Nos activités par région

Nombre total de projets et programmes approuvés par région (1964-2012)

Une analyse de l'activité du Centre d'investissement de la FAO par région révèle un aspect important de la problématique de l'investissement dans l'agriculture et le développement rural.  Bien que l'Afrique subsaharienne accueille un plus grand nombre de projets, l'investissement dans l’agriculture et le développement rural y est très inférieur à ce qu'il est dans la région Asie-Pacifique où le développement agricole est l'outil qui a permis à quantité de personnes d'échapper à la pauvreté. 

Les projets dans les pays de l'Afrique subsaharienne sont de moindre envergure parce que ces pays ont une moindre capacité d'emprunt aux conditions du marché, et sont de ce fait davantage tributaires des institutions financières internationales (IFI).  L'un des critères de prêt retenu par ces institutions concerne l'endettement du pays, sa capacité à réaliser des investissements et ses orientations générales.  Il s'ensuit que ces pays ont moins facilement accès aux financements.

Pour ce qui est des investissements dans l'agriculture, chaque région fait face à une problématique qui lui est propre, avec ses défis et opportunités particuliers.  C'est en s'attachant à comprendre cette problématique que le Centre d'investissement peut venir en aide aux pays dans l'élaboration de stratégies d'investissement capables de résoudre leurs problèmes et de renforcer la durabilité de leurs investissements dans l'agriculture et le développement rural.

L’Asie et le Pacifique

Bilan mitigé des efforts de la région Asie-Pacifique dans sa lutte contre la faim.

Dans aucune région du monde, les investissements dans l’agriculture et le développement rural ne sont aussi élevés qu'en Asie-Pacifique.  L'Asie du Sud-Est est en bonne voie pour réaliser l'Objectif du Millénaire pour le développement en matière de réduction de la faim d'ici 2015.  La Chine a considérablement réduit la pauvreté grâce à de grands programmes gouvernementaux d'investissement dans l'agriculture et le développement rural.  Dans le prolongement des acquis de la Révolution verte, l'Inde poursuit ses investissements à grande échelle, en améliorant les moyens d'existence, en renforçant l'infrastructure pour l'agriculture – notamment en matière de gestion des eaux – et en décentralisant et en privatisant les services de recherche et  de vulgarisation.

Malgré ces succès, la région dans son ensemble continue d'abriter quelque 64 pour cent de la population mondiale souffrant de la faim.  La situation en matière de sécurité alimentaire est en fait en train de s'aggraver dans certaines parties de l'Asie méridionale et centrale, et seule l'Afrique subsaharienne enregistre un taux de pauvreté plus élevé que les parties méridionales et orientales de la région Asie-Pacifique.  Même dans les pays où la pauvreté urbaine tend à diminuer, les enfants pesant moins que la moyenne sont deux fois plus nombreux dans les zones rurales que dans les villes.

Les défis sont multiples.  Parmi ceux-ci, le changement climatique qui accroît la vulnérabilité de la production agricole dans l'Himalaya et dans le delta des grands fleuves, notamment ceux du Mékong, du Gange-Meghna-Brahmaputra et de l’Irrawady.  Ils signalent des opportunités pour procéder à des investissements plus vastes et plus efficaces dans l'agriculture et développement rural de nature à induire des changements tangibles dans la vie des ruraux.  En Afghanistan, au Pakistan, au Népal et au Sri Lanka, des conflits aux effets déstabilisateurs ont affecté de vastes populations rurales et aggravé les crises liées aux ressources naturelles; celles-ci rendent nécessaire une stratégie à long terme et des programmes d'investissement dans l'agriculture et le développement rural axés sur le renforcement à très grande échelle des capacités afin d'améliorer la gouvernance dans des situations de conflit et d'après conflits, dans toute la région.   Partout dans la région Asie-Pacifique se fait sentir le besoin de grands investissements afin d'améliorer l'irrigation et la gestion des ressources naturelles; de renforcer l'infrastructure rurale de transport, de commercialisation, et de promouvoir les petites et moyennes entreprises; et de renforcer les normes de contrôle de la qualité et de la sécurité sanitaire des aliments. Il convient également d'être attentif aux émissions de gaz à effet de serre et aux mécanismes visant à les réduire au minimum. Une mise en œuvre efficace de projets de développement en faveur de l'agriculture et du développement rural axés sur la réduction de la pauvreté permettra aux plus pauvres de renforcer leurs moyens d'existence.

L'Europe et l'Asie centrale 
Composée des pays en transition de l'Europe centrale et orientale, de l'ancienne Communauté des états indépendants (CEI), des Balkans et de la Turquie, la région enregistre des progrès considérables durant sa transition d'une économie à gestion centralisée vers une économie de marché.

