Initiative sur la flambée des prix des aliments
 

Zimbabwe

Le contexte

Au Zimbabwe, la crise socio-économique prolongée a eu de lourdes conséquences sur le secteur agricole du pays, frappant plus durement les agriculteurs les plus pauvres.  

Près de 70% de la population vit de l'agriculture. Toutefois, le déclin prononcé de la production observé au fil des ans – imputable aux coûts élevés et à la pénurie des intrants, aux intempéries et aux blocages politiques – a entraîné une érosion des revenus des agriculteurs et une recrudescence de l'insécurité alimentaire.

L'inflation – qui a atteint des sommets record en 2008 – a rendu l'achat des produits les plus essentiels inabordable pour un grand nombre d'habitants. En décembre 2008, les prix locaux du maïs dans la capitale, Harare, avait été multipliés par plus de huit par rapport au mois de décembre de l'année précédente.

Après des années de déclin, la production de maïs décolle

Après une récolte exceptionnellement mauvaise en 2008, la production du principal produit alimentaire de base, le maïs, devrait augmenter de 130% en 2009 grâce, notamment, à des pluies abondantes. La production céréalière totale devrait plus que doubler cette année par rapport à l'année dernière, couvrant près des deux tiers des besoins du pays.

Auparavant, la production du maïs était en chute libre. La politique des prix n'incitait guère les agriculteurs pauvres à produire du maïs, sans même parler d'investir dans des infrastructures.

Les exploitations commerciales produisent seulement un dixième de ce qu'elles produisaient pendant les années 1990, notamment en raison des politiques de réforme agraire, tandis que les exploitations situées sur les terres communales qui, à une certaine époque, produisaient l'essentiel du maïs du pays, ne produisent plus qu'un quart de leurs récoltes habituelles d’il y a quelques années.  

Bien que la production de maïs soit en progression, les prévisions pour le blé d'hiver sont moroses, en raison notamment du coût élevé des semences de qualité et des engrais, de l’insuffisance des liquidités financières dont disposent les agriculteurs et des incertitudes entourant la fourniture d'électricité pour l'irrigation.  

Changements dans les politiques

Le taux d'inflation annuel est, depuis lors, tombé à zéro suite à la décision prise par le Gouvernement en mars 2009 d’adopter le rand sud-africain et le dollar américain en plus de la monnaie locale.  

Les marchés des céréales ont également été libéralisés, ce qui a contribué à faire réapparaître les céréales sur les marchés locaux. En mai 2009, le prix au détail du maïs dans la plupart des grandes villes était tombé de 83% par rapport au pic de 2008.  

Mais les prix des produits alimentaires et des intrants restent élevés pour beaucoup de ménages, en particulier ceux qui ont un accès limité aux devises étrangères, et nombreux sont ceux qui ont commencé à vendre leurs biens pour acheter des aliments. Selon une évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires récemment conduite par la FAO et le PAM, quelque 2,8 millions de personnes vivant dans des zones rurales et urbaines pourraient avoir besoin d'une aide alimentaire externe pendant la campagne de commercialisation 2009/2010.  

Réponse de la FAO

Facilité alimentaire de l'Union européenne

En mai 2009, la FAO a lancé dans le cadre de la Facilité alimentaire de l'UE un projet d'une durée de 18 mois, visant à fournir des intrants agricoles aux petits agriculteurs zimbabwéens exploitant des terres communales, afin de stimuler la production céréalière et les perspectives de revenus.

Grâce aux fonds, équivalant à plus de 15 millions d'euros, fournis par l'UE, 176 000 agriculteurs ruraux vulnérables – environ 10% à 15% des agriculteurs exploitant des terres communales – recevront des lots d'engrais et de semences en octobre et novembre de cette année, à temps pour démarrer la campagne agricole.

Des services de vulgarisation assureront aux agriculteurs une formation sur: les périodes de semis, les espacements à respecter et les techniques de désherbage sans oublier l'application des engrais.

En cultivant 0,5 ha de terre, chaque ménage devrait produire de 300 kg à 600 kg de céréales, ce qui représente 5 à 10 mois environ de vivres pour une famille de six.

La FAO continuera à jouer un rôle de coordination auprès des divers partenaires participant à des projets de secours d'urgence dans le secteur agricole au Zimbabwe afin de veiller à l'harmonisation des approches et à l'utilisation efficace des ressources.

La FAO va également intensifier ses activités de surveillance pour produire des informations sur la situation et les estimations des récoltes afin de mieux appréhender la situation de la sécurité alimentaire dans le pays.

Autres activités de la FAO

La FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont effectué deux missions d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires au Zimbabwe – l'une en 2008 et l'autre en 2009 – pour juger de la gravité de la crise. Une évaluation rapide financée par la Commission européenne a été réalisée en septembre/octobre 2008.

La FAO conduit plusieurs programmes visant à améliorer la sécurité alimentaire des agriculteurs, notamment:

  • la distribution d'intrants agricoles de base aux ménages agricoles vulnérables
  • la promotion de l'intensification et de l'amélioration des pratiques agricoles, y compris l'agriculture de conservation
  • la formation sur la transformation et la commercialisation des produits agricoles pour sécuriser les moyens d'existence
  • la surveillance des approvisionnements alimentaires et l'information sur les prix
  • la surveillance et la prévention des maladies animales, y compris la vaccination des animaux d'élevage
Farmers store harvested maize.