l’entreposage soit fait suivant les règles de l’art.

Il est important de savoir si le stockage d’une quantité considérable de maïs au-dessus du feu de cuisine permet une protection efficace contre les ravageurs et si la qualité n’en souffre pas. Les effets de stockage au-dessus du feu de cuisine, comparés à ceux de stockage normal, seront présentés sur trois étapes, à savoir:

Lors des études effectuées s’y rapportant, l’effet des toits en tôle sur le séchage des denrées a également été vérifié, étant donné que ces toits chauffent plus rapidement, par manque d’isolation, que les toits en chaume.

 

Matériel et méthode utilisés

L’essai a été réalisé sur le Plateau de Dayes, dans la localité de Ndigbe à 150 km au Nord de Lomé. Il s’agit ici d’un endroit le plus humide de Togo avec une altitude d’environ 650 m et des précipitations moyennes annuelles de 1.500 à 1.600 m.

Afin d’obtenir des conditions aussi proches de la réalité que possible, l’étude a été effectuée dans des cases habitées, élargies spécialement à cet effet. Ces cases sont divisées en deux, séparées par un mur, une partie qui existait déjà étant utilisée pour la cuisine et l’autre partie ajoutée sans foyer. Elles sont construites avec des briques de latérite non cuites, en forme rectangulaire avec une charpente en bois. Le toit est couvert de chaume dans le premier cas, comme il est généralement d’usage, et en tôle dans le deuxième cas (construction plus moderne).

Une natte tressée avec des nervures de feuilles de palmier est placée au-dessus du foyer servant de plafond. On y dépose les épis de maïs par couches sur les bords, et le maïs restant est versé au milieu.

Le maïs à stocker est d’une variété locale à grain blanc, ayant une période de végétation de quatre mois. Il est récolté à la période de maturité normale, trié à la façon traditionnelle et stocké en spathes.

L’essai comprend les variantes de stockage suivantes:

  1. dans la case en toit de chaume, au-dessus du feu de cuisine;

  2. dans la case en toit de chaume, sans feu;

  3. dans la case en toit en tôle, au-dessus du feu de cuisine;

  4. dans la case en toit en tôle, sans feu.

Une comparaison est seulement possible entre les variantes 1 et 2 et entre les 2 et 4. Les variantes 1 et 3 ne peuvent pas être comparées à cause de la différence du nombre des membres d’une famille et de l’intensité d’utilisation du feu en fonction de ceci.

L’évaluation s’effectue mensuellement avec le prélèvement de 200 épis de maïs de chaque variante de stockage et suivant les critères ci-après:

  1. Taille de l’épi (trois groupes).

  2. Etat extérieur de l’épi (endommagé, intact).

  3. Attaque de chenille (chenilles et traces de chenille).

  4. Nombre d’insecte du genre Sitophilus (vivant/mort).

  5. Nombre d’insecte de l’espèce Cathartus quadricollis.

L’humidité des denrées pendant et après la récolte pose un grand problème. Le maïs doit être semé au plus tard au mois d’avril sur le plateau à cause du danger d’attaque massive du borer de la tige. Ainsi, sa récolte se fait en pleine saison des pluies (le mois d’août occupe le quatrième rang de forte pluviométrie, le mois de septembre le deuxième rang). Donc, les problèmes d’humidité se posent déjà non seulement au champ, où les graines peuvent germer sur la tige, mais aussi dans l’entrepôt. L’humidité du maïs est mesurée au moment de la récolte, par séchage au four, ensuite cinq fois pour chaque variante à une intervalle d’une semaine. Des thermohygrographes sont installés dans l’entrepôt pour enregistrer la température. Ces appareils sont munis d’un câble de prise de température qui permet de mesurer en permanence la température à l’intérieur de l’amas de maïs jour et nuit. Ces relevés des données sont effectués pendant quatre mois et ont entre autres permis de constater, au moyen de l’enregistrement du thermohygrographe, à quelle heure exactement le feu dans la cuisine est-il allumé, et quand s’est-il éteint.