Le secteur agricole apparaît comme un réservoir de croissance économique pour la région.  La production de blé de la Russie a augmenté de 27 pour cent  en 2007-2009, faisant d’elle le troisième exportateur mondial de blé.  La croissance de la production agricole est plus élevée dans les pays de la Transcaucasie et d’Asie centrale qui ont adopté des politiques volontaristes visant à développer les emblavures mises en gestion privée.  Les investissements de la Banque mondiale dans l'agriculture et le développement rural ont bondi de 4,5 milliards d’USD en 2009.

Les producteurs se tournent davantage vers le marché, et la taille des exploitations ainsi que les niveaux de production tendent à augmenter.  Les gouvernements commencent à voir le rôle qu’ils ont à jouer pour encourager les investissements dans le secteur privé. Les marchés nationaux et régionaux servent à consolider les avantages comparatifs des producteurs agricoles, en attendant que la région soit à même d'exploiter pleinement son potentiel à l'exportation.

Des obstacles persistent toutefois.  Malgré des différences de situation d'un pays à l'autre, il existe des facteurs communs.  La pauvreté des zones rurales est parfois liées à un moindre niveau d'éducation et à un manque de compétences dans la conduite d'une exploitation agricole.  La problématique liée au droit de propriété de la terre et à la privatisation a été mal gérée, provoquant un morcellement des parcelles et débouchant sur des unités de production trop petites pour être rentables. Le sous-investissement prolongé dans l'agriculture et le développement rural, de sources publique et privée, est lourd de conséquences.  L'infrastructure a été mal entretenue.  Les actifs, l'équipement et les installations de stockage des exploitations agricoles sont obsolescents.  La capacité de transformation et de valorisation a été délibérément ignorée.  La mauvaise gestion des ressources naturelles, notamment en Asie centrale, s'est traduite par un épuisement des sols, une aggravation des problèmes de salinité et d'alcalinité, et d’érosion des sols.  Le résultat de la combinaison de ces difficultés se lit dans le faible niveau de productivité et le manque de compétitivité.

Il est nécessaire de renforcer les capacités de supervision institutionnelle et d’améliorer les cadres réglementaires. La région s'efforce de créer un environnement politique propice à l'investissement national et étranger dans l’agriculture et l'agroalimentaire. Dans toute la région, de nouveaux systèmes et de nouvelles infrastructures doivent être établis pour aligner la production agricole sur les normes internationales de qualité et de sécurité sanitaire des aliments. Cet aspect est particulièrement important pour les Balkans et les autres pays espérant exporter sur le marché de l'Union européenne. Les producteurs et les transformateurs doivent pouvoir accéder plus facilement aux capitaux pour leurs dépenses d’équipement et leurs investissements productifs. Le secteur public doit laisser le secteur privé prendre les rênes de l'accroissement et de l'amélioration des capacités des exploitations agricoles et des industries de transformation des produits. Les activités de recherche et de développement agricoles doivent s'attaquer aux contraintes bridant la productivité. Enfin, il faut mettre en place des systèmes d'éducation, de formation et de conseil pour faciliter le partage des connaissances spécifiques à des sites, des systèmes de production et des catégories d'agriculteurs.

Amérique latine et Caraïbes

Ces dernières années, les pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont entrepris des réformes économiques et progressé sur la voie de la stabilité financière. L'enjeu consiste maintenant à enclencher une croissance durable et à faire reculer la pauvreté. À cet égard, le rôle de l'économie rurale est essentiel. L'agriculture, les industries agroalimentaires et les activités extra agricoles sont des secteurs clés, susceptibles de soutenir l'emploi et les revenus, de remplir les réserves de devises étrangères et de garantir la sécurité alimentaire des pays et des ménages. Deux aspects doivent être traités: l'allocation adéquate des ressources en investissement et l'amélioration des marchés.

Des mesures doivent être prises pour que les ressources publiques soient fournies en plus grande quantité et avec un plus grand souci d'efficience. Cette démarche implique, par exemple, de réduire les subventions non ciblées accordées au secteur privé et de renforcer l’investissement dans les technologies, l'éducation, les infrastructures, etc. De plus, les partenariats entre le secteur public et le secteur privé devraient revêtir un caractère prioritaire en vue de rendre les investissements agricoles plus efficaces. Les dépenses sociales directes visant à atténuer la pauvreté devraient être planifiées à l'échelon décentralisé et avec la participation des communautés. 

L'amélioration du fonctionnement des marchés est fondamentale pour le développement rural. Des politiques publiques appropriées et vigoureuses devraient être mises en place dans les domaines suivants: régime foncier et administration des terres, développement du capital humain, services technologiques, ressources financières, etc. En outre, les petits producteurs ont besoin d’être épaulés pour établir des liens entre leurs exploitations et les marchés, notamment les marchés modernes de produits ayant une valeur marchande élevée, dans le cadre de filières dynamiques. 

Mettre en place de bonnes politiques et fournir des investissements suffisants et ciblés sont les défis que doivent relever les gouvernements et la communauté des bailleurs de fonds internationaux.