D’après les enregistrements, nous pouvons connaître les heures pendant lesquelles le feu de bois dans la cuisine est allumé.

06.00 Allumer le feu
06.00 - 07.00 Chauffer de l’eau pour les toilettes des enfants
07.00 - 09.00 Préparer le repas
09.00 - 17.00 Travailler dans les champs (aucun feu)
17.00 - 20.00 Chauffer de l’eau pour les toilettes et la cuisine
21.00 Aller au lit, éteindre le feu

 

Résultats

Température dans l’entrepôt de maïs

Dans la case en toit de chaume, la température du stock de maïs au-dessus du feu de cuisine est en moyenne de 3 à 4 °C plus élevée que dans l’autre moitié de la chambre sans feu. La température dans le stock de maïs au-dessus du feu et celle éloignée du feu sont généralement les mêmes vers 6 h du matin, tandis qu’une forte augmentation à partir de 8 h dans les denrées sur le feu de cuisine a pu être constatée. Cette température élevée persiste pendant l’après-midi pour diminuer seulement après minuit.

Figure 1. Case avec des thermohygrographes

Tableau 1. Température dans le stock de maïs avec et sans feu de cuisine pendant la journée typique (du 13 au 14.05.80) chez une famille de cinq personnes
  Maïs avec feu Maïs sans feu Différence en °C

06.00

25 °C

25 °C

0

08.00

28 °C

25 °C

3

10.00

30 °C

25 °C

5

2.00

30 °C

25 °C

5

14.00

30 °C

26 °C

4

16.00

32 °C

26 °C

6

18.00

32 °C

27 °C

5

20.00

32 °C

27 °C

5

24.00

30 °C

26 °C

3

04.00

27 °C

26 °C

1

Teneur en eau du maïs stocké

La teneur en eau des grains de maïs stockés a été déterminée dans un séchoir. Il s’est avéré que le maïs stocké dans la case au toit en tôle sèche plus vite que celui dans la case au toit en chaume. Le stockage au-dessus du feu de cuisine a été de loin le meilleur. La teneur en eau des grains a baissé à 16 % déjà dans la première semaine après la récolte, une valeur qu’on n’a pu obtenir que seulement après quatre semaines sans feu (Fig. 2, tableau correspondant en annexe 1).

Infestation des épis de maïs par les insectes

Les feuilles enveloppant les épis représentent une barrière naturelle contre les coléoptères chez les variétés locales de maïs. C’est la raison pour laquelle des insectes se trouvent surtout dans les épis de maïs endommagés (lésion due principalement aux chenilles) où cette barrière est supprimée. Alors, il faut savoir si, en cas de multiplication des coléoptères dans le stock de maïs à un rythme assez rapide, de nouveaux épis seront attaqués ou si le nombre augmente seulement dans les épis endommagés qui abritent ainsi beaucoup plus d’insectes. Etant donné que la fumée circule entre les épis, pour le cas du stockage au-dessus du feu, il se pourrait qu’elle freine la propagation des insectes se trouvant dans les épis infestés vers les nouveaux épis (Fig. 3, 4 et 5, tableaux correspondants en annexe 1).

Figure 2. Teneur en eau des grains de maïs stockés dans des cases

 

Figure 3. Pourcentage des épis de maïs avec charançons vivants

 

Figure 4. Pourcentage des épis de maïs avec charançons morts

Remarque: La descente de la courbe au mois de février doit représenter une erreur de comptage ou d’écriture.

 

Figure 5. Coléoptères vivants dans 200 épis de maïs

 

Figure 6. Coléoptères morts dans 200 épis de maïs

Les deux dernières figures nous montrent qu’en stockage avec fumée, le nombre d’épis, dans lesquels des charançons vivants ont été trouvés, est faible et n’atteint que 8 % au mois de mai. La dernière figure nous permet également de connaître le nombre d’insectes vivants se trouvant dans 200 épis. Ils sont notamment 32, c’est à dire en moyenne 2 insectes (Fig. 5) dans 16 épis ainsi attaqués. Ces derniers représentent 8 % des 200 épis, un pourcentage également très bas. Dans la variante ‘sans feu’, 2.368 insectes vivants sont dénombrés.

 

Résumé des résultats

Evolution de la température dans le stock de maïs

La température s’élève dans le stock de maïs avec l’allumage du feu de cuisine vers 6 h du matin. Elle peut atteindre plus 6 °C par rapport au mode de stockage sans feu. La hausse moyenne de la température varie entre 3 et 4 °C.

Influence du stockage au-dessus du feu de cuisine sur la teneur en eau du maïs

Après deux semaines de stockage, la teneur en eau du maïs dans la variante de stockage ‘toit de chaume/feu de cuisine’ diminue de 31,5 à 11,7 %. Dans la variante sans feu, la teneur en eau a encore été de 14,4 % à la fin de la période d’observation de cinq semaines. Il est à remarquer que le maïs stocké dans les cases au toit en tôle sèche plus vite que celui stocké dans les cases au toit en chaume.

Relation entre la taille de l’épi de maïs et l’infestation des ravageurs des denrées stockées (sans figure)

Aucune relation n’a pu être constatée. Des insectes du genre Sitophilus et Cathartus, aussi bien dans les petits épis que dans les grands, ont été trouvés avec la même fréquence.

Pourcentage d’épis de maïs infestés par des insectes vivants du genre Sitophilus

Le pourcentage d’épis de maïs infestés et stockés sans feu s’élevait continuellement pendant la période de stockage de huit mois, jusqu'à 74 % pour le toit en tôle et 91 % pour le toit en chaume. Parmi les épis de maïs stockés au-dessus du feu (case au toit de chaume), seulement 8 % ont été infestés vers la fin de la période de stockage.

Pourcentage d’épis de maïs abritant des insectes morts du genre Sitophilus (sans figure)

Une partie des épis de maïs abritant des insectes morts a augmenté continuellement et a atteint 60 à 64 % pour la variante sans feu de cuisine, 16 à 19 % pour celle avec feu de cuisine.

Nombre d’insectes vivants du genre Sitophilus dans 200 épis de maïs

Dans 200 épis de maïs, respectivement, 2.368 et 2.194 insectes, dans les variantes sans feu de cuisine à la fin de la période de stockage, ont été comptés. Ceci correspond à plus de 10 insectes par épi. Seulement 32 insectes ont pu être trouvés dans les épis au-dessus du feu pour la même période, malgré l’existence de nourriture suffisante (variante avec toit de chaume).

Nombre d’insectes morts du genre Sitophilus dans 200 épis de maïs

Le nombre d’insectes morts dans le stockage au-dessus du feu a été très faible vers la fin de l’essai, avec 44 et 96 insectes, par rapport au stockage normal, avec 429 et 668 insectes.

Influence des différentes méthodes de stockage sur Cathartus quadricollis (Guer.) (sans figure)

Les mêmes tendances de résultats présentées pour Sitophilus zeamaïs sont également rencontrées chez le coléoptère Cathartus quadricollis, originaire du Sud des Etats-Unis d’Amérique où il est un ravageur des céréales. Ce dernier se manifeste très souvent mais n’est pas un ravageur important des denrées stockées au Togo. C’est la raison pour laquelle il n’est pas présenté dans cet exposé, et aussi car les chiffres le concernant, bien qu’ils soient beaucoup plus élevés, ont la même tendance que ceux de Sitophilus spp.

 

Discussion

Les méthodes de stockage traditionnelles doivent être étudiées suivant les conditions pratiques des paysans. Dans le cas présent, cela est bien respecté car les tests ont été effectués dans les maisons d’habitation des paysans. Seulement les résultats sont difficilement comparables car la fumée dégagée dans une case ayant, par exemple, huit occupants est plus intense que celle dégagée dans une maison habitée par trois personnes. Ceci a une influence sur le développement des ravageurs dans le maïs stocké au-dessus du feu.