Proche-Orient et Afrique du Nord

La plupart des pays de la région sont sensibles aux crises des prix des denrées alimentaires et les projections indiquent que cette vulnérabilité va s’aggraver car certains des facteurs contribuant à faire grimper la demande en produits alimentaires – croissance de la population et des revenus, urbanisation – sont plus actifs dans la région que dans le reste du monde. D’un autre côté, l’eau et les terres adaptées à la production vivrière sont plus limitées ici que partout ailleurs.

Les pays d'Afrique du Nord et du Proche-Orient peuvent améliorer leur sécurité alimentaire en atténuant plus efficacement les effets des risques attachés aux variations de prix et de quantités de céréales. À cet effet, il sera nécessaire d’adopter une approche intégrée fondée sur trois axes, qui demande un investissement additionnel substantiel. Ces axes sont, premièrement, le renforcement des programmes de protection sociale, deuxièmement, l’accroissement des investissements dans la recherche et le développement et les moyens d'existence ruraux et, troisièmement, l’utilisation d'instruments financiers améliorés pour couvrir les risques. Cette triple action peut réduire la vulnérabilité face à la volatilité des marchés et améliorer la performance des filières d'approvisionnement. 
 
L'amélioration de la gestion des ressources en eau et le renforcement de l’agencement institutionnel sont également des cibles clés des investissements dans l'agriculture et le développement rural de la région.
 
La demande en eau est proche de la limite des capacités. Au lieu d’essayer d’améliorer l'approvisionnement, on s’efforce désormais de mieux gérer la demande. Avec la raréfaction progressive des possibilités de construire des barrages ou de créer des lacs collinaires, la principale priorité consiste à concevoir des moyens d'utiliser l'eau plus efficacement, en particulier dans le cadre de l'irrigation. Les pays se sont attaqués à l'élaboration de programmes nationaux dont l’objectif est d’optimiser l'utilisation de l'eau. Des investissements sont requis pour concevoir des projets à l'appui de ces programmes, principalement centrés sur la promotion de l'irrigation localisée et la gestion intégrée des ressources en eau (eau de surface et eau souterraine). La gestion de l'adaptation au changement climatique et l'atténuation de ses effets constitue un autre impératif régional.

Même dans les pays où les compétences techniques adéquates sont disponibles, une modernisation drastique des institutions sectorielles — essentiellement les ministères de l'agriculture — est nécessaire. Il s’agit de moderniser leurs structures centrales, régionales et locales, de recruter et de former le personnel et d’introduire des outils méthodologiques plus sophistiqués, tels que les systèmes d'information géographique et les systèmes avancés de gestion intégrée des ressources naturelles. Les gouvernements ne mettent guère de fonds publics à la disposition de ce type d'investissement “immatériel”, dont l'importance commence à peine à être reconnue. 

Afrique subsaharienne

L'agriculture est confrontée à des problèmes de développement complexes en Afrique subsaharienne, où cette activité représente le principal moyen d'existence de la majorité des habitants. Les conflits et l'insécurité, les régimes fonciers inéquitables, les services d'appui agricoles défaillants et les effets de plus en plus marqués du changement climatique font partie des principales difficultés rencontrées par la région pour nourrir sa population en rapide expansion et faire reculer la pauvreté rurale. Étant donné que les cultures pluviales représentent approximativement 95% de l'agriculture pratiquée dans la région, des investissements substantiels sont requis pour améliorer la gestion de l'eau, de la terre et de la fertilité du sol, accroître l'efficacité de l'irrigation et de la récupération de l'eau et étendre les zones irriguées. Il est également indispensable d'investir davantage dans les services de recherche et de vulgarisation agricoles, le renforcement des capacités et l'éducation, les marchés ruraux et les infrastructures de communication.

Selon la FAO, la population de l'Afrique subsaharienne devrait doubler d'ici à 2050. Cela supposera que le secteur public investisse une somme additionnelle de 6 à 7 milliards d’USD nets annuellement dans l’agriculture.  Avec le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (CAADP), on observe une prise de conscience et un engagement croissants des gouvernements et des bailleurs de fonds quant à la nécessité d'accroître les investissements dans l'agriculture sur l'ensemble du continent. Le caractère urgent de l'instauration de la sécurité alimentaire et de la réalisation de tous les Objectifs du Millénaire pour le développement a été durement mis en lumière par les crises alimentaires et financières mondiales.  
 
Appuyer la recherche agricole à l'intention des organisations de développement, aux échelons national et régional, et renforcer les organisations de producteurs sont des actions cruciales pour le développement du secteur agricole subsaharien. Si l'on veut obtenir une augmentation durable de la production des petits agriculteurs, les bonnes pratiques doivent être appliquées à plus grande échelle. À ce titre, on peut, par exemple: créer des liens entre les petits agriculteurs et les marchés, promouvoir l'agriculture de conservation (cultures sans labour,…), améliorer la gestion des risques et accroître la disponibilité et l'utilisation des outils de vulgarisation participatifs, tels que les écoles pratiques d'agriculture.