La non comparabilité de certains résultats a été comblée partiellement par la répétition de l’ensemble des essais. Ainsi, tous les chiffres présentés sont typiques pour une certaine situation et ne montrent qu’une tendance.

Le séchage rapide après la moisson est très important pour le paysan qui doit récolter son maïs pendant la saison des pluies. Le stockage au-dessus du feu de cuisine s’est avéré très efficace. En comparaison, le stockage dans une case avec toiture en tôle est plus efficace par rapport à celui dans une case en toiture de paille à cause de la chaleur que la tôle accumule, soit par le soleil, soit par le feu, accélérant ainsi le séchage du maïs qui se trouve directement sous le toit. Par contre, le toit de chaume est un bon isolant contre le soleil.

L’effet du feu sur le séchage du maïs peut être encore amélioré, après la mise en entrepôt des récoltes, en laissant le feu de cuisine allumé plus longtemps qu’on en a besoin pour le ménage.

Les résultats ont la même tendance tant pour Sitophilus zeamaïs, le principal ravageur, que pour Carthatus quadricollis, un ravageur secondaire.

Dans le cas d’une longue période de stockage du maïs au-dessus du feu, le nombre d’insectes vivants dans les épis est réduit. Les insectes du genre Sitophilus continuent leur développement mais à un rythme lent. Des insectes, qui s’accouplent, peuvent également se trouver dans les épis couverts de suie. Les variétés traditionnelles de maïs ont la particularité d’avoir des épis bien enveloppés et bien enfermés par les spathes. L’intérieur de l’épi reste toujours blanc, et la fumée ne fait aucun effet sur le goût, d’après les paysans. Toujours est-il, la saveur un peu fumée du maïs est acceptée. Le maïs utilisé pour les semences est stocké de préférence suspendu au-dessus du feu. Le séchage rapide et l’activité des champignons ainsi réduite influent de manière positive sur la faculté germinative des grains.

La fumigation a un double effet au développement de Sitophilus. Le maïs sèche vite et devient dur grâce à la température élevée au-dessus du feu. Cet état de chose attire moins les ravageurs des denrées stockées. La fumée traverse l’amas de maïs, et les feuilles extérieures des épis sont recouvertes de suie, ce qui rend également difficile le déplacement d’un épi à l’autre des ravageurs.

D’après les paysans, le stockage au-dessus du feu de cuisine n’a aucun effet répulsif sur les rongeurs nuisibles.

Les résultats présentés ici sont confirmés par les travaux effectués par U. Pantenius. Dans l’ensemble, le stockage du maïs au-dessus du feu de cuisine peut être considéré comme un procédé de stockage convenable, adapté aux climats humides, qui est à retenir. Il est également à mentionner que ce système n’entraîne pas de dépenses supplémentaires aux paysans. Et comme la récolte est gardée dans la case, le risque de vol est fortement diminué.

En Afrique de l’Ouest, depuis l’introduction du Grand Capucin de Maïs, le stockage du maïs au-dessus du feu de cuisine n’est plus suffisant pour garantir une bonne conservation de la récolte. Et les paysans sont obligés d’avoir recours aux insecticides synthétiques. Les poudres binaires (Pyréthrinoïde et Ester Phosphorique) sont recommandées. Les Pyréthrinoïdes sont spécialement efficaces contre les bostrychidae, comme Rhyzopertha dominica, le Capucin des grains, présents à Madagascar, et Prostephanus truncatus, le Grand Capucin de Maïs, encore inexistant sur la Grande Ile. Les Esters Phosphoriques sont, par contre, plus toxiques pour les autres ravageurs des denrées stockées, comme Sitophilus spp., etc. D’ailleurs, l’introduction d’un ennemi naturel de Prostephanus truncatus, un petit coléoptère, Teretriusoma nigrescens, en Afrique a contribué à une baisse considérable des pertes causées par ce Grand Capucin de Maïs (Bell et al.).

 

Autres résultats relatifs à la conservation du maïs au-dessus du feu de cuisine

U. Pantenius a travaillé sur l’état des pertes dans les systèmes de stockage au niveau des petits paysans au Sud du Togo. Il a confirmé les résultats présentés en comparant trois variantes:

  1. Variante "sans fumigation". Les études relatives à cette variante ont été réalisées dans le grenier du type Ebliwa qui existe dans la région maritime et des Plateaux.

  2. Variante "fumigation obligatoire" correspondant au stockage au-dessus du feu de cuisine dans la région des Plateaux où il pleut abondamment.

  3. Variante "fumigation facultative". Le grenier, rempli de maïs à conserver, est soutenu par quatre pilotis du type Kédélin au-dessous duquel un feu est allumé pour cuire ou uniquement pour faire sécher le maïs récolté.

Figure 7. Modes de conservation du maïs au-dessus du feu de cuisine

Différents types de greniers provenant des différentes régions du pays ont été examinés. Ainsi, une comparaison des variantes n’est pas possible, vu également la variation considérable du taux d’humidité de la récolte. Le séchage des épis de maïs dépend aussi de l’intensité et de la durée d’utilisation du feu de cuisine par famille respective. Mais la tendance est nette.

Tableau 2. Evolution du taux d’humidité du grain (en %) durant la grande saison de stockage, exprimée en nombre de jours après la mise en entrepôt (JME), d’une variété locale de maïs

1983/1984

JME

Sans fumigation

Fumigation obligatoire

Fumigation facultative

0

18,4

-

28,3

30

15,4

16,6

21,4

60

14,6

14,3

17,0

90

14,0

12,0

14,3

120

13,7

12,0

14,6

150

13,4

11,9

12,8

180

12,9

11,2

11,9

 

1984/1985

JME

Sans fumigation

Fumigation obligatoire

Fumigation facultative

F

20,1

30,9

32,5

0

21,6

28,4

27,8

30

16,2

12,6

18,1

60

15,6

11,5

14,7

90

15,1

11,1

13,2

120

13,3

11,2

11,5

150

12,0

10,6

11,2

180

12,8

9,9

-

F = échantillon prélevé dans les champs, de 1 à 7 jours avant la récolte

 

Tableau 3. Comparaison des pertes relatives de poids de matière sèche ou MS (en %) à la suite d’une infestation d’insectes

Grande saison 1984/1985

 

Variété hybride

Variété locale

JME

Sans traitement

Sans traitement

Fumigation obligatoire

Fumigation facultative

F

0,7

0,3

0,2

0,2

0

0,7

0,2

0,4

0,3

30

2,6

0,5

0,3

1,0

60

3,9

0,9

1,3

2,1

90

4,9

1,1

0,7

2,9

120

8,5

1,3

0,4

3,3

150

11,0

1,7

1,0

5,1

180

12,5

2,9

0,6

-

 

Bibliographie

Albert, H., 1992. Aspects économiques de la protection des stocks - L’exemple du maïs dans le Sud du Togo. Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH, Eschborn, RFA. 150 pages.

Bell, A., O., Mück, P., Mutlu, H., Schneider, 1998. Der Integrierte Nachernteschutz ist sein Geld wert! Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH, Eschborn, RFA. 34 pages

GTZ, 1995. Moyens et méthodes traditionnels de protection des stocks. Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH, Eschborn, RFA. 20 pages.

Pantenius, U., 1988. Etat des pertes dans les systèmes de stockage du maïs au niveau des petits paysans de la région maritime du Togo. Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH, Eschborn, RFA. 83 pages.

* Projet DPV/GTZ "Promotion de la Protection Intégrée des Cultures et des Denrées Stockées à Madagascar"

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